Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire: Retranscription du point de presse du Général Abdoulaye Fall, commandant des forces de l'ONUCI

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News and Press Release
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Abidjan, 2 juin 2005
Introduction du porte-parole de l'ONUCI : Le Commandant des Forces de l'ONUCI, le Général Abdoulaye Fall va faire une introduction liminaire sur les récents événements avant de prendre vos questions.

Général Abdoulaye Fall: Bonjour à tous et merci à M. le Porte-parole et à la Directrice de l'Information de l'ONUCI. C'est avec plaisir que je me retrouve devant vous aujourd'hui pour répondre à l'invitation de la cellule communication de l'ONUCI et éventuellement répondre à vos questions et donner mon commentaire par rapports à vos éventuelles préoccupations concernant soit l'actualité soit la force de maintien de la paix en Côte d'Ivoire en général. Le Porte-parole me demande de commencer par l'actualité et celle-là est relative aux événements qui se produisent depuis hier à Duékoué. Les faits, en tout cas, tels qu'ils ont été rapportés à l'état-major de la force à l'ONUCI, c'est que dans la nuit de mardi à mercredi (31 mai au 1er juin 2005) au petit matin, un groupe d'individus armés principalement de machettes mais également de fusils de calibre 12 ont attaqué les villages de Guitrozon et Petit Duékoué. On a enregistré des morts, des blessés et des dégâts au niveau des domiciles.

Au niveau de Guitrozon il y a eu 40 morts, 35 blessés, et au niveau de Petit Duékoué 7 morts et 7 blessés. Ensuite, plusieurs bilans ont été donnés par la presse et par ceux qui véhiculaient des informations relatives à cet événement mais en tout cas, comme je l'ai dit c'est ce bilan qui nous a été rapporté. L'essentiel pour ne pas dire la totalité des victimes est de l'ethnie Guéré (tels que les rapports nous l'ont indiqué), parmi les victimes, certaines étaient calcinées. Voilà donc les faits qui nous ont été rapportés et que nous déplorons. Je n'ai pas à y revenir car la mission a dès hier publié un communiqué. Maintenant nous avons entendu beaucoup de griefs contre l'ONUCI et essentiellement la Force, car c'est elle qui est déployée dans la zone de confiance et qui a du monde dans cette partie du théâtre d'opération où se sont déroulés les évènements (qui est une partie sous contrôle gouvernemental, donc des forces de défense et de sécurité.

Donc, qu'ont fait les éléments de la force quant ils ont été saisis de ces incidents? Le bataillon du Bengladesh sur place a été dépèché et puisque les événements s'étaient déjà produits, ils ont aidé à la prise en charge des blessés, ils se sont déployés pour participer à la prise en charge des blessés, ils se sont déployés pour aider à la sécurisation des lieux afin d'empêcher une dégradation de la situation au niveau local. Maintenant au niveau de l'arrière c'est-à-dire ici à Abidjan où se trouve l'état-major de la force qui est chargée de conduire tout ce qui est opérations à travers le pays, dès que les comptes-rendus nous ont été faits, nous avons dépèché des officiers de l'Etat-major pour aller sur le terrain pour nous faire une lecture plus appropriée de la situation et parallèlement l'état-major s'est réuni pour voir comment participer davantage à la prise en charge de cet événement et éventuellement comment améliorer notre présence et notre dispositif dans cette partie de la Côte d' Ivoire. Cette réflexion a débouché sur un renforcement de notre présence sur place et la planification d'opérations spécifiques dans cette partie et en faisant effort particulièrement dans la zone de confiance et ceci en liaison avec la force Licorne qui nous sert, dans le cas de notre mandat ,de force de réaction rapide. Voilà donc ce qui a été immédiatement fait par la force et ce qui est envisagé par celle-ci.

Le troisième point de mon intervention sera centré sur les commentaires qu'appelle cet événement de ma part. Vous le savez très bien, ce phénomène récurrent, confrontation entre les différentes ethnies est un phénomène bien antérieur à notre déploiement sur ce théâtre. Il est évident que la crise que connaît la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002 peut avoir exacerbé ce phénomène. Mais je dis bien que nous participons toujours à la sécurisation de ce pays pour que le processus de paix puisse avancer, mais qu'au-delà de l'aspect ponctuel de sécurisation et de protection momentanée ou provisoire des populations, le règlement définitif de ce problème appelle une conjonctions d'efforts, et nous avons dans tous les cercles où nous avons eu à nous prononcer sur cette question, axer notre réflexion sur cet aspect de la chose. C'est pour cette raison que je dis dans différents cercles parce que ce n'est pas la première fois que nous faisons face à ce type d'événements malheureux et chaque fois des réunions ont eu lieu et que j'ai eu l'occasion d'assister à ces réunions soit avec les élus locaux soit avec les autorités politiques ou militaires, il me semble donc important que pour un problème de cette nature qui est un problème national, qu'il y ait une implication qui soit à la hauteur de l'importance de ce problème. Je crois que depuis hier, à différents niveaux de la vie ivoirienne, des réunions des concertations sont en cours, certainement en vue de déboucher sur cette prise en charge au niveau national, au plus haut niveau de la résolution de ce problème. Voilà ce que je voulais dire et je suis maintenant à votre disposition pour répondre à vos préoccupations sur ce sujet. Je vous remercie

