Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire: Retranscription du point de presse du jeudi 30 juin 2005

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Introduction de la Directrice de l'Information Mme Margherita Amodéo.
Comme vous le constatez nous avons le grand plaisir de recevoir aujourd'hui le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies Pierre Schori et nous avons également le plaisir de revoir le Porte-parole Hamadoun Touré. Ce fut pendant son absence, un plaisir pour moi d'être avec vous. Merci d'avoir répondu à notre invitation et sans plus tarder je passe le micro à M. Schori

M. Pierre Schori : Des choses importantes se passent actuellement et je vais commencer par vous en faire quelques commentaires. Je précise que j'ai en ma compagnie mes collègues qui m'aideront à répondre à vos préoccupations. Je voudrais vous dire que je rentre de New York où j'ai pris part à une réunion du Conseil de sécurité. J'ai eu à parler au Secrétaire général et à bien d'autres personnes. A mon retour j'ai été il y a quelques jours à Niamey consulter le Président [Mamadou] Tanja [du Niger]. Mais pour ce qui est de New York, il faut dire que le Conseil de sécurité continue à être préoccupé par la situation en Côte d'Ivoire. Il demeure engagé et vigilant et dans sa dernière résolution qui date du 24 juin 2005, il a encore une fois réaffirmé que la situation en Côte d'Ivoire continue à mettre en péril la paix et la sécurité internationale dans la région. Chose très sérieuse (Chapitre 7[de la Charte des Nations Unies). Ce qui explique notre présence ici. Personnellement j'ai dit au Conseil de sécurité que la situation sécuritaire continuait à être extrêmement préoccupante et que la volonté politique des acteurs ivoiriens n'était pas suffisamment visible et qu'il y avait des lenteurs concernant le désarmement et que cela était dommage parce que nous sommes au seuil de la paix. Donc le Secrétaire général lui-même, dans un rapport présenté au Conseil de sécurité, a exhorté le Président [Laurent] Gbagbo, les Forces Nouvelles et les dirigeants de tous les mouvements politiques ivoiriens à honorer sans délai les engagements pris par eux de capitaliser les progrès réalisés. Il aussi indiqué dans ce rapport que « ceux qui pourraient choisir de fuir leurs responsabilités doivent s'attendre à ce que la communauté internationale agisse avec détermination et applique les mesures individuelles envisagées par les résolutions 1572 et 1584 c'est à dire que les sanctions restent un élément essentiel de la stratégie internationale pour le succès du processus de paix. La résolution qui vient d'en sortir, la 1609 comme vous le savez, a donc prorogé le mandat de l'ONUCI jusqu'au 24 janvier 2006. Elle a aussi autorisé l'augmentation de la composante militaire de l'ONUCI à hauteur de 850 hommes et femmes et de la composante police civile à hauteur de 725 hommes et femmes. Ce renforcement, qui ne correspond pas à celui que nous avions demandé est quand même le bienvenu. Il permettra à la force de l'ONUCI de disposer d'effectifs complémentaires pour la réalisation de sa mission d'appui à l'Accord de Pretoria et au processus de paix. Notamment dans le cadre de la sécurisation de la zone de confiance, du DDR et la sécurisation du processus électoral en particulier la sécurisation des candidats à l'élection présidentielle dans l'ensemble du pays. Il faut aussi souligner que, dans la résolution, les sanctions prévues contre les parties qui ne respectent pas leurs engagements dans les accords de Pretoria figurent toujours. En ce qui concerne Pretoria, l'ONUCI se félicite de la déclaration sur la mise en oeuvre de l'accord de Pretoria, sur le processus de paix en Cote d'Ivoire et l'ONUCI continuera d'apporter tout le soutien nécessaire à la médiation et aux autorités ivoiriennes pour sa mise en application. Nous attendons à ce sujet une déclaration du Secrétaire général Kofi Annan aujourd'hui [jeudi]. Pour ce qui est du désarmement et du démantèlement des milices, l'ONUCI confirme que la nouvelle résolution 1609 lui confère un rôle d'appui au Premier ministre dans ce domaine et nous sommes entrain de travailler là-dessus. Au sujet du DDR, l'ONUCI prend acte des nouvelles dates et est prête à jouer son rôle en appui au gouvernement. La réunion de Pretoria a confirmé la place centrale du DDR dans le processus de paix. On peut donc dire que Pretoria est arrivé au bon moment et que c'est maintenant le moment de la vérité, le moment de l'application de l'accord de Pretoria et c'est aussi le moment de l'espoir pour le peuple de Côte d'Ivoire. Nous notons maintenant qu'il y a un calendrier établi qui implique le démarrage immédiat et le commencement du démantèlement des milices pour le 20 août 2005. Nous nous félicitons aussi de l'engagement des militaires dans le dialogue et qui seraient prêts à participer aux réunions quadripartites et la fixation de la date du 7 juillet dans la finalisation du chronogramme du PNDDR et de la possibilité de commencer l'accueil des combattants à partir de fin juillet et nous félicitons aussi le lien qui est établi entre le démarrage DDR et l'adoption des lois sur la nationalité et l'identification pour laquelle l'Assemblée nationale est priée de faire diligence afin qu'elle ait lieu d'ici le 15 juillet. J'en ai terminé et suis maintenant prêt à prendre vos questions

