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Grands Lacs Echos : EurAc Bulletin No. 60 - Décembre 2009

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La Troisième République a trois ans : un anniversaire en mineur

Depuis l'installation de la Troisième République, EurAc fait un plaidoyer pour la tenue des élections locales sans lesquelles l'architecture démocratique du Congo reste incomplète. Elles sont non seulement essentielles pour la restauration de la légitimité dans un Etat dont le démantèlement a commencé moins d'une semaine après son indépendance, mais aussi un élément essentiel dans le développement d'une démocratie embryonnaire vers une démocratie opérationnelle. Les élections locales joueront un rôle essentiel dans la réhabilitation de la gouvernance en RDC. Le processus des élections au niveau des entités décentralisées sera une école d'apprentissage de la démocratie et contribuera au renouvellement du paysage politique et à l'émergence d'un nouveau leadership issu de la base. Mais elles ne sont pas simples à organiser. La logistique est un cauchemar, vu l'état de ruine de toutes les infrastructures, dans un pays vaste comme l'Europe. Pas bon marché non plus, les élections législatives de 2006 étaient les plus coûteuses dans l'histoire de la planète. Un travail législatif reste à faire et l'articulation institutionnelle est très complexe. Les membres d'EurAc étaient très heureux quand ils recevaient, en pleine réunion à Madrid le 26 novembre, la confirmation du Président de la Commission Electorale Indépendante que la réunion interinstitutionnelle entre les Présidents du Parlement, du Sénat, de la CEI, de la Haute Cour Militaire, de la Cour Suprême de Justice, ainsi que le Premier Ministre, le Procureur Général de la République et l'Auditeur général de la Haute Cour Militaire avaient arrêté les options fondamentales portant sur les élections municipales, urbaines et locales et les échéances électorales pour 2011. C'est un pas gigantesque. Mais nous restons vigilants. Comme nous avons dit dans une déclaration conjointe avec l'Initiative de la société civile pour les élections en RDC, nous voyons un déficit démocratique, aggravé par une série de phénomènes qui nous inquiètent beaucoup : l'inféodation des institutions renforce la prise des décisions dans des circuits parallèles ; le débat parlementaire est compromis par l'affaiblissement de l'opposition. La discussion sur la révision de la constitution nous fait craindre que le pouvoir actuel issu des dernières élections cherche à pérenniser les rapports actuels de forces. La question-clé est : y a-t-il, derrière toutes les discussions pratiques, logistiques, institutionnelles et opérationnelles, suffisamment de volonté politique pour organiser les élections? A l'heure actuelle, il est impossible de parler des élections locales sans parler des élections nationales en 2011. L'absence d'une opposition réelle accélère l'évolution du PPRD vers une logique de parti unique, le Président de la République adopte un comportement presque pharaonique, entouré par un noyau de plus en plus étroit, avec un cachet de plus en plus régionaliste. Ainsi, cette absence d'une opposition sérieuse fait que le régime actuel considère la victoire des élections présidentielles et législatives comme un objectif bien réalisable. Parmi les rares facteurs qui puissent encore troubler ce parcours, nous devons compter les élections locales. Celles-ci pourraient être l'espace o=F9 des forces politiques nouvelles ou existantes trouvent un nouvel élan, un nouveau discours, un nouvel électorat. Il y a malheureusement des gens qui ont des bonnes raisons pour que les élections locales ne s'organisent pas.

Kris Berwouts, Directeur