Joe Bavier (VOA): Pour votre mission dans la zone de confiance,que répondez-vous à ceux qui vous accusent d'immobilisme?

Général Abdoulaye Fall: Il est improtant de comprendre la notion de zone de confiance. J'entends depuis hier et peut être même avant l'événement d'hier des réflexions disant que la zone de confiance est devenue la zone de non confiance, c'est la zone la moins sûre etc. Je dis qu'il faut faire attention. Quand nous parlions de la zone de confiance, il s'agissait de zone de confiance entre les parties armées, qui ont signé un cessez-le-feu le 17 octobre 2002. Ce cessez-le-feu avait été matérialisé par une ligne de cessez-le-feu. Dans notre mandat il est dit que nous devons surveiller l'application par les parties du cessez-le-feu qu'elles ont signé et que nous devons participer au renforcement de la confiance entre les deux parties. Entre autres mesures tendant à renforcer la confiance entre les parties, nous avions dit de reculer la partie nord vers le Nord, la partie sud vers le sud, de sorte à créer un éloignement entre les parties armées. Cette zone est dite zone de confiance. Mais comme je le dis souvent, encore une fois, notre souhait est que cette zone devienne une de confiance pour tout le monde et, notamment entre les ethnies, les religions etc... Mais il ne faut pas que l'on se trompe de combat et que l'on pointe du doigt l'action des forces impartiales en se référant à une dénomination qui a été faite dans un contexte bien particulier. Maintenant, dans cette zone de confiance comme je l'ai dit, il nous revient de surveiller le respect par les parties du respect qu'elles ont librement signé, d'en référer à New York en cas de violation après mené les investigations. Et c'était cela notre mandat jusqu'aux évènements de novembre. Les évènements de novembre ont prouvé que, malgré tous les présupposés sur le respect de l'accord politique et du cessez-le-feu, que les parties ne respectaient rien du tout. Et que donc, cet accord de cessez-le-feu pouvait être violé à tout moment. Mais nous, comme je le dis, la préoccupation, c'est d'éviter les conflits armés, donc nous avions dit, que nous étions démunis par rapport à la situation. C'est ainsi qu'après une déclaration présidentielle du Conseil de Sécurité, notre mandat, en plus de ce premier volet que j'ai évoqué, a inclus le fait d'empêcher les groupes armés d'en venir aux hostilités en franchissant la zone de confiance. Et nous avons eu des règles d'engagements conséquentes qui nous permettaient de mieux remplir cette mission. J'ai fait remarquer que depuis novembre, moi à ma connaissance, on ne m'a pas rendu compte de conflit armé entre les parties. Maintenant, la préoccupation à l'Ouest, comme je l'ai dit dans mon exposé liminaire, est une préoccupation nationale qui interpelle toutes les parties prenantes, qu'elles soient politiques, administratives, religieuses ou les autres partenaires au développement, les ONG, tout le monde devraient avoir son mot à dire dans la résolution de ce problème qui est un problème fondamental ici.

Baudelaire Mieu (V O A): Concernant les évènements d'hier, est-ce que l'ONUCI a ouvert une enquète ? Où en sommes nous? Avez des éléments sur l'endroit d'ou seraient venu les agresseurs ? Et autres et autres préoccupations, il y a beaucoup d'informations qui circule selon lesquelles, les autochtones qui ont été victimes, auraient fait appel à leur frère du Libéria qui s'apprèteraient à franchir la frontière.

Est- ce que dans ce cas de figure, le renforcement et la planification que vous aviez mis en oeuvre pourraient permettre certains débordements ?

Général FALL: Merci pour cette question. Il y a plusieurs aspects dans votre question.