Baudelaire Mieu (VOA) : Monsieur le Représentant du Secrétaire général des Nations Unies, je voudrais avoir des précisions sur les nationalités des forces additionnelles prévues et savoir si les contingents sont déjà formés. Ma seconde préoccupation concerne surtout la surveillance de l'embargo à Abidjan. Un renforcement des éléments qui se chargent des contrôles inopinés est-il prévu, notamment à Abidjan parce que selon certaines informations qui nous parviennent, ceux-ci seraient en nombre insuffisant et dans l'incapacité de réagir en cas de violation flagrante de l'embargo, comme ce fut le cas récemment au « quai bananier »

PS : Merci ! Je tiens à préciser que la résolution antérieure qui date du 3 juin 2005 avait donné l'autorisation au Secrétaire général des Nations Unies de se préparer pour le renforcement et des contacts avaient été pris dès ce moment là avec certains pays, notamment la Jordanie et le Bangladesh. Nous comptons voir les renforcements s'effectuer en deux vagues. Il devrait se fera dans 25 ou 30 jours pour la première vague tandis que la seconde suivra peu après. Il y déjà des éléments présents ici sur le terrain pour préparer l'arrivée de ces troupes additionnelles. Nous avons également discuté de la façon de les utiliser, mais ça c'est un secret militaire. Pour l'autre question concernant le port fruitier, comme vous l'avez lu dans la presse, ce cas très sérieux a été directement envoyé à New York et se trouve maintenant entre les mains du comité des sanctions. Il faut dire, en ce qui concerne l'embargo, en dépit de nos ressources limitées, l'ONUCI a fait un très bon travail. On peut dire que depuis fin mars, une centaine d'inspections ont été effectuées par les forces impartiales dans le sud et le nord de la Côte d'Ivoire. Dans la plupart des cas, ces inspections ont été effectuées dans des conditions satisfaisantes.

Emile Scipion (Dernière Heure Express) : J'ai trois préoccupations ce matin. Vous avez effleuré votre séjour à Niamey. Si cela n'est pas du domaine du secret peut-on savoir dans quel cadre se situait cette visite et quel a été le contenu de vos échanges dans cette ville. Deuxième préoccupation, en parlant de Pretoria, vous ne nous avez pas précisé si vous y avez pris part en tant que Représentant du Secrétaire général des Nations Unies pour la Côte d'Ivoire. Dans un tel cas de figure, l'ONUCI a-t-elle un devoir d'explication du communiqué final, parce que l'expérience nous a montré qu'à l'issue des conclaves lorsque les participants sont de retour, un des camps s'approprie la télévision pour essayer d'expliquer l'accord à la population à sa façon. Pour ce qui est de la troisième question relative au port fruitier et de l'embargo, à quoi peut-on s'attendre du Comité de sanctions

