Côte d'Ivoire : La violence politique touche le campus universitaire de Cocody

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from The New Humanitarian
Published on 01 Aug 2005
ABIDJAN, le 1 août (IRIN) - Côte d'Ivoire, sont plus préoccupés par leur sécurité que par leurs études à l'université où un syndicat d'étudiants, inféodé au pouvoir en place, a recours au viol et à la torture pour imposer sa loi sur le campus.
Pour bon nombre d'entre eux, la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI) n'est rien d'autre qu'une milice au service du gouvernement, ayant une sorte d'emprise mafieuse sur l'université.

Les Nation unies et les organisations nationales et internationales de droits de l'homme ont accusé la FESCI, affiliée au Front populaire ivoirien (FPI) du président Laurent Gbagbo, d'être les auteurs d'actes de violence sur des étudiants sympathisants de partis de l'opposition.

Les différences d'opinion et les débats politiques houleux n'ont toujours existé sur le campus universitaire très arboré du quartier chic de Cocody. Gbagbo avait été professeur d'histoire et puis doyen de la faculté des langues et cultures de cette université lorsqu'il fonda, avec d'autres professeurs, le Front populaire ivoirien (FPI) en 1982.

Mais les troubles qui secouent la Côte d'Ivoire depuis la tentative avortée de coup d'état en 2002 ont exacerbé les tensions entre étudiants et, à en croire certains, le FESCI en a profité pour attaquer impunément les opposants au régime en place.

Et lorsque des membres de l'Association générale des élèves et des étudiants de Côte d'Ivoire (AGEECI), une nouvelle organisation estudiantine, se sont réunis la semaine dernière, certains militants de la FESCI s'en sont pris à eux et ont fermé le campus.

Des étudiants accusés de viols et d'attaques

Dans un communiqué publié la semaine dernière, la Mission des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) a condamné l escalade de la violence sur les campus universitaires d'Abidjan. Selon l'ONUCI, il y a eu "de graves violations des droits de l'homme " et des cas de viols et de tortures par des étudiants.

L'ONUCI a exhorté le gouvernement à prendre les mesures idoines pour mettre fin à l'impunité dont jouissent les auteurs de ces actes.

La mission de l'ONU avait également publié cette année un rapport accusant certains membres de la FESCI d'avoir torturé et séquestrée des étudiants et des membres du personnel de l'université.

Le mois dernier, la ligue ivoirienne des droits de l'homme (LIDHO) avait condamné le viol et la torture d'autres étudiants membres de l'AGEECI par des étudiants de la FESCI.

« Depuis plusieurs années, la FESCI entretient un climat d'agression aussi bien sur les campus qu'au-delà de l'espace universitaire et que ces actes d'agression demeurent jusqu'à présent impunis », souligne le communiqué de la LIDHO.

Nathalie Soro, étudiante en lettres et membre de l'AGEECI, a raconté comment elle a été violée au mois de juin dernier par plusieurs étudiants de la FESCI. Ce viol a eu lieu le jour de la cérémonie d'hommage à Habib Dodo, un des leaders de son organisation, tué en 2004 par la FESCI.

« Aujourd'hui, je souffre car je fais des cauchemars » a-t-elle confié à IRIN, ajoutant que la FESCI lui a interdit de mettre les pieds sur le campus.

Quelques-uns osent parler

Selon le leader de l'AGEECI, Innocent Gnelbin, la FESCI et ses méthodes terrorisent les étudiants et professeurs de l'université, mais la plupart d'entre eux ont trop peur d'en parler.

« Même les professeurs ont peur d'être attaqués par les étudiants de la FESCI, s'ils critiquent le gouvernement ; aucune critique du gouvernement n'est autorisée », a-t-il ajouté.

Néanmoins, les membres de l'AGEECI n'entendent pas baisser les bras, au risque d'être attaqués, voire tués, a précisé Gnelbin.

« C'est vrai que nous seront torturés, défigurés, violés et même tués » a-t-il lancé. « Mais nous continueront d'y croire. Gandhi nous en montre l'exemple ».

Selon lui, les étudiants doivent avoir un vrai syndicat capable de les représenter.

« Nous voulons que les étudiants puissent avoir un vrai syndicat qui pose leurs problèmes et non une mafia qui leur fait peur », a-t-il revendiqué. « Nous n'allons pas baisser les bras tant que les brimades et l'intolérance constatées à l'université justifient la justesse de notre combat ».

Outre le climat de terreur qui règne sur le campus, des étudiants ont également affirmé que la FESCI contrôle la plupart des activités qui ont lieu sur le campus. Elle choisit notamment les commerçants ou restaurateurs qui pourront s'installer sur le campus et contrôle la location des chambres dans les résidences universitaires.

« Ici les étudiants de la FESCI ont tous les droits » a affirmé l'étudient Maurice Tchétché. « Ils mangent gratuitement dans le restaurant universitaire et ils ont des quotas de chambres dans toutes les résidences universitaires ».

« Quand ils n'approuvent pas une décision, l'administration y renonce comme si c'était eux qui décidaient... En tous cas, nous on a peur de la FESCI », a-t-il conclu.

Selon Serge Koffi Yao, leader de la FESCI depuis mai 2005, l'AGEECI est une organisation représentant les rebelles qui contrôlent le nord de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

« L'AGEECI n'est pas une organisation d'étudiants et nous ne pouvons pas permettre que ses membres se réunissent sur le campus. C'est une organisation rebelle qui a été créée en zone rebelle et qui cherche à étendre ses tentacules à l'université », a-t-il conclu.

Créée en 1990, la FESCI est connue pour a défiance au gouvernement de l'époque et pour avoir même mené de violentes manifestations de rue contre les autorités qui ont interdit à plusieurs reprises ce syndicat d'étudiants.

La FESCI n'a pas toujours été aussi radicale. Dans les années 1990, lorsque le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) était au pouvoir, le syndicat d'étudiant représentait des activistes politiques de différentes tendances, unis pour la circonstance au sien d'un mouvement d'opposition au PDCI.

Charles Blé Goudé, le leader du mouvement des Jeunes Patriotes, est un ancien leader du FESCI de cette époque, comme l'a été son rival de toujours, Guillaume Soro, l'actuel chef des rebelles qui occupent la région nord de la Côte d'Ivoire.

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