En ce qui concerne les enquêtes, l'ONUCI est une mission qui comprend plusieurs composantes. Moi je commande la composante peut être la plus importante en volume, mais à coté, il y a une composante civile incluant une partie Droits de l'homme, une partie état de droit et ainsi de suite...Toutes ces parties sont interpellées par la gestion de cet événement. En ce qui me concerne, dès hier j'ai envoyé du monde sur le terrain, en ce moment j'ai encore du monde sur le terrain qui est entrain de mener des enquêtes qui sont spécifiques à mes besoins en tant que militaire pour me permettre de mieux comprendre la situation. La division des droits de l'homme est entrain de faire la même chose, parce qu'hier également, elle a dépêché une équipe sur place. Donc des enquètes sont en cours pour effectivement en venir aux résultats que tout le monde souhaite, c'est à dire l'identification de ces éléments et de leur dénonciation devant les juridictions compétentes. Voilà pour ce qui est de votre première question. Maintenant quant à une possible action de la filière libérienne de ces autochtones, je n'ai pas ces informations que vous avez. Maintenant la planification que je fais pour mener des opérations, prend en compte, un besoin de sécurisation de l'espace dont nous sommes responsables dans la zone de confiance, et dans cet espace, nous sommes en mesure de faire face à toutes éventualités

Franck Konaté (24 heures): Mon général, j'ai trois préoccupations. A l'heure où nous sommes, vous avez combien d'éléments déployés à Duékoué pour, comme vous venez de le dire, sécuriser la situation ? La deuxième question, quelles sont les procédures de saisine de l'ONUCI ? Parce que tout à l'heure dans votre intervention préliminaire, vous avez dit que vous étiez intervenus alors que les évènements étaient déjà survenus.

Vous êtes à Guiglo, vous avez un siège, des évênements se produisent et vous intervenez après pour des prises en charge.

Est- ce que c'est parce que c'est dans une zone gouvernementale et, donc qu'il fallait que le gouvernement ivoirien vous saisisse ?

Est-ce que vous ne pouvez pas vous autosaisir parce que vous êtes là et que tout se déroule et que vous veniez après ?la troisième question, porte sur le bilan actuel. Vous avez parlé de 41 morts, suite à un coup de fil, je puis vous dire qu'actuellement tout est barricadé là-bas et que ça chauffe. Il y aurait eu 12 morts, des personnes égorgées. Estce que vous êtes au courant de ce qui se passe actuellement à Duékoué ? à quel moment la licorne va-t-elle intervenir parce que sur le terrain, les gens n'ont peur que de la licorne , c'est vous seuls qui êtes habilités [à lui faire appel], parce que c'est une force d'intervention aux côtés de l'ONUCI , pourquoi quand la situation s'aggrave , vous ne faites pas appel à la licorne ? Je vous remercie

G-FALL : Première question, c'est la saisine de l'ONUCI. Je vous dis qu'il n'y a pas de méthode de saisine de l'ONUCI .L'ONUCI, en ce qui concerne la protection des civils menacées a le devoir de les protéger de violences physiques dans sa zone de déploiement et dans la limite de ses capacités. Vous avez commencé à vous lancer dans des développements, vous êtes la bas, l'onuci est la bas, la chose se passe, vous avez bien dit que la chose se passe à Guitrozon et à Petit Duékoué !l'ONUCI n'est pas à ces endroits là !l'ONUCI est à Duékoué. Mais quel que soit l'endroit où nous sommes, chaque fois qu'un incident est porté à notre connaissance, nous agissons .Dans certains cas, le résultat est positif, dans d'autres, nous arrivons malheureusement après que les faits sont commis.

Je ne peux pas vous dire que nous avons 160000 ou 45000. Nous avons un découpage, c'est à dire tout le secteur ouest, est occupé par une brigade du Bengladesh, cela veut dire trois bataillons qui sont déployés. Le premier à Zuénoula, le second à Guiglo et, le troisième à Man. Le quatrième bataillon appartenant au Sénégal, est à San- Pedro. Un bataillon, c'est environ 850 personnes .On divise généralement un certain nombre de modules de forces que l'on appelle des compagnies, que l'on déploie ici et là.

En plus de ces éléments qui sont armés, nous avons des observateurs, ce sont des gens qui ne sont pas armés, ils portent la tenue militaire mais, ne sont pas armés. Ce sont eux qui, en général, nous aident à savoir ce qui se passe, parce qu'ils ont un très bon tissu d'informations et de relations au sein de la population. Donc, en plus du volume de forces que nous avions à Duékoué, nous avons renforcé. On n'aura jamais suffisamment de forces pour couvrir tous les villages de la Côte d'Ivoire. C'est pourquoi que je dis encore une fois, que notre action est une action qui participe à l'amélioration de la sécurisation globale, mais qu'il y a des actions en profondeur qui méritent d'être prises à un niveau plus élevé et, à un niveau qui implique beaucoup plus de parties prenantes. Maintenant, le bilan. J'aurais dû peut être commencer par là et vous dire que lorsque nous avons été réveillés à 03 heures du matin on nous avait donné un premier bilan qui a évolué par la suite. Ce matin celui-ci a encore évolué. Il y a encore des rapports qui font état de morts qui ont eu lieu non pas à Petit Duékoué mais à Belleville concernant une autre communauté. Mais nous sommes entrain de préciser les informations pour voir dans quelle mesure les confirmer. C'est vous dire la complexité du problème ! On a cité Guitrozon, petit Duékoué et voilà que l'on nous parle de Belleville. Je vous dit pour l'instant que le bilan que l'on donne, c'est un bilan que l'on donne à l'instant T. Au même titre que vous êtes appelé à chaud pour être mis au courant de ce qui se passe làbas, soyez rassuré que les Etats-majors des forces quoi sont là-bas peut être pas moi directement, mais moi je suis à la tête d'un état-major , recueillent des informations aussi.