PS : Ma visite à Niamey m'a permis de rencontrer le Président et le Premier ministre. Elle visait surtout à échanger des points de vues sur la situation régionale, d'autant que ce pays assure la présidence de la CEDEAO et qu'il joue un rôle important. On a aussi parlé des citoyens nigériens qui vivent en Côte d'Ivoire mais cela fait partie aussi des visites que j'entreprends dans les pays voisins comme celle que j'ai effectuée à Pretoria, à Ouagadougou et cela a été très utile. Les autorités de ce pays m'ont assuré de leur participation active au processus de paix en tant que membre de l'Union Africaine. Mais je tiens à préciser que l'ONU n'était pas présente à Pretoria ni en avril, ni maintenant. C'était donc une affaire entre la médiation sud africaine et les parties ivoiriennes. Mais le Président Mbéki était en contact permanent avec le Secrétaire général avant, durant et après cette rencontre. Il en a été de même avec la présidence de l'Union Africaine. Je ne crois donc pas que nous ayons ici un devoir d'explication de texte. Ce sera aux participants ou au Président Mbeki qui le fera certainement à Syrte en Libye au sommet de l'Union africaine surtout que le dernier paragraphe du communiqué parle de possibles sanctions par l'Union africaine et par l'ONU. Pour ce qui est du port fruitier je ne peux prédire ce qui va se passer. Je crois que c'est un des premiers cas concrets qu'ils ont à traiter, mais il y aura des conséquences.

Baba Coulibaly Nicolas (Le Patriote) : Vous parliez tout à l'heure de l'Accord de Pretoria II. Moi je pense que l'application de cet accord passe d'abord par la confiance entre les différentes parties. Alors que sur le terrain il y a un véritable problème de sécurité. Les leaders de l'opposition ne sont pas en sécurité, certains éléments des FANCI non plus, la preuve, hier trois d'entre eux ont été ligotés et lynchés par d'autres éléments des FANCI. Alors, pour faciliter l'application de l'accord de Pretoria II, est-ce que l'ONUCI a prévu de revoir son mécanisme de sécurisation des ivoiriens ?

PS : D'abord il faut dire que la sécurité nationale, principalement au niveau d'Abidjan est placée sous la responsabilité des autorités ivoiriennes. Nous avons été mandatés par le Conseil de Sécurité d'assister les autorités dans certaines tâches pour la sécurité des Ivoiriens. Il s'agit surtout (et cela a été confirmé et renforcé par Pretoria) du DDR, des élections, et la protection des candidats. Et c'est un travail que nous faisons sous différentes formes par exemple à Duékoué et Guiglo par le biais des patrouilles mixtes ONUCI-FANCI, et nous en avons aussi ici à Abidjan mais, dans d'autres endroits nous faisons cela seuls. Mais après Pretoria nous allons faire certaines choses avec la médiation et donc on pourra certainement compter avec une présence sud-africaine militaire.

Jean Philippe Remi (Le Monde) : Un des aspects important dans le plan de désarmement, un des petits aspects importants mais qui apparemment est important dans le désarmement, consiste à avoir la liste des armements, est ce que vous avez l'impression, je ne crois pas que cela ne soit pas fait à l'heure actuelle, est ce que vous entrevoyez la perspective ?

PS : C'est correct de dire que c'est un aspect important du désarmement. Nous avons reçu une liste du côté des FANCI, il y a deux semaines je crois, parce que je l'ai envoyée avec moi à New York Elle était épaisse cette liste !! Moi je suis comme vous en ce qui concerne les armes. Mais bien sûr, nous sommes en train d'étudier cette liste. Mais nous attendons une liste du coté des Forces Nouvelles et bien sûr maintenant après Pretoria, la tension va monter pour que nous ayons une liste complète des deux côtés

Baudelaire Mieu (VOA) : Monsieur Schori je crois que vous n'avez pas répondu pleinement, complètement à l'une de mes questions. Je disais : Est-ce qu'il est prévu un renforcement ou bien doter de moyens plus efficients les éléments qui contrôlent l'embargo à Abidjan. Je le dis, parce que selon des informations, lorsque le cas flagrant, ce que vous appelez le « cas sérieux » a été découvert sur le port fruitier d'Abidjan, les éléments en présence, ne pouvaient rien faire, ils ont assisté sans rien faire selon les gens qui ont assisté à la scène, alors qu'ils ont le droit d'intercepter tout ce qui est violation flagrante de l'embargo. Donc ma question est de savoir s'il est prévu un renforcement des effectifs qui sont sur le terrain, est ce qu'à, les éléments ont accès à tous les périmètres, tant au port qu'à l'aéroport ?

