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Côte d'Ivoire : Le désarmement des rebelles aura lieu juste avant le scrutin d'octobre

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YAMOUSSOUKRO, le 12 juillet (IRIN) - - Les différentes factions ivoiriennes en conflit ont adopté un nouveau chronogramme de désarmement qui engage les forces rebelles à restituer leurs armes tout juste un mois avant la présidentielle d'octobre.

Les rebelles n'avaient pas respecté les accords de désarmement préalables, invoquant l'attitude du président Laurent Gbagbo, qui avait lui-même manqué à ses engagements en reportant l'application d'une série de réformes politiques conclues avec les rebelles.

Mais selon le dernier accord en date, signé samedi dernier entre les chefs d'état-major des Forces armées ivoiriennes et du mouvement des Forces nouvelles, les combattants rebelles devront restituer leurs armes aux casques bleus entre le 26 septembre et le 3 octobre.

La présidentielle, qui marquera la fin de trois années de guerre civile, doit avoir lieu le 30 octobre, tout juste un mois après cette date.

Selon le nouvel accord de désarmement négocié pendant les pourparlers de Yamoussoukro, qui ont duré trois jours, le rassemblement de 40 500 combattants rebelles et de 15 000 soldats de l'armée nationale dans des sites de cantonnement devrait démarrer à partir du 31 juillet.

Toutefois, les rebelles ne restitueront leurs armes aux 6 000 casques bleus postés en Côte d'Ivoire que deux mois plus tard.

L'accord de Yamoussoukro, capitale officielle de la Côte d'Ivoire, prévoit également le désarmement préalable des milices pro-gouvernementales actives dans le sud du pays. Conformément à l'accord, le président Gbagbo est tenu, pour sa part, de mettre en oeuvre les réformes politiques convenues précédemment, et ce, avant le 15 juillet (vendredi prochain).

Les leaders politiques des factions rebelles ont approuvé l'accord lundi.

« Les Forces nouvelles saluent l'accord sur le désarmement qui vient juste d'être signé » a déclaré Amadou Koné, le bras droit du chef rebelle Guillaume Soro. « Elles réaffirment leur engagement à respecter les termes de cet accord ».

La Côte d'Ivoire, qui était auparavant la locomotive économique de l'Afrique de l'Ouest francophone, est coupée en deux depuis le coup d'Etat manqué de septembre 2002, qui a plongé le pays dans une guerre civile dévastatrice. Aujourd'hui, la région nord est détenue par les rebelles et le sud est contrôlé par le gouvernement.

L'accord de désarmement a été signé samedi par le général Philippe Mangou, chef d'état-major des forces armées de Gbagbo, et le colonel Soumaila Bakayoko, commandant des forces rebelles. Selon les termes de l'accord, une fois le désarmement terminé, le 3 octobre, l'on procèdera à la constitution d'une nouvelle armée nationale pour la Côte d'Ivoire unifiée.

Mais avant le désarmement des rebelles, il faudra en premier lieu démanteler les milices pro-gouvernementales et désarmer quelques milliers de miliciens avant le 20 août.

Cette disposition est conforme à celle prévue dans l'accord de paix signé le 26 juin à Pretoria, sous la médiation du président sud-africain Thabo Mbeki.

De même, le chronogramme de désarmement reprend l'échéance du 15 juillet, fixée à Pretoria, pour l'adoption de nouvelles lois portant sur la création d'une commission électorale indépendante et sur l'établissement de nouvelles conditions d'acquisition de la nationalité ivoirienne.

Les rebelles n'avaient pas respecté les chronogrammes de désarmement précédemment adoptés, invoquant l'attitude de Gbagbo : celui-ci n'avait pas mis en place les réformes qui prévoyaient d'accorder à quatre millions d'immigrants venus d'autres pays d'Afrique de l'Ouest davantage de droits, pour leur permettre d'être propriétaires de leurs terres et d'obtenir la nationalité ivoirienne.

« Pour les Forces nouvelles, le chronogramme adopté à Yamoussoukro est satisfaisant dans le sens qu'il prend en compte l'ensemble des préoccupations exposées à Pretoria », a déclaré Koné.

Pour Alain Richard Donwahi, coordinateur du programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) en Côte d'Ivoire, l'accord de Yamoussoukro est une véritable avancée.

« C'est la première fois que les chefs d'état-major des deux camps approuvent le processus de DDR dans son intégralité », a-t-il expliqué à Radio France Internationale.

Mais après trois ans de cessez-le-feu rompus, d'accord de paix infructueux et d'échéances de désarmement reportées, Donwahi a tout de même exprimé des réserves.

« Il ne faut pas nous réjouir trop vite. La route est longue et peut-être semée d'embûches. Mais nous ferons notre possible pour que ce qui a été signé soit respecté », a-t-il déclaré.

Dans le camp des Forces nouvelles, Koné a insisté sur le fait que les échéances fixées dans le cadre du dernier chronogramme de désarmement sont « extrêmement serrées ».

« Par conséquent, nous exhortons toutes les parties à respecter leurs engagements », a-t-il rappelé.

Koné a mis en garde le Conseil de sécurité des Nations unies contre toute tentative de déstabilisation du processus du paix de la part de groupes opérant dans les pays voisins, et particulièrement au Liberia et en Guinée.

De son côté, Louise Arbour, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a déclaré qu'elle était extrêmement préoccupée par la terreur qui régnait dans l'ouest du pays, une région instable, ainsi que par l'existence du non-droit dans le nord, région détenue par les rebelles.

Plus de 100 personnes ont été tuées par balles, à coups de machettes ou brûlées vives le mois dernier lors de représailles meurtrières contre des groupes ethniques à la périphérie de Duekoué, une ville située sur la ligne de front et contrôlée par le gouvernement, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Mme Arbour, qui se trouvait en Côte d'Ivoire pour quatre jours, a observé, au terme de sa visite, que ces attaques avaient eu lieu à quelques centaines de mètres à peine d'un poste de contrôle de l'armée ivoirienne.

Lors d'une conférence de presse tenue samedi à Abidjan, principale ville ivoirienne, elle a déclaré que les habitants de Duekoué avaient « très peu confiance en les capacités du gouvernement à leur garantir une protection efficace ».

« Je ne peux que déplorer ce qui m'apparaît comme une détérioration très inquiétante de la situation des droits de l'homme », a ajouté Mme Arbour.

Celle-ci a également exprimé des inquiétudes concernant la décision du président Gbagbo de renforcer l'autorité militaire dans l'ouest du pays.

La semaine dernière, Gbagbo a annoncé qu'il enverrait 800 soldats supplémentaires dans la région, placée sous autorité militaire.

Le président ivoirien a également déclaré qu'il se montrerait plus ferme face aux violences perpétrées à Abidjan en renforçant les forces de sécurité de la ville par le déploiement de 1 700 soldats supplémentaires pour garantir plus efficacement le respect de la loi.

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