Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire: Rapport de Situation Humanitaire No. 14

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Situation Report
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Du 8 septembre au 06 octobre 2003
Contexte

La Ministre de la Solidarité, de la Sécurité sociale et des Handicapés, Madame Clotilde Ohouchi a fait le bilan d'une année de solidarité et d'action humanitaire le 20 septembre 2003 à la radio nationale. Elle a noté que la solidarité s'était essoufflée parce que la crise a perduré dans le temps et que les familles ont accueilli, chez elles, des déplacés depuis plus d'un an et ont partagé leurs gîtes et leurs couverts...Une mission multisectorielle composée du Gouvernement et des agences des Nations Unies a eu lieu du 22 au 27 septembre 2003 dans le département de Yamoussoukro, elle a fait ressortir que les populations hôtes disposent de moins de moins de ressources pour faire face aux besoins des familles déplacées, qui pour la plupart sont arrivées dans cette zone complètement démunies. (Le rapport est disponible dans le bureau de OCHA ou sur le site intranet).

Il a été constaté qu'une grande partie des interventions humanitaires se déroulent dans la partie ouest de la Côte d'Ivoire au vu des besoins urgents, qui se font ressentir dans ladite zone. Cependant, il est important que des organisations humanitaires continuent d'intervenir sur l'ensemble du territoire malgré les ressources financières limitées pour répondre aux besoins des personnes vulnérables et nécessiteuses notamment dans le centre et le nord.

SITUATION POLITIQUE ET SECURITAIRE

Un rassemblement organisé par le Collective des Jeunes Patriotes (COJEP), auquel ont participé des hommes politiques et des patriotes s'est tenu le 2 octobre à Abidjan. La manifestation qui s'est déroulée sans incident violent, était ponctuée de chansons et de discours dont la plupart était « contre » le processus de paix de Linas-Marcoussis et le retrait des ministres des Forces Nouvelles du gouvernement, et « pour » la réunification et le désarmement des éléments armés. Par ailleurs, une contre-manifestation a été organisée par les Forces Nouvelles à Bouaké le 4 octobre pour réclamer la démission du Président Gbagbo.

Le 2 octobre 2003, le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan avait exprimé sa profonde consternation suite aux décisions prises par les Forces Nouvelles et leur a demandé de rejoindre le gouvernement de réconciliation nationale. Le 3 octobre 2003, les membres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies ont appelé tous les acteurs politiques de la Côte d'Ivoire, en particulier les Forces Nouvelles à adhérer aux accords de Linas-Marcoussis afin d'achever la reconstruction nationale.

Le Comité de Suivi des Nations Unies en Côte d'Ivoire a tenu une réunion de crise le mercredi 24 septembre 2003, suite à la déclaration des Forces Nouvelles de suspendre leur participation. Apres l'annonce de la suspension des ministres FN, l'armée nationale a fermé pendant quelques heures la voie principale menant à Bouaké.

Des manifestations qui commémorent l'attaque du 19 septembre 2002 et celles de la journée mondiale de la paix se sont déroulées durant trois jours à Abidjan et à Yamoussoukro. A cette occasion, le message du Secrétaire Général de l'ONU, Monsieur Kofi Annan a été lu par son Représentant Spécial, Monsieur Albert Tevoedjre qui a pris part à une cérémonie à Yamoussoukro.

A cette cérémonie, les Rois et Chefs traditionnels ont arrêté certaines décisions à l'issue du Conclave du Pardon. Ils ont conclu que la « guerre imposée à la Côte d'Ivoire n'est ni ethnique, ni tribale, ni religieuse, mais bien politique et militaire », selon Fraternité Matin le quotidien le plus lu en Côte d'Ivoire.

PHASE DE SECURITE

Il est à signaler que depuis le 11 septembre 2003, le Comite de Gestion de la Sécurité des Nations Unies a déclaré les différentes phases de sécurité en Côte d'Ivoire :

- Zone 1 : Le centre et la partie Est entre Tabou (exclusivement), Noe-Bondoukou et Duékoué (exclusivement), passe de la phase IV à la phase III.

- Zone 2 : La partie Ouest entre Tabou, Duékoué et Bin Houye à la frontière du Libéria, passe de la phase IV à la phase III.

- Zone 3 : La ville d'Abidjan passe de la phase IV à la phase II.

- Zone 4 : La partie Nord sous-contrôle des Forces Nouvelles passe de la phase IV à la phase III..

Situation humanitaire et interventions

Sécurité alimentaire/Agriculture

Dans le cadre du projet PAM/FAO, 7 500 ménages d'agriculteurs dont 5 000 ménages pour la riziculture et 2 500 ménages pour le maraîchage ont été ciblées pour l'assistance en semences (riz, maïs, et légumes), en matériels (arrosoirs, binettes et râteaux) et en engrais (NPK et Urée). Le PAM accompagne ce programme avec du Food for Agriculture. Une ration de 12,5 kg par mois a commencé à être livrée et l'opération sera menée pendant deux mois dans le Moyen Cavally, à raison d'une ration qui a été portée à 2kg/jour/ménage, ce qui représente une multiplication par cinq en faveur des bénéficiaires de l'assistance agricole en passant de 417gr/jour/ménage à 2kg/jour/ménage. A ce jour 7 294 ménages d'agriculteurs ont bénéficié des semences et du petit outillage agricole à Man, dans le Moyen-Cavally, et à Tabou.