PS : Vous avez deux questions. La première oui, il est prévu un renforcement, mais il faut dire que la tâche de l'embargo pour l'ONUCI est une tâche additionnelle. Mais nous n'aurons pas seulement des militaires. Nous aurons aussi des Civpol et quelques éléments en ce qui concerne l'embargo, ce qui est nécessaire.

Olivier Guédé (L'Intelligent d'Abidjan) : Je voudrais savoir ce que vous avez vu sur le port fruitier. On parle de 22 jeeps et on ne parle pas d'armes. D'autres parlent de 22 jeeps et d'armes. J'ai une mise au point ici de l'Etat-major des armées de Côte d'Ivoire qui dit qu'il n'y avait pas d'armes et qu'il n'y avait que des jeeps qui étaient déjà commandées bien avant l'embargo. J'aimerais savoir ce que l'ONUCI a constaté sur les lieux ?

Colonel Philippe Vial : Bonjour ! Nous avons constaté sur le port fruitier des véhicules militaires de couleur grise et des caisses. Nous n'avons pas vu d'armes.

Hervé Akaché (24 heures) : Que contenaient ces caisses ?

Pierre Schori : De toutes les façons, le cas est maintenant à New York et il y aura des conséquences.

Olivier Guédé (l'intelligent d'Abidjan) : J'aimerais que l'on m'enlève un doute Monsieur le Représentant Spécial de l'ONU. L'ONU dit toujours que la responsabilité de la sécurité appartient au gouvernement. On sait qu'il y a une vague d'insécurité à Abidjan et dans ces environs et le gouvernement a même parlé de décaisser 1 milliard je crois, afin de pallier cette insécurité là. J'aimerais savoir, dans ce milliard, qu'est-ce que le gouvernement peut acheter pour assurer la sécurité des Ivoiriens et qui ne va pas au-delà de l'embargo ?

PS : D'abord il faut dire que la sécurité est de la responsabilité principale du Gouvernement et au Nord elle est celle des Forces Nouvelles. Nous voyons le manque de sécurité, l'insécurité ici à Abidjan et dans l'ensemble du pays, donc il reste beaucoup à faire. Nous espérons et croyons que c'est seulement en allant au désarmement et au démantèlement des milices et aux élections, qu'il y aura une situation beaucoup plus sécurisée. Il y a aussi l'embargo sur les armes qui est complet, vous ne pouvez pas acheter un pistolet comme ça. Etant une personne intelligente, vous ne le ferez pas !!

Paul Tayoro (Notre voie) : Je voudrais savoir si l'ONUCI peut affirmer ou infirmer comme on l'entend, que l'insécurité qui sévit aujourd'hui à Abidjan est dressée uniquement contre des personnalités de l'opposition, comme j'ai cru l'entendre tout à l'heure.

Pierre Schori : Oui, je crois que personne n'est protégé contre cette insécurité ici à Abidjan, personne ! Lorsque nous avons présenté devant le corps diplomatique notre rapport bimestriel sur la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire, il y a eu plusieurs diplomates qui ont eux aussi témoigné de leur sentiment d'insécurité. Ils ont entre autres choses demandé des précisions sur l'interdiction de manifestations publiques à Abidjan. J'ai soulevé cette préoccupation quand j'ai vu le Président. Ce ne sont pas seulement les diplomates, il y a tout le monde. Dans mon intervention au Conseil de Sécurité, j'ai aussi utilisé comme exemple, les attaques systématiques contre les personnalités de l'opposition.

Paul Tayoro (Notre voie) : depuis que vous êtes à Abidjan, avez vous appris que des membres du clan présidentiel ont été agressés à leur domicile aussi ?

Hamadoun Touré : Il est arrivé il y a trois mois !

Pierre Schori : Le clan présidentiel est assez large ! je vous remercie

Hamadoun Touré : Merci beaucoup d'être venus et à jeudi prochain.

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Hamadoun Touré, Porte-parole, Tél. : +225-22483277 ; Portable : + 225-05990075 ; Fax : +225-22483320, Email : hamadoun@un.org

Margherita Amodeo, Directrice de l'Information, Tél. : +225-22483305 ; Portable : +225-05990313, Email : amodeo@un.org