Burundi

Les délégués aux pourparlers de paix burundais jugent positive la dernière session des négociations

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FONDATION HIRONDELLE - AGENCE DE PRESSE HIRONDELLE A ARUSHA
POURPARLERS DE PAIX INTERBURUNDAIS
Arusha, 2 Avril 2000 (FH) - Les délégués aux pourparlers de paix inter-burundais, de manière générale, jugent positive la dernière session des négociations qui s'est achevée la semaine dernière à Arusha. "Ce round a été positif parce qu'il a été soutenu par plusieurs chefs d'état africains et beaucoup de personnalités étrangères, et qu'ensuite ils ont abordé la dernière commission, la commission des garanties (pour un éventuel accord de paix)", a déclaré l'ancien président Jean-Baptiste Bagaza (Tutsi) à l'agence Hirondelle, vendredi.

Sylvestre Ntibantunganya, l'ex-president Hutu renversé par l'actuel président Pierre Buyoya lors du coup d'état de 1996, a été plus expansif, louant les mérites du nouveau médiateur (facilitateur), le Sud-Africain Nelson Mandela. "J'ai toujours parlé de la magie de nos facilitateurs" a dit Ntibantunganya. "La première magie a été celle de Mwalimu (le président tanzanien, feu Julius Nyerere), qui a pu, malgré les divergences parfois meurtrières qui existaient entre les Burundais, malgré les méfiances que nous avions, qui a pu nous tenir, nous réunir et nous amener à discuter.[...] Il y a également la magie de Mandela qui est là aujourd'hui, (...) (et qui consiste à) mettre les Burundais non pas le dos contre le mur, mais face à la vérité que nous n'aimons pas. Et là je pense que nous sortons progressivement d'une certaine torpeur. [...] Et je pense que cela est en train de produire des résultats.

Léonard Nyangoma, leader du parti rebelle CNDD (Hutu) a considéré ces quatre jours de négociations comme un "succès important". A l'instar de plusieurs autres délégués, il a souligné l'importance de la session plénière de lundi, au cours de laquelle des chefs d'Etat africains ont prodigué leurs "conseils" aux Burundais. "Nous avons beaucoup apprécier le discours du président Obasanjo (Nigeria) sur la gestion de l'Etat par les militaires", a confié Nyangoma à Hirondelle. "Le constat pour lui, c'est un échec total, les militaires n'ont pas pu ramener la démocratie, ils n'ont pas pu gérer le pays. Donc c'est un clin d'oeil qu'il faisait au régime militaire de Bujumbura, en quelque sorte à Buyoya, à qui il demandait de quitter rapidement le pouvoir et de remettre le pouvoir au peuple".

Nyangoma a toutefois estimé que la première session de la nouvelle Commission Cinq, qui traite des garanties pour la mise en ?uvre de la paix, avait été difficile. Le professeur André Nkundikije, leader du parti pro-Tutsi, AV-Intwari, partage le même avis. "C'est vrai par rapport aux autres sessions, cette session n'a pas été très productive a dit Nkundikije à Hirondelle, "parce que nous avons à étudier un problème extrêmement difficile, à savoir, la garantie des accords. Certes, on a perdu beaucoup de temps en essayant de voir qui en l'absence de Mandela devrait diriger cette session. Bon, le président Mandela avait désigné M. Bomani (Tanzanie), pour qu'il soit président de la cinquième Commission. Une partie des partis ont contesté cette nomination (...), (et) nous avons passé la plupart du temps à discuter sur cette question.

"Mais" a-t-il poursuivi, "mon appréciation, c'est que quand même on a débuté" Certains des partis de la ligne dure pro-Tutsis ont rejeté la présidence de la nouvelle et vitale Commission Cinq par le juge Mark Bomani en raison de sa nationalité tanzanienne, estimant que ce pays n'est pas neutre dans le conflit burundais.

Parmi les faits les plus marquants, figure peut être la promesse de Mandela d'amener les dissidents des groupes rebelles Hutus CNDD-FDD et FNL à la table des négociations pour la prochaine session des négociations, ce que le bureau de la médiation espère encore réalisable pour le mois d'avril. Ceci en dépit d'obstacles qui doivent encore être levés, telles que les conditions posées par les rebelles et les luttes de pouvoir entre les dirigeants du courant principal du CNDD, présents aux pourparlers, et les dissidents du CNDD-FDD.