La FAO a injecté 101 Mt de semences de riz auxquelles il faudra ajouter 5 Mt offertes par l'ADRAO. Les distributions de semences et d'outils dans les villages ont favorisé le retour de certaines familles dans leurs villages d'origine, celles-ci souhaiteraient également être assistées. Les cantines scolaires du PAM seront fonctionnelles dans les écoles primaires dans tout le pays

A Tabou le rapport du Caritas fait état de près de 28% d'enfants malnutris.

Education/Protection

Un séminaire de formation sur le programme d'éducation à la paix et à la tolérance a été initié par le Ministère de l'Education Nationale avec l'appui financier et logistique de l'UNICEF. Ce séminaire organisé du 1er au 17 septembre 2003 au CAFOP de Yamoussoukro a mis l'accent sur la formation des directeurs départementaux de l'éducation nationale, des directeurs d'écoles et des enseignants.

Une délégation conduite par le Ministre de l'Education Nationale et certains officiels du Premier Ministre, a effectué une mission d'une semaine dans la première quinzaine de septembre à Bouaké pour évaluer la situation de l'éducation dans les zones occupées par les Forces Nouvelles. On estime à plus de 700 000, le nombre d'enfants privés de scolarité primaire en raison du conflit.

L'UNICEF, dans sa stratégie d'intervention a, durant le mois de septembre 2003, effectué un recensement des enfants en procédant par tranche d'âges et par sexe dans la zone de confiance sécurisée par les Forces impartiales au sud-ouest de Bouaké /presqu'île de Sakassou. Ce qui permettra d'évaluer une stratégie de réponse rapide et plus pertinente répondant aux besoins réels de soutien des écoles formelles ou non formelles.

Site de transit des déplacés

A Guiglo, le nouveau site des déplacés prévoit d'abriter 2 400 personnes et le premier transfert prévu le 15 octobre atteindra ce nombre de personnes. Ce transfert promettra de désengorger le premier site qui les avait accueillies.

A ce jour, les statistiques des personnes déplacées se présentent dans le Département de Guiglo comme suit :

  • Au centre de transit du HCR à Guiglo : 6664 déplacés
  • Dans les familles d'accueil à Guiglo : 20 923 déplacés ivoiriens
  • A Duekoué : 22 878 déplacés ivoiriens
La section Protection de l'UNICEF a pris part à l'identification de 30 bénévoles chargés de l'éducation et des activités sociales des réfugiés et des personnes déplacées internes sur les sites de Guiglo.

Le HCR, à travers son partenaire la GTZ, a terminé la construction de 40 hangars pour loger un total de 2 400 personnes et a aussi commencé la construction de 20 cuisines communautaires qui seront achevées le 15 octobre.

Santé, eau et assainissement

Les missions d'évaluation effectuées par l'UNICEF dans les zones Ouest, Nord et du Centre, ont révélé que la situation humanitaire reste précaire dans ces zones. L'objectif de ces missions était de faire un état des lieux par rapport au personnel de santé, aux équipements, aux soins et l'aide à apporter en faveur des populations qui subissent les effets de la crise que connaît le pays depuis le 19 septembre 2003.

Les conséquences de la crise dans le domaine de la santé sont : a) le manque de médicaments ; b) le manque de soins de santé et, c) des problèmes de malnutrition.

L'UNFPA a procédé à la remise d'équipements d'hygiène de vie au Ministère de la santé en direction des populations minières de Guitry pour un montant total de 1,5 million francs CFA. Environ 8.200 réfugiés et déplacés internes de 7 sites à Abidjan et 3 sites à Duékoué ont bénéficié d'une formation en hygiène et assainissement.

Le CICR facilite l'approvisionnement des structures de santé en médicaments, vaccins et matériel médical, en particulier dans les régions du Nord et de l'Ouest. Grâce à un financement de l'Union Européenne, le CICR mène une opération d'approvisionnement de plus de 110 structures médicales dans les zones o=F9 la pharmacie de santé publique n'est pas en mesure d'assurer la livraison de médicaments. Dans le but de rouvrir 10 centres de santé, cinq (5) à Bloléquin et cinq 5) à Toulepleu, la Croix rouge a dispensé des cours de mise à niveau à une vingtaine d'agents de santé communautaires. A Bouaké, le CICR a été contacté par 3 agents de santé de retour dans leur structure sanitaire de Bodokro, afin d'avoir un appui en médicaments. Ces structures seront effectivement approvisionnées par le CICR.

Assistance et protection des réfugiés en Côte d'Ivoire

Environ 6 000 réfugiés ont bénéficié d'un programme d'assistance multisectorielle au camp de Nicla dans le Département de Guiglo.

