Côte d'Ivoire

Cote d'Ivoire: Un officier supérieur meurt après son arrestation et Gbagbo durcit son contrôle sur l'armée

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ABIDJAN, le 5 juillet (IRIN) - L'ex-porte-parole des forces armées de la Côte d'Ivoire (FANCI) a été brutalisé et un colonel de l'armée est décédé après qu'ils eurent été arrêtés et interrogés par les forces de défense et de sécurité, pour avoir pris part à un dîner à la résidence de l'ambassadeur de France sans l'autorisation de leur hiérarchie, a déclaré lundi la hiérarchie militaire ivoirienne.

Mais selon certains diplomates en poste en Côte d'Ivoire, un pays coupé en deux depuis le début de la guerre civile, l'incident qui s'est produit mardi dernier ne serait pas lié à la tension croissante qui règne au sein des FANCI.

L'arrestation de trois officiers supérieurs de l'armée, dont un devait décéder plus tard à l'hôpital de causes non encore élucidées, intervient à une période où le Gbagbo a renforcé le pouvoir de l'armée dans la région sud contrôlée par le gouvernement.

A la fin du mois de juin, Gbagbo avait déployé une unité spéciale des forces de sécurité pour mettre fin à la criminalité galopante dans la capitale Abidjan. Le président avait également décidé de placer sous commandement militaire la région ouest très instable, après le meurtre d'une centaine de personnes dans une série d'affrontements intercommunautaires dans des localités proches de la ville de Duékoué.

Le ministre de la Défense, René Amani, a également tenu à démentir les allégations selon lesquelles il existerait des dissensions au sein de l'establishment militaire. « Nous avons une armée qui a une cohésion fragile, mais elle existe », a-t-il déclaré à IRIN. « L'armée n'est pas divisée et j'essaie de faire en sorte qu'elle ne se divise pas ».

Depuis l'échec de la tentative de coup d'état de septembre 2002 qui a plongé la Côte d'Ivoire dans la guerre civile, le pays est divisé en deux, le sud étant aux mains des forces loyalistes et le nord sous contrôle des forces rebelles.

Amani a confirmé que le Lieutenant-Colonel Jules Yao Yao, démis de ses fonctions de porte-parole de l'armée le 23 juin dernier, a été arrêté et brutalisé par des éléments des forces de défense et de sécurité, après avoir quitté la résidence de l'ambassadeur de France dans la nuit du 28 juin. Les blessures du Lieutenant-colonel ont nécessité plusieurs point de sutures.

« Ce qui est arrivé ne devait pas se faire », a -t-il déclaré. « On va mettre de l'ordre ».

Yao Yao, comme le général à la retraite Laurent M'Bahia Kouadio et le colonel Désiré Bakassa-Traore, présents eux aussi au dîner, a été interpellé sur ordre du chef d'état-major général des armées, le général Philippe Mangou.

Dans une allocution diffusée plus tard à la télévision nationale, Mangou a indiqué qu'il avait demandé que le général à la retraite soit relâché, en raison de son âge, mais que les deux colonels soient détenus pour un interrogatoire avant d'être relâchés.

Mangou a par ailleurs ajouté que le Colonel Bakassa, Directeur de l'Office national de la protection civile, a été admis dans un hôpital pour y recevoir des soins, mais est décédé quelques heures plus tard dans la matinée du dimanche.

Les relations entre la Côte d'Ivoire et la France sont très tendues depuis que les forces françaises de Licorne ont détruit au sol les avions d'attaques de l'armée ivoirienne en novembre dernier, après que celle-ci eut bombardé les positions des forces rebelles dans le nord, rompant ainsi le cessez-le-feu en vigueur. Neuf soldats français avaient trouvé la mort au cours de ces raids aériens.

Depuis lors, tout contact non autorisé entre officiers ivoiriens et français est considéré comme suspicieux et mal vu par la présidence.

Selon Mangou, il a rencontré les deux colonels pour leur reprocher d'avoir participé à la réception à la résidence de l'ambassadeur de France. Yao Yao l'a informé qu'il avait été brutalisé pendant son interrogatoire, alors que Bakassa affirmait qu'il ne lui était rien arrivé.

« Sa mort n'est pas liée à son arrestation », a fait savoir Mangou. « Il m'a dit qu'il était souffrant ».

Une pétition non signée et émanant d'un groupe d'officiers supérieurs de l'armée a été transmise à la presse lundi pour dénoncer l'incident, qui selon les auteurs du document « risque de nuire à la cohésion de l'armée ».

Mais de nombreux diplomates occidentaux doutent de l'authenticité de ce document.

« Il y a tellement de rumeurs ici. Dans une situation de crise, il y a toujours des tentatives de manipulation », a expliqué un diplomate, qui a requis l'anonymat.

Le document critique sévèrement Gbagbo pour la nomination d'un gouverneur militaire dans le « Grand Ouest », une région très instable de la Côte d'Ivoire, après les affrontements intercommunautaires survenus à Duékoué.

Cette flambée de violence explique en partie le retard pris dans l'exécution du programme de désarmement des forces rebelles et des milices pro-gouvernementales, étape préalable à la tenue des élections présidentielles prévues le 30 octobre.

Le processus de paix a été relancé la semaine dernière à Pretoria après l'acceptation par tous les protagonistes de la crise ivoirienne d'un nouveau chronogramme fixé pour la phase du désarmement de l'accord de paix obtenu par Thabo Mbeki, président sud-africain et médiateur mandaté par l'Union africaine (UA).

Toutefois, certains diplomates restent sceptiques et ne pensent pas que le processus de désarmement démarrera à temps pour permettre la tenue des élections à la date prévue.

« Les deux camps durcissent leurs positions », a expliqué un deuxième diplomate qui a requis l'anonymat.

Au cours du week-end dernier, Gbagbo a mis en oeuvre les mesures annoncées précédemment pour le renforcement de la sécurité dans la capitale Abidjan. Celles-ci concernaient la division de la ville en cinq zones, chacune d'elles étant placée sous le contrôle d'une force d'intervention rapide.

Cette opération de renforcement de la sécurité à Abidjan a été placée sous le commandement du colonel Guiai Bi Poin, un officier de l'armée qui, avec des milliers de manifestants hostiles à la France, a fait face au détachement des soldats de la force Licorne près du palais présidentiel, à Abidjan, en novembre dernier. Les troupes françaises avaient finalement ouvert le feu sur les manifestants et tué plusieurs d'entre eux.

« Nous assistons à une reprise en main des affaires par Gbagbo et à un renforcement de la sécurité », a expliqué le deuxième diplomate.

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