Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : Un climat politique favorable au processus d'identification

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DAKAR, 1 juin 2007 (IRIN) - Les problèmes de logistique pourraient désormais constituer le principal obstacle au processus d'identification, un processus au cœur de la crise ivoirienne qui doit permettre à des millions d'Ivoiriens de posséder une carte d'identité, mais rendu impossible jusqu'à présent par l'intransigeance et les antagonismes politiques.

« C'est l'engagement de tous les partis concernés qui nous permet de penser que ce processus aboutira cette fois-ci », a déclaré à IRIN Ahmedou El Becaye Seck, directeur de la division électorale à la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI).

Mis en place dans le cadre du nouvel accord de paix signé au mois de mars, le gouvernement de transition de la Côte d'Ivoire entend démarrer le processus d'identification dans les prochaines semaines. Ce processus est essentiel à l'organisation des élections présidentielles qui devraient se tenir au début de l'année 2008.

Dans le nord du pays, où la plupart des habitants sont des descendants de migrants venus des pays voisins de la Côte d'Ivoire, les populations se plaignent d'être victimes de discrimination de la part des autorités ivoiriennes et bon nombre d'entre elles n'ont pas pu avoir leur certificat de nationalité - l'une des principales revendications à l'origine de la rébellion qui a conduit à la partition du pays en 2002.

« Ce sera une réelle avancée si [ce processus] démarre », a déclaré Daniel Balint-Kurti, un spécialiste de l'Afrique de l'Ouest à Chatham House, une cellule de réflexion britannique basée à Londres. « Le processus d'identification s'est heurté à de nombreux différends entre la rébellion et le clan du président [Laurent Gbagbo]. La relance de ce processus avec l'accord des deux parties serait un réel pas en avant ».

Le processus d'identification

L'accord de paix signé en mars à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, entre le président ivoirien Laurent Gbagbo et l'ancien leader du mouvement rebelle des Forces nouvelles Guillaume Soro, devait faciliter la délivrance des certificats de nationalité ivoirien ainsi que celle des cartes d'identité nationale.

Selon l'accord de paix, une série d'« audiences foraines » sera organisée à travers le pays pour fournir des jugements supplétifs à tous les ceux qui n'ont pas un extrait d'acte de naissance.

D'après Alain Lobognon, directeur de communication de Guillaume Soro, actuel Premier ministre, le gouvernement s'est récemment réuni pour arrêter une liste de 60 équipes de magistrats chargées de conduire les audiences foraines.

A l'en croire, le Premier ministre s'emploie à résoudre les problèmes logistiques relatifs à cette importnate opération d'didentification qui devrait coûter près de 37 millions de dollars.

Toutefois, au 2 mai, l'Etat ne disposait que de quatre millions de dollars, mais de nombreux donateurs étrangers ont promis d'apporter une aide logistique et financière à la Côte d'Ivoire.

Les chances de succès

Selon certains observateurs, les chances de succès de ce processus de paix sont plus grandes que celles des précédentes tentatives, en raison de la volonté des deux parties d'aller vers la paix, et de la vive sollicitation des populations, fatiguées de vivre dans le contexte de « ni paix ni guerre » dans lequel se trouve le pays depuis la brève guerre civile de septembre 2002.

En effet, la Côte d'Ivoire est coupée en deux depuis le déclenchement d'une rébellion en 2002, les partisans de M. Gbagbo ayant accusé à plusieurs reprises l'Occident de soutenir les rebelles.

Même les partisans de la ligne dure, au sein de clan Gbagbo, semblent plutôt approuver l'accord de paix de Ouagadougou, d'autant plus que c'est M. Gbagbo qui a pris l'initiative d'engager un dialogue direct avec les ex-rebelles.

Pour Marcellin Zahoui, membre des 'Jeunes patriotes' - un mouvement de jeunes pro-Gbagbo qui a organisé de violentes manifestations lors du démarrage du processus d'identification en juillet 2006 -, contrairement à l'année dernière, il n'y aura pas de manifestation contre le processus d'identification.

« Nous avons déjà reçu des instructions de nos leaders et le mot d'ordre est de laisser les audiences foraines se dérouler normalement. Nous sommes tout à fait d'accord », a-t-il dit.

Pourtant, selon certains experts, les obstacles politiques ne sont pas à exclure.

« Jusqu'à présent, tout n'a été que cérémonie », a expliqué Gilles Yabi de l'International Crisis Group. « Les choses sérieuses commenceront au mois de juin et nous saurons très rapidement si l'accord est aussi solide qu'on le pense ».

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