Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : Réunification difficile

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Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 09.05.07 - Les signataires de l'accord de Ouagadougou sur la paix en Côte d'Ivoire étaient attendus ce mercredi, au Burkina Faso, pour rencontrer leur médiateur, Blaise Compaoré, le chef de l'Etat burkinabé, en vue d'une évaluation du processus.

La Côte d'Ivoire tente petit à petit de retrouver son unité après près de cinq années d'un conflit marqué par la mort de milliers de personnes -- dont des civils --, le déplacement de plusieurs millions d'autres à l'intérieur comme à l'extérieur, mais également par la partition de fait du pays.

La zone de confiance, qui séparait les ex-belligérants de la crise ivoirienne depuis le 19 septembre 2002 dans le centre et l'ouest du pays, a été démantelée, le mois dernier. Mais, le redéploiement du personnel de l'administration territoriale n'est pas encore effectif.

Même le processus de réunification des deux armées belligérantes, qui devrait s'achever début-juin prochain, selon le chronogramme établi par l'accord de Ouagadougou, connaît des difficultés. A ce jour, seules trois brigades mixtes ont été installées sur six annoncées, selon le ministère de la Défense, en raison d'un manque de moyens logistiques au Centre de commandement intégré.

Pourtant l'accord prévoit la réunification de l'armée, le démantèlement des milices, l'identification des populations avec l'établissement de pièces d'identité, et l'organisation des élections dans les 10 mois à venir.

En outre, au début de cette semaine, le chef d'état-major de l'armée ivoirienne, le général Philippe Mangou a évoqué le problème des grades des combattants de l'ex-rébellion qui, pour certains, ont franchi 11 niveaux en cinq ans passant du grade de caporal à celui de commandant. Une promotion accélérée que n'acceptent pas les chefs de l'armée gouvernementale.

Toutefois, le regroupement des armes et des ex-combattants sont déjà achevés, selon le ministère de la Défense.

Quant au processus des audiences foraines pour l'identification des populations, il n'a pas encore été abordé à ce jour. Pourtant, il devait démarrer depuis
deux semaines pour délivrer des actes de naissances et des certificats de nationalité à près de deux millions de personnes, selon des statistiques officielles.

"En fait, depuis bientôt deux mois, on tourne en rond", a déclaré à IPS, Lepetifils Da Candy, leader de la Légitimité Citoyenne, une organisation de la société civile basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. "On nous fait croire qu'on peut circuler librement du nord au sud, mais la réalité est tout autre, car les populations continuent de subir les traitements les plus inhumains".

Da Candy se réfère notamment à l'insécurité entretenue par des bandits armés dans l'ancienne zone de confiance, aux cas de racket, d'extorsion d'argent aux voyageurs à qui des policiers et gendarmes demandent de descendre des véhicules de transport à chaque barrage pour le contrôle. Pourtant, le commissaire du gouvernement, Ange Kessi Kouamé, qui est également le procureur militaire, a interdit ces pratiques.

Depuis fin-avril, des patrouilles mixtes, composées de soldats de l'armée gouvernementale et de combattants des Forces Nouvelles (l'ex-rébellion) ont été mises en place. Elles circulent le long de l'ancienne zone de confiance afin d'assurer la protection des biens et des personnes. Progressivement, elles vont suppléer les forces impartiales des Nations Unies et les soldats français de l'opération Licorne.

Par ailleurs, Da Candy, qui se dit opposé à l'accord signé début-mars dans la capitale burkinabé, estime qu'il est "trompeur puisque passé entre deux bourreaux du peuple ivoirien (Laurent Gbagbo et Guillaume Soro). A ce jour, les actes posés ne sauraient nous convaincre de la possibilité de réunifier le pays et d'organiser des élections libres et transparentes".

"Il y a des déclarations de bonnes intentions, mais les milices à l'ouest sont encore en armes, l'administration peine à être redéployée, les caisses de l'Etat sont en souffrance, les bailleurs de fonds n'ont toujours pas confiance. Comment allons-nous parvenir aux élections?", demande-t-il.

Mais, le commandement des milices pro-gouvernementales de l'ouest du pays a annoncé mardi le début de leur démantèlement pour le 19 mai prochain.

Un séminaire gouvernemental s'est tenu la semaine dernière à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne, pour évaluer le coût du processus de paix. Estimé à 29,4 millions de dollars, dont la majeure partie devrait être prise en charge par des bailleurs, ce budget doit couvrir, entre autres, l'organisation des élections présidentielles et législatives pour 6,4 millions de dollars, le processus de désarmement et de démobilisation pour 8,6 millions de dollars, et l'identification des populations pour trois millions de dollars.

"S'il faut attendre encore l'aide extérieure pour la sortie de crise, je crois que nous n'y arriverons", a affirmé à IPS, Annick Konan, une étudiante en sciences économiques à l'Université de Cocody-Abidjan.

"Des accords de Marcoussis à Pretoria, il a toujours été question du financement des différents processus par les bailleurs de fonds. Mais jamais, nous n'avons reçu un centime, au point où le désarmement des milices a été un échec, et les audiences foraines un fiasco total", a-t-elle ajouté.

Néanmoins, le politologue Maurice Zagol est optimiste : "Nous sommes sur la bonne voie, nonobstant quelques petits retards que l'on enregistre dans l'application de la feuille de route", a-t-il dit à IPS. "Le plus important est de parvenir à rétablir la confiance entre les ex-belligérants. Si cet objectif est atteint, le reste du processus ne sera qu'une formalité à remplir".

Selon lui, "Plus rien ne devrait en principe créer un obstacle à la réunification du pays. Toutefois, il faudra parer au plus pressé pour le redéploiement de l'administration car c'est à elle que reviendra la charge de rétablir l'autorité de l'Etat et de prendre en main l'organisation des élections".

Depuis le 19 septembre 2002, la Côte d'Ivoire est coupée en deux par une crise politico-militaire à la suite d'une tentative de coup d'Etat manqué. Des soldats de l'armée régulière sont entrés en rébellion armée et contrôlent la moitié nord du pays. Ils avaient déclaré avoir pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie de la nation.

Après l'échec de nombreux accords signés au cours des négociations sous l'égide de la communauté internationale ainsi que des résolutions des Nations Unies, les ex-belligérants sont parvenus, le 4 mars dernier à Ouagadougou, à un nouvel accord grâce à un dialogue direct entre les deux principaux protagonistes de la crise : le président Gbagbo et Soro, le chef des ex-rebelles. Le second a été nommé Premier ministre par le premier au lendemain de la signature de l'accord.

(FIN/2007)