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Côte d'Ivoire: Les manifestations continuent; le décès d'un politicien attribué aux escadrons de la mort

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ABIDJAN, 3 février (IRIN) - Des milliers de femmes ont fait un sit-in devant l'ambassade de France à Abidjan lundi, dernier incident dans une série de manifestations dans la capitale économique ivoirienne. Le but de la manifestation de ce lundi et une manifestation monstre samedi qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes, consistait à protester contre les accords récemment conclus en France pour résoudre quatre mois de conflit.
La manifestation de samedi a été la plus importante organisée en Côte d'Ivoire ces dernières années. Elle a réuni des organisations de la société civile, des groupes de pression appuyant le gouvernement du président Laurent Gbagbo, des groupes d'intérêts et un essaim de Français, Libanais et autres étrangers résidents en Côte d'Ivoire. Celle de lundi a été organisée par des associations féminines.

Les manifestations ont été provoquées par des accords aux termes desquels un nouveau gouvernement de réconciliation nationale devra inclure le Front populaire ivoirien (FPI), au pouvoir, le Rassemblement des Republicains (RDR), de l'opposition, d'autres partis politiques, et les trois groupes rebelles: le Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), le Mouvement pour la Justice et la Paix (MJP) et le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO).

Le MPCI occupe le nord et le nord-ouest du pays. Sa rébellion a débuté le 19 septembre 2002 par une mutinerie de soldats, décrite par le gouvernement comme un Coup d'Etat manqué. Les deux autres groupes rebelles ont leur base dans l'ouest du pays, le long de la frontière avec le Liberia.

En vertu de l'accord conclu le 24 janvier à Marcoussis, en France, à l' issue de neuf jours de négociations entre les rebelles et les principales formations politiques en Côte d'ivoire, le nouveau gouvernement devait être dirigé par un premier ministre de consensus.

L'accord de Marcoussis a été ratifié par M. Gbagbo lors d'un sommet des dirigeants ouest-africains le 25 janvier. Après le sommet, les rebelles ont annoncé que les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur leur ont été attribués au sein du gouvernement de réconciliation nationale. La nouvelle a déclenché des violentes manifestations à Abidjan, commencées dans la nuit du 25 au 26 janvier et qui ont continué jusqu'au 28 janvier. Les manifestants ont attaqué les ambassades de France et du Burkina Faso, des écoles et des commerces français, des ressortissants français et d'autres blancs pris pour des Français.

La violence s'est calmée le 29 janvier, lorsqu'une manifestation relativement paisible a été organisée.

Le 31 janvier, la nouvelle de l'arrivée de Seydou Diarra - choisi comme premier ministre durant les négociations en France - à Abidjan en provenance du Sénégal, o=F9 il a assisté au sommet ouest-africain, a provoqué une autre manifestation, et des centaines de jeunes ont envahi le tarmac de l'Aéroport International Félix Houphouët-Boignyt, retardant le départ du pays de centaines de ressortissants français. Par la suite, ils ont été escortés hors du tarmac par les forces de l'ordre.

Les escadrons de la mort sévissent à nouveau

Dimanche, une autre manifestation s'est produite après la découverte dans une rue du quartier populaire d'Adjamé à Abidjan du corps criblé de balles d'un comédien local bien connu, Camara va Karamogo. D'après le fils de la victime, Va Karamogo a été enlevé de son domicile dans la nuit du samedi par des hommes armés en treillis, qui se déplaçaient à bord de trois véhicles sans plaque d'immatriculation. La victime a été membre du Bureau politique du RDR, de l'opposition, et secrétaire à la communication au bureau du maire d'Adjamé, également membre du RDR. L'annonce de cet assassinat a donné lieu à des émeutes à Adjamé et à Abobo, un autre quartier pauvre de la ville. Deux autobus ont été incendiés par les manifestants qui dénonçaient le gouvernement.

Au moins une personne serait morte tandis que d'autres ont été blessées lorsque les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes, frappé et tiré sur les manfestants de dimanche.

La mort de Va Karamoko a été attribuée par les médias et par d'autres observateurs aux escadrons de la mort, dont les activités ont été signalées par plusieurs organisations des droits de l'homme, y compris par une équipe du Haut Commissaire adjoint aux droits de l'homme de l'ONU, Bertrand Ramcharran, qui a visité la Côte d'Ivoire du 23 au 29 décembre 2002.

"De nombreux meurtres de politiciens, d'hommes d'affaires et autres ont eu lieu dans la capitale économique, Abidjan", a indiqué la mission dans son rapport, transmis au Conseil de sécurité de l'ONU par le Secrétaire Général, Kofi Annan, le 24 janvier 2003. "Selon un témoignage recueilli, ces assassinats sont organisés par des escadrons de la mort et par des milices privées". La mission a déclaré avoir "compilé des informations quant au fait que les escadrons de la mort sont constitués d'éléments proches du gouvernement, de la garde présidentielle, et d'une milice tribale de l'ethnie du président".

Elle a souligné que les violations du droit à la vie ont été perpétrées aussi bien par les forces gouvernementales que par les rebelles, notamment des exécutions sommaires. Elle a cité une organisation des droits de l'homme qui aurait affirmé savoir qu'environ 150 exécutions sommaires ont été commises dans les régions tenues par le gouvenement, tandis que de nombreux gendarmes et agents de police auraient été tués dans les villes d'Abidjan, Bouaké et Korhogo, lorsque les combattants du MPCI sont entrés dans ces villes [en septembre].

Le rapport note néanmoins des mesures prises par le gouvernement ivoirien dans la sphère des droits de l'homme, en particulier l'établissement d'un ministère des Droits de l'Homme, et la publication par le ministère d'un document sur les efforts du gouvernement pour respecter les droits de l'homme en plein conflit. "Cet effort du gouvernement, confronté à une urgence menaçant l'existence de la nation, est louable, même si l'impact du ministère des Droits de l'Homme n'est pas encore ressenti dans le pays", a-t-il indiqué.

[Le rapport est disponible à l'adresse: http://www.reliefweb.int/library/documents/2003/unsc-cot-24jan.pdf]

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