Lors de l'opération de vérification de la population réfugiée dans le Département de Tabou, conduite conjointement par le HCR et le Service d'Aide aux Réfugiés et Apatrides (SAARA), 45 784 réfugiés ont été enregistrés dans plus de 40 villages frontaliers, à Tabou ville, au centre de transit, à San Pedro et à Grand-Béréby.

Le centre de transit a été réhabilité et sa capacité portée à 6 000 personnes. Le HCR, en partenariat avec International Rescue Committee (IRC) a commencé une intervention dans 6 villages frontaliers accueillant le plus grand nombre de nouveaux arrivants du Liberia. Le HCR a particulièrement mis l'accent sur les secteurs de l'eau, de l'assainissement, de la santé et de la prévention des violences liées au genre, ainsi que sur l'éducation informelle. D'autre part, le HCR finance des activités de Caritas dans le secteur médical dans 5 autres villages. Il est à noter que réfugiés comme population bénéficient de cette assistance.

En terme de solution durable, 875 réfugiés ont été réinstallés aux Etats-Unis durant le mois de septembre. Le HCR a continué à donner une assistance multisectorielle à 1 977 réfugiés qui continuent à être hébergés dans 13 centres de transit à Abidjan dans l'attente de leur départ éventuel dans le cadre du même programme de réinstallation

Transition

Dans le cadre de son programme général d'accompagnement et d'appui à la réhabilitation, à la réintégration et à la réinstallation des populations, le PNUD a initié et contribué à la tenue de deux séminaires, aux dates durant le mois de septembre 2003, sur les thèmes suivants :

- « Définition des critères d'identification et des modalités d'indemnisation des victimes de la guerre, des déplacés et exilés,

- outils de renforcement des capacités des organisations de la société civile en matière de prévention, gestion de conflits et gestion du stress

VIH/SIDA

Le Fonds Mondial pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme a signé le 26 septembre un accord de subvention à la Côte d'Ivoire d'un montant de 18 099 398 millions de dollars pour renforcer la réponse nationale face au VIH/SIDA.

C'est le PNUD qui a été retenu par l'instance de coordination nationale (CCM) comme Récipiendaire Principal de ces fonds; le Protocole de cet accord a été paraphé le 26 septembre par M. Claudio Caldarone, Représentant Résident a.i, par le Président de l'Instance de coordination pays (CCM), le Ministre d'Etat, Ministre de la Santé Publique et de la Population, S.E.M. Mabri Toikeuse, et le représentant de la société civile, M. Ako Cyriaque, du Réseau ivoirien des personnes vivant avec le VIH (RIP+).

Mission d'évaluation multisectorielle

Dans le Département de Yamoussoukro

Dans le but d'améliorer la situation humanitaire des personnes déplacées dans le Département de Yamoussoukro, une mission d'évaluation composée des groupes sectoriels protection, éducation, santé, eau et assainissement, sécurité alimentaire et redressement économique, s'est rendue dans le Département de Yamoussoukro du 22 septembre au 27 septembre 2003.

Il convient de signaler que le rapport provisoire de cette évaluation relate que 25 localités ont été visitées. Sur une population totale estimée à 240 246 habitants dans tout le département, 30 171 personnes sont déplacées soit 12,55% dont 54% sont des femmes et des enfants. Ces personnes déplacées du Département de Yamoussoukro venant pour la plupart de Bouaké et des zones environnantes (Sakassou, Béoumi, Botro, Katiola etc.), vivent dans une situation précaire. Les vivres et les non-vivres sont les types d'appui généralement fournis aux populations déplacées et leurs hôtes dans les localités visitées. Dans 55% des cas, les appuis proviennent de la cellule de Solidarité et Action Humanitaire. Les agences des Nations-Unies sont intervenues dans 43% des cas et les autres structures d'appui, ONG, société civile et autres sont intervenus dans 2% des cas.

- A Bouna

La branche militaire de la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (MINUCI) a effectué une mission du 16 au 17 septembre 2003 sur les villes de Bouaké, Yamoussoukro, Duékoué et Bouna. A Bouna, la mission a noté le manque de centres de santé et d'eau potable et des délestages pendant 12 h/jour. L'UNICEF a déjà apporté une aide médicale et en non-vivres. Selon le Centre social qui s'occupe des personnes déplacées à Bondoukou, l'effectif des personnes déplacées est estimé à 2 608 personnes. Une mission inter-agences/Gouvernement est prévue au milieu du mois d'octobre.

Mobilisation des ressources

Côte d'Ivoire CAP 2004

Le bureau OCHA, en partenariat avec les autres agences des Nations Unies, les Organisations internationales et les représentants du gouvernement ont réfléchi sur l'Appel Consolidé de 2004 (CAP 2004). Un pipeline de projets sectoriels a été constitué et une réunion a eu lieu avec les donateurs, le jeudi 25 septembre 2003. Les participants ont été informés du lancement du CAP le 19 novembre 2004 au Canada, en Suisse et en Côte d'Ivoire.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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