Côte d'Ivoire

Les combats ont cessé, pas la crise humanitaire

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Début Avril, face à l’intensification des combats en Côte d’Ivoire, une équipe de PU-AMI est envoyée à Abidjan. Un mois plus tard, Laurent Gbagbo est arrêté, la crise est officiellement finie, tout revient à la normale selon les médias internationaux. Fin juin, après l’investiture d’Alassane Ouattara, les conditions de vies des habitants de cette mégalopole sont toujours extrêmement précaires et l’aide peine à leur parvenir.

Bataille d’Abidjan : une population prise au piège pendant plusieurs jours

Le 8 Avril, 3 jours avant l’arrestation de Gbagbo, Eric Laurent, chef de mission pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale, décrit une situation de « chaos total » à Abidjan. « Depuis 7 jours, ça tire à tous les coins de rue, c’est la guerre. Les gens sont effrayés. Ceux qui peuvent, évacuent ; les autres ne circulent plus dans la ville. » C’est la pénurie : nourriture, eau, essence… Les centres de santé sont pour la plupart fermés, il n’y a pas de personnels soignants et encore moins de médicaments. La Côte d’Ivoire est à la Une, les organisations internationales se préparent à venir en aide aux victimes civiles de cette crise.

Et soudain, tout irait pour le mieux…

Apparemment avec la fin des combats, la situation des populations, quasi assiégées pendant plusieurs semaines, est revenue à la normale. Mais nos équipes sur place font un constat très différent. « Les chantiers sont nombreux. Une urgence humanitaire ne se règle pas en un jour. Le nouveau gouvernement n’a pas les moyens financiers pour relancer tous les services étatiques à l’arrêt depuis le début de la crise il y a près de 6 mois. Aujourd’hui la situation diffère selon les communes de l’agglomération d’Abidjan. A Yopougon ou Williamsville, par exemple, certaines familles ne font toujours qu’un seul repas par jour. Dépendants du travail journalier, les habitants des “bidonvilles” n’ont pas ou peu travaillé ces derniers mois. En parallèle de ce manque de revenu, les prix des produits de première nécessité ont fortement augmenté. Il faut 2 à 3 fois plus d’argent par jour pour nourrir sa famille. Les conditions sanitaires, elles aussi, sont déplorables. Dans les quartiers les plus défavorisés, les ordures n’ont toujours pas été ramassées depuis plusieurs mois. Elles s’amoncellent dans les caniveaux et les fossés. Cette situation entraine la prolifération de mouches, de moustiques et de rats et avec eux les risques de maladies. »

De la difficulté de maintenir l’attention de la communauté internationale sur la Côte d’Ivoire

Il est bien connu qu’une crise en chasse une autre. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, ce constat est criant. Une fois la situation sécuritaire stabilisée, les financements internationaux se sont faits plus timides, moins réactifs. Première Urgence – Aide Médicale Internationale était une des très rares ONG présentes à Abidjan lors des combats. Profitant d’accalmies, notre équipe a évalué les besoins, tissé un réseau avec les populations locales et les autorités en place, pour pouvoir apporter au plus vite une aide concrète aux habitants pris au piège. Les priorités identifiées : l’accès à la santé et les conditions sanitaires. Alors que nos équipes sont prêtes à intervenir, à ce jour nous n’avons malheureusement pas encore pu mettre en place la majeure partie de notre projet de soutien aux centres de santé, faute de financement de bailleurs internationaux, et ce malgré le soutien de Tulipe, de la Fondation Sanofi Espoir et de donateurs particuliers. Pourtant ce ne sont pas les besoins qui manquent. On estime que seulement un tiers des centres de santé ont pu reprendre leur activité à Abidjan et les stocks de médicaments sont quasiment épuisés depuis la fin du mois de Mars. En parallèle et sans mettre de côté ce projet, nos équipes ont mis en place une autre activité tout aussi importante de prévention des désastres. Par le ramassage et la gestion des déchets, l’aménagement des fossés et des campagnes de sensibilisation à l’hygiène, Première Urgence – Aide Médicale Internationale souhaite améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers les plus défavorisés de Williamsville et éviter la propagation de maladies comme le choléra. Ce projet permettra à près de 20 000 personnes de bénéficier de conditions sanitaires satisfaisantes ainsi que d’une rémunération pour leur participation au ramassage.

Attachée à soutenir les populations les plus vulnérables, surtout celles qui ne font plus la Une, Première Urgence – Aide Médicale Internationale maintient ses efforts pour développer des projets qui permettraient effectivement que la situation revienne à la normale à Abidjan.

Posté le 29 juin 2011