Burundi

Rapport d’evaluation multisectorielle - Communes Mabanda, Nyanza Lac, Vugizo et Kayogoro, Province de Makamba - Burundi (Août 2017)

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Evaluation and Lessons Learned
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Depuis le mois d’avril 2015, le Burundi fait face à des conditions d’instabilité socio-politique dont les conséquences croissantes ne cessent de porter préjudice à la sécurité alimentaire et aux moyens d’existence des ménages. L’instabilité affecte davantage les populations urbaines et rurales les plus vulnérables, qui vivent dans des zones exposées de façon récurrente à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition. La crise a aussi créé des cas de dilapidation/bradage des actifs productifs et non productifs dans la foulée des déplacements (élevage, plantations, outils et matériel de travail etc.), ainsi que des cas de vente sur pied des récoltes avant leur maturité ou un abandon de celles-ci par les personnes déplacées. En parallèle, d'importants aléas climatiques ont touché le pays depuis novembre 2015, se traduisant par une pluviométrie excessive provoquant des cas d’inondations et de glissements de terrain dans 15 des 18 provinces, avec plus de 30,000 hectares de champs cultivés détruits. Environ 50 personnes ont été tuées et plus de 15,000 ménages ont été directement touchés par l'endommagement ou la destruction de leurs maisons. Les régions du sud-ouest et le centre du pays ont été les plus affectées par ces aléas climatiques.

Les résultats d’analyse de la situation de l’insécurité alimentaire aiguë actuelle (juillet-septembre 2017) et projetée (octobre – décembre 2017) produits par le cluster sécurité alimentaire au Burundi démontrent que l’insécurité alimentaire persiste dans la plaine de l’Imbo (ouest-Makamba) où 35% de la population sont classés en phase 3 et 4% en phase 4 de l’IPC (cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) pendant la période post-récolte (juillet à septembre 2017). En effet, la mauvaise saison culturale précédente a laissé d'importantes séquelles que même les bonnes récoltes de la saison 2017B n'ont pas pu totalement compenser, conduisant ainsi à un faible relèvement de la sécurité alimentaire. Devant une situation d’insécurité alimentaire, les ménages adoptent des stratégies d’adaptation (non alimentaire) qui dégradent ou annihilent leurs moyens d’existence. Selon l’enquête FSMS3 (juillet 2017), 42,5% des ménages de la plaine de l’Imbo (ouest-Makamba) ont adopté des mécanismes de crise (32%) et d’urgence (10,5%).

La crise socio- économique qui s'accentue depuis 2015 pèse toujours plus sur les moyens d’existence des ménages. La perte des opportunités économiques, une plus grande dépendance au marché alors que les prix continuent d'augmenter et l'érosion du pouvoir d'achat, rendent toujours plus difficile l'accès des ménages à l'alimentation. Selon le rapport sur l’Indice des Prix à la Consommation des ménages au Burundi d’août 20174, l’inflation annuelle globale (mesurée d’août 2016 à août 2017) s’élève à 13,8% et cette hausse est principalement due aux prix des produits alimentaires qui enregistrent une hausse de 20,6%.

Par ailleurs, une flambée des cas de choléra a été signalée par l’Organisation Mondiale de la Santé dans la partie côtière ouest du Burundi, laissant craindre une propagation épidémique de la maladie. En effet, en date du 20 août 2017, le district sanitaire de Nyanza-Lac alerte le niveau central du Ministère de la santé publique et de la lutte contre le sida (MSPLS) de la survenue de cas suspects de choléra (Diarrhée-Vomissement et Déshydratation sévère), dont premier cas remonte au 15 Août 2017. La récente épidémie déclarée à Bujumbura et dans la zone frontalière en RDC (Province du Sud Kivu), combinée à l’actuelle flambée des cas de choléra confirmés dans la partie côtière ouest du pays laissent présager la survenue d’une épidémie de choléra de grande ampleur (embrasant surtout la partie sud-ouest du pays) si les mesures de prévention et de préparation adéquates ne sont pas adoptées.

Par ailleurs, cette situation épidémique accentue l’insécurité alimentaire des ménages.

C’est ainsi qu’ACTED a conduit, du 13 au 25 août 2017, une évaluation des besoins multisectorielle au sein des communes de Mabanda, Nyanza Lac, Vugizo et Kayogoro, dans la province de Makamba (Burundi) axée sur la sécurité alimentaire, les articles ménagers essentiels et l’accès à l’eau, afin de faire un état des lieux de la dégradation des infrastructures et des champs, des mouvements de la population, de la situation alimentaire des populations et de l’accessibilité à l’eau et l’assainissement dans la zone ciblée. Cette évaluation permettra ainsi de produire une cartographie des besoins de la population de la province de Makamba.

Les enquêtes suivantes ont été réalisées :

  • 137 enquêtes- ménage ayant permis de collecter les données liées à la sécurité alimentaire, à l’accès aux articles ménagers essentiels (AME) et à l’accès à l’eau, La répartition des ménages interrogés est comme suit : 55% de ménages autochtones, 31% de ménages retournés et 14% de ménages déplacé ;

  • 60 enquêtes- ménage sur le panier de la ménagère ;

  • 4 groupes de discussions dans les 4 communes ;

  • 16 relevés des prix des marchés situés sur les axes évalués ;

  • 4 groupes de discussions dans les marchés des 4 communes avec les représentants des commerçants ;

  • 4 rencontres bilatérales avec les autorités locales et les partenaires humanitaires o Autorités locales et société civile : gouverneurs de provinces, administrateurs communaux, chefs de zones, conseillers zonaux en matière d’eau et de développement o Partenaires humanitaires : IRC, ZOA, HCR

  • 134 visites d’infrastructures hydrauliques et d’assainissement.