Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : La suppression des zones de confiance n'a pas changé grand-chose

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Aly Ouattara

KORHOGO NORD DE LA C=D4TE D'IVOIRE, 04.06.07 (InfoSud-IPS) La Côte d'Ivoire, qui retrouve petit à petit son unité territoriale au lendemain de la suppression des zones de confiance entre les belligérants, reste encore confrontée à une économie à deux vitesses contrôlée au nord par les ex-rebelles et au sud par l'armée régulière.

Les opérateurs économiques qui avaient fondé, au départ, beaucoup d'espoir sur l'unification progressive du pays, commencent à grincer des dents et dénoncent des pratiques inhabituelles des forces de l'ordre des deux camps.

"Dans les corridors de Yamoussoukro (centre du pays) en zone gouvernementale et de Bouaké en zone rebelle, les trafics sont gérés comme s'il n'y avait pas d'avancée dans le processus de paix", déplore à IPS, Tiéoulé Coulibaly, un commerçant de tissus importés au grand marché de Katiola, dans le nord de la Côte d'Ivoire.

"Ils ont les mêmes méthodes pour les tracasseries, alors que nous nous attendions, avec la suppression des zones de confiance (zones de séparation), à payer une taxe unique qui doit servir tant au nord qu'au sud", dit-t-il à IPS. Yacouba Coulibaly, un commerçant de marchandises diverses au marché de Djébonoua, non loin de l'ancienne zone de confiance du centre, s'inquiète plus pour la sécurité des voyageurs. "A chaque barrage, le chauffeur marque un arrêt, descend du véhicule, et remonte. Tout cela est épuisant pour le chauffeur et dangereux pour les passagers", explique-t-il à IPS.

"Quand on nous dit que la guerre est finie et que la zone de confiance n'existe plus, c'est certain que nous, transporteurs et commerçants, devrions en récolter les fruits. Mais c'est tout le contraire. C'est à peine si la situation n'est pas pire que par le passé", affirme Souleymane Coulibaly, responsable de gare à Korhogo, dans le nord. Il déplore les 12 heures de voyage actuellement entre Abidjan et Korhogo (environ 630 kilomètres), contre sept heures avant la guerre. Plusieurs fois, nous avons été victimes de braquage et les passagers sont dépouillés de leurs biens et argent. Ces attaques à main armée se produisent en plein milieu de l'autoroute aux heures tardives non loin d'Abidjan (la capitale économique ivoirienne)", dit-il à IPS, ajoutant que leurs cars ont été bloqués et retardés dans des corridors. Parmi les difficultés que rencontrent les commerçants et transporteurs sur le trajet nord-sud, figure notamment le contrôle minutieux des marchandises des voyageurs dont certaines sont déclarées contrefaites ou prohibées et dangereuses à la consommation.

Depuis plus de quatre ans qu'a duré la crise politico-militaire qui avait coupé le pays en deux, les services de contrôle gouvernementaux n'avaient plus eu accès aux produits en circulation dans le nord.

"Nous procédons strictement aux contrôles des bagages des passagers parce que les frontières du nord sont toujours ouvertes et nous n'avons pas confiance au ex-rebelles qui jouent les rôles des douaniers, d'agents des eaux et forêts et de la police", explique à IPS, le lieutenant Alexandre Déléhi, de la police anti-drogue du corridor-nord à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne. "La contrefaçon, la drogue et les produits périmés continuent de traverser ces zones frontalières pour se déverser sur Abidjan. Il faut donc comprendre qu'une telle situation a une conséquence négative sur l'économie du pays qui cherche à se sortir de la crise", indique Déléhi. "Nous ne sommes pas encore dans un retour véritable de la paix, mais en voie de retrouver la paix. Donc, il faut de la vigilance".

Selon le sous-officier gendarme Pierre Kouamé, de la brigade de recherche de Toumodi, dans le sud du pays, "des chauffeurs sont souvent les complices des contrebandiers, des dealers et des bandits. Ils aident ces derniers à transporter des marchandises de contrefaçon, des armes et de la drogue vers le sud". "Nous sommes surpris que les commerçants s'étonnent lorsque nous exigeons les documents inhérents au commerce qu'ils exercent", déclare Kouamé, ajoutant que "La facture normalisée et les informations sur la volaille, en raison de la grippe aviaire, sont des dispositions que nous devons respecter pour sauver notre économie". Un avis que partage Zié Sékongo, régisseur au service financier des Forces nouvelles (ex-rebelles) à Korhogo. "Il faut avoir l'honnêteté de reconnaître que nos zones étaient envahies par des produits de contrefaçon dont certains impropres à la consommation et en provenance des pays voisins (Mali, Burkina Faso, Guinée, Ghana)", avoue-t-il à IPS. "Mais, c'était les seules voies pour ces populations abandonnées à elles-mêmes de se nourrir et de se soigner, les services étatiques étant fermés dans nos zones. Et nous avons assisté à une économie de niveau zéro à une économie de guerre", explique Sékongo.

Depuis le 19 septembre 2002, la Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Les ex-rebelles estiment avoir pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du territoire.

La signature d'un nouvel accord de paix, le 4 mars dernier à Ouagadougou, au Burkina Faso, a abouti à la nomination du secrétaire général des Forces nouvelles, Guillaume Soro, comme Premier ministre par le président Laurent Gbagbo. Depuis lors, ce pays d'Afrique de l'ouest évolue peu à peu vers la paix, malgré quelques difficultés dans le processus qui doit déboucher sur des élections avant la fin de l'année.

En autres difficultés, la libre circulation des biens et des personnes n'est pas encore une réalité, une situation qui provoque régulièrement des mouvements de protestation de la part des opérateurs économiques ivoiriens.

La dernière manifestation avait été organisée le mois dernier à Yamoussoukro par des commerçants et transporteurs qui avaient fait grève pendant deux jours pour exprimer leur mécontentement contre les tracasseries, en immobilisant tous les cars de transport.

"Avant la suppression de la zone de confiance, nous payions 150.000 francs FCFA (environ 300 dollars) pour les frais de route à partir de la ville de Tiébissou, en zone gouvernementale, jusqu'à Abidjan. Il n'y avait pas de fouilles de bagages sauf le contrôle d'identité de nos passagers", explique à IPS, Lacina Diabaté, secrétaire de section du Syndicat national des transporteurs de marchandises et voyageurs de Côte d'Ivoire.

Selon le syndicat, quand ils payaient les 300 dollars, il n'y avait pas beaucoup de tracasseries sur les routes. Mais dès qu'ils ont manifesté contre ce montant qu'ils trouvaient trop élevé, alors les tracasseries et les contrôles minutieux ont commencé.

Pour le moment, le gouvernement a réduit ce montant à 90 dollars en attendant une amélioration de la situation politique pour revenir aux taxes normales que doit payer au trésor public ivoirien tout commerçant ou transporteur pris en infraction sur les routes.

(FIN/2007)