Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : le CICR reste aux côtés de la population

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Si l'accord de paix de Ouagadougou constitue un pas vers la réconciliation nationale, les besoins de la population dans les domaines de l'assistance et de la protection ne se sont pas envolés pour autant. Claude-Alain Zappella, chef de délégation du CICR en Côte d'Ivoire, affirme que son organisation suit de près l'évolution de la situation sur le terrain.

Quelles conséquences l'accord de Ouagadougou, et en particulier la disparition progressive de la zone de confiance, peut-il avoir en termes humanitaires ?

L'accord de Ouagadougou marque un grand dégel du processus de sortie de crise qui était figé depuis le vote de la résolution 1721. La disparition de la zone de confiance favorisera la circulation entre le Nord et le Sud du pays, la relance des échanges commerciaux et le redéploiement de l'administration dans le Nord et l'Ouest, autrement dit, elle constituera un pas important vers la réunification du pays.

En conséquence, nous devrions probablement assister à un retour massif des populations déplacées. Celles-ci seront tout d'abord confrontées à des problèmes d'accueil et d'acceptation de la part des populations demeurées sur place. Comme les terres abandonnées ont été reprises et exploitées par ceux qui sont restés, il est probable que des conflits entre anciens propriétaires et nouveaux occupants vont naître rapidement.

Ensuite, elles devront faire face à des problèmes de réinstallation et d'adaptation dans un milieu d'o=F9 elles sont absentes depuis près de cinq années. Par exemple, il leur faudra trouver une habitation adéquate ou de nouvelles terres cultivables ainsi que du matériel de production. Les gens pourraient alors avoir besoin très rapidement d'une assistance qui faciliterait leur réintégration et cette nouvelle cohabitation.

Par ailleurs, la problématique de la sécurisation se pose pour les populations habitant cette zone de confiance qui, depuis le déclenchement du conflit, est devenue de facto une zone de non droit, une sorte de no man's land o=F9 les brigands et autres coupeurs de route imposent leur loi. Ceci est particulièrement vrai dans le Grand Ouest.

De même, les populations qui seront revenues auront des besoins de protection dans leurs régions d'accueil, notamment dans le Grand Ouest, lieu de querelles récurrentes à propos de la propriété des terres. Ces tensions interethniques ont été rendues quasi permanentes par le conflit.

Cet événement va-t-il pousser le CICR à modifier sa présence et ses activités en Côte d'Ivoire ?

Avec la restauration progressive de la paix, le CICR, qui intervient surtout dans l'urgence, sera certainement amené à réviser son dispositif et ses activités sur le terrain, en fonction de l'évolution des besoins. Il procèdera à une nouvelle identification des zones particulièrement sensibles et aux risques de violence élevés, ainsi qu'à une évaluation des besoins sur le terrain, afin d'y poursuivre le recentrage de ses activités. Par ailleurs, eu égard aux conditions de sécurité encore précaires, le CICR restera vigilant sur toutes les questions de protection, dans le cadre du respect des droits humains. Dans le domaine de l'assistance, le CICR orientera ses efforts sur des programmes qui pourront aussi être utiles sur le plus long terme, en vue de faciliter, autant que faire se peut, la reprise des activités des agences de développement.

En particulier, le CICR maintiendra son appui technique aux structures étatiques et communautaires afin d'encourager la gestion autonome des installations d'approvisionnement en eau et assainissement, ainsi que la réalisation de programmes visant à l'amélioration et à la protection des puits existants, notamment dans le Nord et l'Ouest du pays.

De même, le CICR pourrait être amené à accompagner la réinstallation des populations à travers une assistance technique et matérielle, en vivres et en non vivres, ou en distribuant des outils et des semences, ce qui favoriserait la relance de la production agricole.

L'essentiel des efforts de l'organisation resteront cependant concentrés sur les visites aux personnes privées de liberté. C'est un dossier o=F9 les problèmes à résoudre sont énormes.

Quels problèmes humanitaires majeurs le pays doit-il surmonter pour arriver à se stabiliser durablement ?

Pour se stabiliser durablement, la solution passe d'abord par le politique, notamment l'identification des populations vivant sur tout le territoire ivoirien et le désarmement des porteurs d'armes non autorisés, la restauration d'une justice crédible et le règlement de la problématique du foncier rural qui est à l'origine de tensions interethniques récurrentes et, bien entendu, des élections transparentes, justes et durables.

L'humanitaire peut certes contribuer à un apaisement général. C'est un axe nécessaire mais non suffisant. Parmi les principaux problèmes humanitaires qui se posent, outre ceux concernant la problématique d'une jeunesse en partie désoeuvrée, confrontée notamment à un système éducatif dépassé, il y a également celui de l'accueil, de la réinstallation et de la cohabitation des populations déplacées retournant dans leurs localités d'origine.

Le retour à une stabilité durable passera aussi nécessairement par une réhabilitation des infrastructures médicosociales et sanitaires, ainsi que par un renforcement du personnel médical en qualité et en quantité, en particulier dans les régions du Nord et de l'Ouest, afin de garantir un accès de tous aux services de santé.