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Côte d'Ivoire : Des nouvelles incertitudes planent sur le démarrage du processus de désarmement

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ABIDJAN, le 26 juillet (IRIN) - Les Forces de défense et de sécurité (FDS) ont repris le contrôle de la localité d'Agboville, proche d'Abidjan, occupée le week-end dernier par des assaillants non identifiés, mais les rebelles contrôlant le nord de la Côte d'Ivoire ont émis à nouveau de sérieuses réserves sur leur volonté de désarmer avant les élections présidentielles prévues le 30 octobre.
Se prononçant sur l'attaque sur Agboville, une localité à 80 km au nord d'Abidjan, les Jeunes patriotes, partisans du président Laurent Gbagbo, ont déclaré qu'ils empêcheront désormais les partis de l'opposition d'organiser des manifestations dans les zones sous contrôle gouvernemental.

Lundi, des groupes de Jeunes patriotes ont de nouveau saisi et brûlé les journaux de l'opposition vendus dans les kiosques de la capitale.

Les forces armées ont affirmé dans un communiqué lu à la télévision nationale qu'elle avait repris le contrôle d'Agboville samedi soir et qu'elles menaient des opérations de ratissage dans les secteurs environnants.

Les mystérieux assaillants ont également attaqué la prison de la ville et libéré 217 détenus, a-t-on appris de source militaire.

Tandis que le processus de paix visant à mettre fin à trois années de guerre civile en Côte d'Ivoire risque à nouveau de se trouver dans l'impasse, la coalition du G7, regroupant les forces rebelles et les partis de l'opposition parlementaire, a fait savoir qu'elle se prononcera mercredi prochain sur les récentes réformes politiques promulguées par Gbagbo ; elle indiquera alors si ces réformes sont suffisantes pour justifier la participation de la coalition aux prochaines élections présidentielles du 30 octobre.

Le leader du mouvement rebelle des Forces nouvelles, Guillaume Soro, a clairement indiqué que les réformes politiques adoptées, conditions préalables au démarrage du processus de désarmement, n'étaient pas conformes aux accords de paix de Linas Marcoussis.

Soro a affirmé au cours d'une conférence de presse tenue dans à Bouaké, le fief des forces rebelles, que cinq des sept réformes politiques promulguées le 15 juillet par décret présidentiel n'ont pas été adoptées selon la lettre et l'esprit de l'accord de paix de 2003 approuvé ensuite par le président sud-africain Thabo Mbeki, le médiateur de l'Union africaine (UA) dans la crise ivoirienne.

Soro a également dénoncé ces réformes, considérant qu'elles auraient dû être adoptées par l'Assemblée nationale plutôt que par décret présidentiel.

« Les Forces nouvelles ont émis de sérieux doute sur l'usage de l'article de la constitution ivoirienne par le chef de l'Etat pour adopter des réformes législatives. C'est l'Assemblée nationale qui devrait faire ce travail », a déclaré Soro.

« Laurent Gbagbo a floué la médiation » a ajouté le chef des rebelles. « Sur les sept lois, il n'y a que deux qui ont été adoptées selon la lettre et l'esprit de Linas Marcoussis (l'accord de paix signé en 2003) ».

Soro a affirmé qu'il comptait saisir Mbeki pour l'en informer.

Il a aussi réfuté les allégations selon lesquels le mouvement rebelle serait impliqué dans l'attaque d'Agboville. Cette attaque fait suite à une précédente l'attaque lancée contre la brigade de gendarmerie et le commissariat d'Anyama et au cours de laquelle les assaillants ont tué neuf personnes et emporté d'importants stocks d'armes.

« Pour nous, ces événements sont des comédies mal ficelées », a déclaré Soro. « Je ne crois pas que ça concerne les Forces nouvelles », a-t-il ajouté en indiquant qu'il s'agissait d'une diversion de Gbagbo pour tenter de discréditer les rebelles.

« Il faut que la communauté internationale soit vigilante et que le camp qui n'applique pas les accords de paix soit sanctionné », a-t-il conclu.

Soro n'a pas fait aucune allusion au processus de désarmement qui, une fois de plus, pourrait être reporté.

Dimanche prochain, les Forces nouvelles doivent commencer à envoyer leurs 40 500 combattants vers les sites de cantonnement. Une fois regroupés, les ex-rebelles devront restituer leurs armes aux casques bleus de l'ONU entre le 26 septembre et le 3 octobre.

Dans un communiqué publié lundi soir, l'opération de Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) a déclaré que des unités militaires de son contingent de 6000 casques bleus avaient été déployées dans Agboville pour « rétablir le calme et assurer la sécurité de la population ».

L'ONUCI a exhorté les Forces de défense et de sécurité ivoiriennes à protéger les civils et appelé toutes les parties à faire « preuve de retenue et à éviter tout provocation ou incitation à la violence » pendant « cette étape sensible » du processus de paix.

Prenant la parole lors d'une réunion organisée lundi à Abidjan, Blé Goudé, le leader charismatique du mouvement de Jeunes patriotes, a retrouvé sa verve qui l'a rendu célèbre au cours des trois dernières années.

Blé Goudé a accusé le G7, la coalition des partis de l'opposition, d'avoir organisé les attaques du week-end sur Anyama, dans la banlieue d'Abidjan, et contre la localité d'Agboville. En outre, il a interdit aux formations du G7 de tenir des réunions et de mener des activités dans la région du sud sous contrôle du gouvernement.

Il a également promis de faire en sorte que les interventions de l'opposition ne soient pas diffusées à la télévision nationale.

« Dès cet instant, il est décidé l'interdiction formelle des meetings et activités de toutes les formations du G7 », a-t-il indiqué. « Nous demandons à la télévision ivoirienne de prendre toutes les dispositions utiles pour qu'aucune intervention du G7 ne soit diffusée sur la chaîne nationale ».

Peu de temps après, des Jeunes patriotes se sont mis à brûler les journaux d'opposition vendus dans les kiosques.

Lors d'une conférence de presse, le G7 a « condamné énergiquement » les attaques du week-end et a demandé qu'une enquête soit ouverte pour identifier les auteurs.

Le coordonnateur du G7, Alphonse Djédjé Mady, n'a toutefois pas manqué d'incriminer implicitement Gbagbo, qui était en vacances à l'étranger.

« Le G7 déplore qu'à chaque fois que la Côte d'Ivoire se rapproche de la paix, de nouveaux événements dramatiques viennent entraver les efforts consentis et ce, curieusement en l'absence du chef de l'Etat ».

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