Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : Plus de pauvreté, des taux de malnutrition en hausse

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ABIDJAN, 11 mai 2007 (IRIN) - En dépit de récentes avancées sur le chemin de la paix, des centaines de milliers de personnes en Côte d'Ivoire continuent de subir les conséquences du conflit qui a divisé le pays et forcé plus d'un demi million d'habitants à fuir.

Au moins 566 000 personnes, soit neuf pour cent des foyers ruraux de Côte d'Ivoire, seraient en situation d'insécurité alimentaire, et 1,1 million d'autres, soit 20 pour cent des foyers ruraux, frisent ce seuil, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Selon les estimations du ministère ivoirien de la Santé, 40 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition dans le pays, bien que les taux de malnutrition varient selon les régions.

La région du Moyen Cavally, dans le sud-est du pays, est la plus touchée : 43 pour cent des foyers de cette zone vivent dans une situation d'insécurité alimentaire, et 27 pour cent risquent de basculer eux aussi dans l'insécurité alimentaire, révèle le PAM.

D'après le docteur Gualbert Kouadio, représentant du Programme national de nutrition mis en place par le gouvernement, le manque de vitamine A serait un problème particulièrement important. La prévalence de carence en vitamine A s'élève à 68 pour cent dans le nord du pays, à 32,2 pour cent dans le nord-ouest et à 40 pour cent dans le sud, estime-t-il.

La vitamine A est essentielle au bon fonctionnement du système immunitaire. Les patates douces, les carottes, le chou frisé et les mangues sont de bonnes sources de vitamine A.

Dans des pays tels que la Côte d'Ivoire, où le paludisme est endémique, une carence en vitamine A expose davantage les habitants, et surtout les enfants, au risque de succomber des suites de cette maladie, transmise par les moustiques. Selon les estimations des représentants de la Santé, quelque 63 000 enfants de moins de cinq ans sont emportés par le paludisme chaque année en Côte d'Ivoire.

Les populations souffrent aussi d'une carence en vitamine B1, également connue sous le nom de thiamine et que l'on trouve, entre autres, dans les céréales complètes, le poisson, la volaille et les légumes à feuilles.

Les enfants de moins de deux ans présentent les taux de malnutrition les plus élevés, en partie parce que le taux d'allaitement exclusif des bébés jusqu'à l'âge de six mois est très faible - quatre pour cent seulement.

Des conditions de plus en plus critiques

Depuis le coup d'Etat raté de septembre 2002, la Côte d'Ivoire est divisée entre une région sud dirigée par le gouvernement et une région nord détenue par les rebelles. En mars dernier, les dirigeants ont signé un nouvel accord de paix qui commence à être mis en place, toutefois les représentants des organismes d'aide pensent qu'il reste beaucoup à faire pour redresser le pays sur le plan humanitaire.

Il y a cinq ans, le taux de pauvreté était de 38,4 pour cent en Côte d'Ivoire ; l'année dernière, il avait atteint 48,8 pour cent, estime le PAM.

La Côte d'Ivoire, autrefois un modèle de stabilité et de prospérité économique en Afrique de l'Ouest, occupe aujourd'hui la 164e place de l'indice de développement humain des Nations unies, sur 177 pays au total.

Dans le domaine de la santé, la situation s'est considérablement dégradée dans le nord du pays puisque, dans la plupart des cas, il n'y a plus eu de personnel ni de financement pour faire fonctionner les services sanitaires les plus élémentaires pendant la quasi-totalité de ces quatre dernières années.

« En Côte d'Ivoire, les secteurs sanitaire et social sont confrontés à de graves difficultés : infrastructures sanitaires saturées et inadaptées, épuisement imminent des stocks de médicaments et autres ressources essentielles, pénurie d'eau potable, conditions sanitaires déplorables et systèmes de surveillance épidémiologique peu efficaces », peut-on lire dans l'Appel international de fonds pour la Côte d'Ivoire (CAP 2007).

On y appelle au versement de 56,4 millions de dollars pour renforcer l'aide apportée à quelque quatre millions de personnes vulnérables en Côte d'Ivoire, dont 19 millions de dollars consacrés à la santé et trois millions alloués au soutien de l'agriculture. A mesure que le processus de paix se met en place, un grand nombre des quelque 700 000 personnes déplacées dans le pays ont commencé à rentrer chez elles.

Manque de diversité alimentaire

Selon le PAM, les taux élevés de malnutrition sont en partie imputables au faible taux de diversité alimentaire. En raison de la pauvreté, les populations ne sont pas en mesure d'acheter des légumes et des aliments riches en protéines afin de diversifier leur régime alimentaire, s'inquiètent les nutritionnistes.

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, produit également des quantités importantes de café, mais peu de nourriture.

Antoinette Allah est infirmière au Centre de protection des mères et des enfants, à Abobo, un quartier d'Abidjan. Lorsqu'elle interpelle les parents sur l'air maladif de leurs enfants mal nourris, « ils me confient qu'ils n'ont pas assez d'argent pour les nourrir convenablement ».

De nombreux habitants d'Abidjan, la principale ville de Côte d'Ivoire, disent ne pouvoir s'offrir qu'un seul repas par jour.

« Le matin, le midi et le soir, je mange de l'attiéké [semoule de manioc] », raconte Armel Atse, un étudiant. « Je crois que c'est ce que j'ai de mieux à faire, parce qu'en attendant, à la maison, on ne mange qu'une fois par jour - le soir. On peut appeler cela une mort lente ».

Le docteur Fokouo Kouadio estime que la malnutrition doit devenir une « question d'urgence nationale ».

« Pour ce faire, il est temps de mobiliser les ressources nécessaires afin de lutter contre ce phénomène et d'éviter la catastrophe », prévient-il.

Plusieurs organisations humanitaires, dont le PAM, opèrent en Côte d'Ivoire pour tenter de réduire les taux de malnutrition. Le PAM distribue des rations alimentaires, fournit des compléments alimentaires aux écoles et a mis en place des programmes 'vivres contre travail'.

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