Mais je vous dis que le bilan que l'on donne à l'instant T. Il peut être à l'instant T+1 et évoluer.

Vicky Delore(AFP) : A cet instant T, quel est le bilan ?

G-FALL: Le bilan que je peux vous donner, c'est le bilan qui a été affiché que je vous ai donné. Maintenant il s'est passé des choses hier nuit qui sont en cours de vérification et qui vont être portées à l'appréciation de tous. Il n'y a rien de secret ici, tout se fait dans la transparence, parce que tout le monde est sur le terrain. Au moment où je vous parle, le chef d'état-major des FANCI est sur le terrain avec sa cellule opération et tout. Donc il n'y a absolument rien à cacher. Néanmoins il y a des précautions avant de se lancer dans certaines affirmations, il faut faire les vérifications d'usage et tout ça. On me parle de l'utilisation de la licorne. J'ai dit dans mon mot liminaire que, jusqu'à aujourd'hui, nous sommes sous le coup de notre mandat défini par la résolution 1528 qui nous donne un certain nombre d'activités à faire. Il en est de même pour la licorne dans le même mandat qui doit servir de force d'intervention rapide à l'ONUCI. Je dis, dans ce que nous avons envisagé comme action, nous l'avons fait en liaison avec licorne.Cela veut dire que Licorne a déjà pris depuis hier des mesures et est entrain de prendre des mesures en liaison avec nous. Maintenant, seule précision qu'il faut apporter, c'est que ces évênements se sont passés en zone sous contrôle gouvernemental. Parce que globalement, ce grand ouest est une zone très sensible, mais nous avons essentiellement recensé les évênements qui s'y passent, dans deux axes principaux. C'est l'axe Duékoué-Logoualé qui passe par Fengolo, Bangolo qui, inclut Guéhibli et tous ses villages .Le deuxième axe, c'est l'axe Guiglo-Toulepleu en passant par Bloléquin. Il y a une amélioration très nette dans cette deuxième partie de cet axe, c'est à dire entre Bloléquin et Toulépleu.

Maintenant, les principales préoccupations sécuritaires sont dans l'axe Duékoué- Logoualé et Guiglo-Bloléquin. Ce sont des zones où des efforts doivent être portés pour faire baisser la tension au même titre que d'autres actions menées dans l'autre partie.

Nous le faisons, autant que faire se peut en parfaite intelligence avec les Forces de Défense et de Sécurité parce que cet axe dont je vous parle, est en pleine zone gouvernementale. Maintenant l'axe Duékoué-Logoualé, pour une grande partie, concerne la zone de confiance. Il y a certain facteur dans cette zone de confiance qui participe à augmenter la crise. Mais ces facteurs là sont identifiés, tous les efforts vont tendre à essayer de les minimiser au mieux. Voilà ce que je pouvais vous apporter comme élément d'appréciation en vous lançant un appel pour nous aider, puisque vous êtes des démultiplicateurs d'informations, vous pouvez agir sur les consciences.Vous êtes une des parties prenantes les plus importantes, les gens là-bas ont besoin d'information, de communication, parce que le principal problème est un problème de cohabitation. Je pense que votre rôle devrait être déterminant dans la poursuite de cet objectif de cohésion sociale que nous recherchons tous dans cette partie de la Côte d'Ivoire .Donc, dans les actions à mener, il y a une action importante qui relève de votre domaine de compétence.

Si j'ai une demande à vous faire, c'est de nous aider à aller dans ce sens. Je vous remercie.

Pour toute information supplémentaire, prière de contacter:

Hamadoun Touré, Porte-parole, Tél. : +225-22483277 ; Portable : + 225-05990075 ; Fax : +225-22483320 Email : hamadoun@un.org

Margherita Amodeo, Directrice de l'Information, Tél. : +225-22483305 ; Portable : +225-05990313 Email : amodeo@un.org