L'agence Hirondelle a demandé à Nyangoma, leader du CNDD, ce qu'il pensait de la participation aux négociations du CNDD-FDD, conduit par Jean-Bosco Ndayikengurukiye. "C'est vrai", a concédé Nyangoma, "il y en a qui ont quitté notre mouvement, le CNDD et sa branche armé le FDD, c'est le cas notamment de jean-Bosco, et si c'est pour ramener la paix, si c'est pour accélérer ce processus de négociation, nous ne nous opposons pas à ce que Jean-Bosco ou d'autres puissent participer à ce processus de négociations, pourvu que nous respections toujours le règlement général de ces négociations". A la question de savoir comment trouver une solution au problème de procédure, Nyangoma a répondu : "Je pense qu'il faudrait poser la question au facilitateur. S'ils les a invités, je pense qu'il doit tout faire pour respecter en premier lieu le règlement général des négociations". "Le FDD c'est toujours une branche du CNDD. Moi, je dis que certainement seul le facilitateur sait dans quelles conditions ils vont participer sans entrer en contradiction avec la loi principale qui régit ces négociations." Nyangoma a par ailleurs affirmé faire confiance à Mandela, en qui il voit un infatigable combattant pour la liberté et la démocratie et un homme de parole.

Mandela a annoncé qu'il se rendrait bientôt au Burundi, afin d'y rencontrer des membres de l'armée. La réforme des forces armées (essentiellement tutsies) figure parmi les questions les plus épineuses qui doivent être débattues autour de la table des négociations. Interrogé sur la question de savoir s'il pensait que les militaires étaient prêts à accepter un accord de paix, l'ancien président Bagaza (renversé lors du premier coup d'Etat de Buyoya) a répondu à l'agence Hirondelle que : "A mon sens les militaires n'ont jamais posé de problème dans ces affaires, ce sont plutôt les politiques. Si nous avons un accord de paix, les militaires ne seront qu'enchantés". Il a ajouté que le fait que Mandela aille au Burundi pour rencontrer les militaires était "une bonne démarche".

Questionné sur la manière dont les problèmes entre les politiciens pourraient trouver une solution, Bagaza a répondu que "tout Burundais qui a une parcelle d'autorité, de pouvoir politique, social et autre devrait être concerné et coopérer beaucoup plus. Mandela n'est qu'un Facilitateur, la chose est inter-burundaise de toute façon. Si nous signons un accord de paix, demain si les Burundais ne parviennent pas à chasser les démons de la division, la crise reprendra. Donc ils appartient à nous, Burundais, de vouloir être raisonnable et de vouloir construire un pays digne de ce nom."

Mandela a proposé que Buyoya, l'actuel président, et les deux présidents précédents participant aux négociations, y jouent un rôle prépondérant. Hirondelle a demandé à Bagaza s'il avait eu des entretiens en ce sens avec Buyoya. "Non, pas encore", a-t-il répondu. "Je pense qu'on se concertera quand on ira signer" (l'accord de paix).

Ntibantunganya a dit qu'il avait "apprécié la présence du président Buyoya" aux négociations de la semaine passée. "Qu'il soit là. Qu'il entende des personnalités comme Mandela parler au Burundais". "Et je souhaiterais" a-t-il poursuivi, "que dans les prochains jours, sa présence soit davantage fréquente. Il est leader d'un groupe politique Burundais, il a une certaine ascendance sur certaines délégations (...) (et) partis politiques(...). En ce moment ultime, en ce moment fatidique, comme disait un des chefs de délégation ici, il est nécessaire que tous les grands leaders soient ensembles, et Buyoya est un des grands leaders de ce pays. Il faut qu'il vienne, qu'on cherche justement ensemble le compromis historique dont le Burundi a besoin. Et c'est un souhait."

Avec la réforme de l'armée, le problème de la désignation du chef du gouvernement burundais de transition est probablement le problème le plus difficile à résoudre. Dans son discours tenu lors de la session plénière de mardi dernier, Mandela a mis en garde les délégués contre la tentation de penser à leurs intérêts personnels et les a incité à considérer en premier l'intérêt de leur pays.

Vous devez savoir", leur a-t-il dit, "qu'une fois que nous serons parvenu à un accord ici, surgira le réel enjeu pour nous tous, à savoir, qui conduira le gouvernement de transition et quelle sera la durée de la transition. On a l'impression, à vous voir, que la plupart d'entre vous se demande : << Ferai-je partie de ce gouvernement de transition ? >>. Ce sentiment existe, mais je reste persuadé que vous êtes des leaders capables de répondre aux attentes suscitées, et que ce sentiment n'est pas forcément exacte."

"Je suis convaincu que vous ne me décevrez pas" a continué Mandela, "parce que ce problème du Burundi ne trouvera jamais de solution sans vous. Mais pour y apporter une solution, nous devons parler d'une seule voix. Nous devons oublier le passé et penser au présent et au futur de nos enfants au Burundi."

JC/KAT/FH (BU%0402a)

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