Côte d'Ivoire

Chocolat chaud : Comment le cacao a alimenté le conflit en Côte d'Ivoire

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1. Résumé

La Côte d'Ivoire est le plus gros producteurmondial de cacao, le principal ingrédient du chocolat. Or, bien que le chocolat compte des milliards de consommateurs à travers le monde, peu d'entre eux ont conscience du rôle joué parle commerce du cacao dans le conflit armé et la crise politique qui sévissent en Côte d'Ivoire depuis quelques années.

« Le cacao, en Côte d'Ivoire, c'est la même chose que ce que représentaient autrefois le bois ou les diamants au Liberia. (i)

Source diplomatique à Abidjan, juin 2006.

En 2006, la Côte d'Ivoire comptait pourenviron 40 % de la production mondiale de cacao. Le cacao est la principale ressource économique du pays, représentanten moyenne 35 % de la valeurtotale des exportations ivoiriennes, soit environ 750 milliards de CFA(ii) par an (1,4milliard de dollars US).(1) Sur une population totale de 16 millions, 3 à 4millions de personnes travaillent dans la filière cacao.(2) Environ 10 % du cacao du pays est cultivé dans la zone contrôlée parles rebelles au nord du pays; le reste est cultivé dans la zone sud, qui est contrôlée parle gouvernement.

Le présent rapport - le premierque Global Witness consacre à la filière cacao en Côte d'Ivoire(iii) - rend compte, d'une part, de la façon dont les revenus dégagés du commerce du cacao ont contribué à financerle conflit armé et, d'autre part, des opportunités d'enrichissement dont ont bénéficié le gouvernement et les FN, à travers des pratiques corrompues et l'utilisation abusive des bénéfices du cacao, et qui continuent de compromettre la résolution de la crise.

Les informations contenues dans ce rapport reposent surdes enquêtes approfondies menées surle terrain en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Togo en juin et juillet 2006. Le personnel de Global Witness a interrogé un large éventail de sources à Abidjan dans la zone contrôlée parle gouvernement ; à Bouaké et Korhogo dans la zone contrôlée parles FN ; à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, pays voisin de la Côte d'Ivoire, et à Lomé, la capitale du Togo. Parmi les personnes interrogées figurent des représentants officiels de la filière cacao, des exportateurs de cacao, des fonctionnaires, des diplomates, des universitaires, des membres d'organisations non gouvernementales et des journalistes. Des études complémentaires ont été menées en France et au Royaume-Uni en 2006.

Il est essentiel de s'attardersurles bénéfices que retire chaque partie de ce commerce pourbien comprendre pourquoi les principaux protagonistes ne se sont pas davantage engagés en faveurde la résolution de la crise politique au cours des quatre années et demie passées. Du côté du gouvernement, les institutions nationales qui régissent la filière cacao, dont la majorité ont été mises en place après l'arrivée au pouvoirdu présidentLaurentGbagbo en 2001, ont apporté une contribution directe à l'effort de guerre chiffrée au moins à 10,6 milliards de CFA (20,3 millions de dollars US). Parailleurs, l'organisation professionnelle des gros exportateurs de cacao et de café, le Groupement Professionnel des Exportateurs de Café-Cacao (GEPEX), qui compte parmi ses membres des multinationales telles que Cargill et des sociétés européennes comme ED & FMan Holdings Ltd, siégeait au conseil d'administration de la Bourse du Café et Cacao (BCC), l'une des institutions nationales régissant la filière cacao qui a décidé d'apportercette contribution à l'effort de guerre (Chapitre 5.1.1). Le président ivoirien Laurent Gbagbo et son entourage, qui conservent le contrôle des institutions nationales financières et de la filière cacao, se sont servis surles bénéfices de l'industrie, utilisant au moins 20 milliards de CFA (38,5 millions de dollars US) des bénéfices du cacao pourfinancerleureffort de guerre (en plus des 10,6 milliards de CFA mentionnés plus haut). Comme l'a déclaré une source interne : « Bien sûrque le gouvernement s'est servi de l'argent du cacao pouracheter des armes. Sa seule erreura été d'essayerde le cacher. Il n'aurait pas dû le dissimuler. (4) (Chapitre 5.1.2).

(i) Le bois et les diamants ont joué un rôle central dans le financement du conflit au Liberia, comme l'indiquent les rapports de Global Witness Surmesure pourTaylor, publié en septembre 2001, et Les suspects habituels, publié en mars 2003.

(ii) Le franc CFA estla devise commune à l'ensemble de l'Afrique de l'Ouestfrancophone.

(iii) Le rapport de Global Witness intitulé Pourun fonctionnement effectif du Processus : Pourquoi le Processus de Kimberley doit faire plus pourmettre fin aux diamants du conflit, publié en novembre 2005, comprenait des informations surles diamants du conflit de Côte d'Ivoire.

(1) Site Internet du Trésorivoirien http://www.tresor.gov.ci/indicateur/cours_cafe_cacao.htm

(2) Site Internet du Trésorivoirien http://www.tresor.gov.ci/indicateur/cours_cafe_cacao.htm

(3) Accord politique de Ouagadougou, 4mars 2007

(4) Entretien mené parGlobal Witness avec un ancien représentant de la filière cacao, Abidjan, juin 2006