Côte d'Ivoire

Cote d'Ivoire : Nous ne nous sommes jamais engagés sur une date de désarmement - les forces rebelles

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ABIDJAN, le 14 juin (IRIN) - Le démarrage du processus de désarmement des parties en conflit en Côte d'Ivoire prévu dans deux semaines semblait quelque peu compromis lundi dernier, lorsque les forces rebelles ont nié avoir signé un engagement pour désarmer le 27 juin et ont accusé Laurent Gbagbo de planifier une reprise de la guerre civile.
« Nous ne nous sommes jamais engagés sur une date de désarmement », a indiqué Amadou Koné, le directeur de cabinet du responsable des Forces nouvelles, Guillaume Soro.

Selon Koné, les Forces rebelles, qui contrôlent moitié nord de ce pays d'Afrique de l'ouest, pensent que Gbagbo envisage une offensive qui relancerait un conflit de près de trois ans.

« Nous avons un certain nombre d'éléments qui démontrent que le président Gbagbo se prépare à la reprise des hostilités. Son voyage en Angola n'est pas fortuit », a affirmé Koné, au cours d'une conférence de presse qui s'est tenue dans un hôtel placé sous haute surveillance et fréquenté par les Forces rebelles, à Abidjan, la capitale ivoirienne.

A en croire certains diplomates, l'Angola aurait fourni des armes à Gbagbo, par le passé.

Selon les termes du nouvel accord de paix signé à Pretoria sous l'égide du président sud-africain Thabo Mbéki, le désarmement des rebelles et des milices devait précéder le processus de réunification du pays et les élections présidentielles, le 30 octobre.

Les Forces rebelles n'ayant pas respecté l'échéance du 14 mai prévue initialement pour le début du désarmement de leurs troupes, et après plusieurs rencontres le mois dernier entre les chefs d'Etat-major des forces armées gouvernementales et du mouvement des Forces nouvelles, le 27 juin a été retenu comme nouvelle date pour le démarrage du processus de désarmement.

Ces efforts de paix ont toutefois été mis à mal par une série d'attaques meurtrières dans les localités proches de la ligne de front.

Des conflits intercommunautaires ont éclaté près de la localité de Duékoué, une ville sous contrôle de forces loyalistes et située dans la région ouest très instable de la Côte d'Ivoire. Depuis le début du mois de juin, ces affrontements ont fait au moins 69 morts et selon les Nations unies, quelque 15 000 habitants du district ont fui leur domicile par crainte d'une escalade de la violence.

Les militants pro-Gbagbo ont accusé les Forces nouvelles d'avoir déclenché ces attaques meurtrières, mais Koné a plutôt fait comprendre que ces actes de violence étaient perpétrés par les milices pro-gouvernementales.

« Nous ne pouvons aller au désarmement tant qu'il y aura autant d'insécurité et tant que les milices n'ont pas désarmé », a indiqué Koné.

De nombreuses armes circulent dans les régions fertiles de la ceinture cacaoyère, à l'ouest de la Cote d'Ivoire. Elles sont également le bastion de nombreuses milices pro-gouvernementales. Selon les diplomates et observateurs qui s'y sont rendus, certaines de ces milices comptent dans leur rang des éléments armés venus du Liberia voisin.

Pour Koné, il serait suicidaire de désarmer sans avoir des garanties solides que Gbagbo respectera les engagements qu'il a pris. « Nous disons que s'il n'y a aucun moyen de pression sur Gbagbo et que nous désarmons, il ne tiendra pas ses engagements », a-t-il ajouté.

Lors de la conférence de presse de lundi dernier, le rebelles ont fait savoir qu'ils ne désarmeront pas tant que le parlement n'aura pas adopter une série de nouvelles réformes politiques et tant qu'ils n'auront pas plus de garanties sur l'impartialité du prochain scrutin.

Mais selon un proche collaborateur du président Gbagbo, les rebelles cherchent tout simplement de nouveaux prétextes pour ne pas désarmer.

« Ils évoquent ces nouvelles conditions parce qu'ils n'ont pas l'intention de désarmer », a indiqué Sylvere Nebout, le conseiller en communication du président Gbagbo.

La Côte d'Ivoire est coupée en deux depuis la tentative avortée de renversement de Gbagbo par les forces rebelles en septembre 2002 ; la région nord est contrôlée par les forces rebelles, la région sud est tenue par les forces gouvernements et, séparant ces deux régions, la zone de confiance placée sous le contrôle des 6 000 casques bleus de l'ONU et des 4 000 soldats français de la force Licorne.

De nombreux combattants impliqués dans la guerre civile -- 42 000 chez les forces rebelles et 5 000 nouvelles recrues dans l'armée loyaliste -- pourront bénéficier des 500 000 FCFA (960 dollars américains) de prime de démobilisation qui sera versée lors de la mise en œuvre du processus de désarmement.

Les combattants des forces rebelles, notamment les centaines d'éléments ayant autrefois servi dans la police et dans l'armée, seront réintégrés dans les forces de sécurité gouvernementales.

Un renforcement des effectifs des 10 000 soldats des forces internationales de maintien de la pays est prévu pour assurer le bon déroulement du processus de désarmement et garantir la sécurité pendant la campagne électorale.

La semaine dernière, le Conseil de sécurité a prolongé jusqu'au 24 juin prochain le mandat de l'opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI).

Il envisage plus tard de voter une deuxième résolution approuvant l'envoi d'effectifs militaires supplémentaires et une prorogation du mandat des forces des maintien de la paix pour une période de sept mois.

C'est la troisième fois, en quelques mois, que le Conseil de sécurité reporte l'adoption de la résolution relative aux renforcements des troupes de l'ONU en Côte d'Ivoire.

De source diplomatique, on indique également que ce dernier report s'explique par le fait que le Congrès américain n'avait pas encore voté les fonds nécessaires pour financer le déploiement de troupes supplémentaires. Les Etats-Unis contribuant à hauteur de 25 pour cent au budget des forces de maintien de la paix de l'ONU, les sénateurs américains ont demandé à avoir un droit de regard sur le déploiement de troupes de l'ONU pour mieux contrôler le coût d'une telle opération.

Selon Jean-Marc de La Sablière, l'Ambassadeur de France auprès des Nations unies, 1 200 casques bleus viendront renforcer le contingent des forces de l'ONUCI présentes en Côte d'Ivoire. Ces effectifs sont bien inférieurs aux 2 000 soldats supplémentaires réclamés par Pierre Schori, l'envoyé spécial des Nations unies en Côte d'Ivoire.

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