Conseil de Sécurité: Intervention du Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, RD du Congo

Report
from Government of the Democratic Republic of the Congo
Published on 14 Dec 2001
Intervention de S.E.M. Léonard She Okitundu, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale devant le conseil de Securité:
Additif au Rapport du groupe d'experts sur l'exploitation illégale des ressources naturelles de la République Démocratique Du congo et autres formes de richesses en violation de sa souveraineté nationale

New York, Le 14 décembre 2001

Monsieur le Président,

Permettez-moi avant toute chose de m'acquitter de l'agréable devoir de vous exprimer toute ma satisfaction, ainsi que celle de ma délégation, de vous voir présider la présente réunion publique du Conseil de sécurité sur la situation en République Démocratique du Congo.

Par la même occasion, je souhaiterais reconnaître l'excellent travail abattu par la Représentante de la Jamaïque durant sa présidence du Conseil le mois passé.

Je voudrais, enfin, à travers votre personne, rendre un hommage appuyé et mérité aux membres sortants du Conseil de sécurité, plus particulièrement à nos frères africains, la Tunisie et votre pays, le Mali. Aussi, je me dois de vous exprimer toute la reconnaissance de mon pays pour les efforts inlassables que vous n'avez eu de cesse de déployer pour la recherche de la paix dans notre Région, en particulier, de la paix pour l'Angola, le Burundi et mon pays, la République Démocratique du Congo.

Au moment o=F9 le monde se félicite des avancées notables du processus de paix pour le Burundi, tant demeure encore à réaliser pour l'Angola et la République Démocratique du Congo. J'ose donc demander aux amis qui vont quitter le Conseil de continuer de servir d'avocats pour l'Angola et la République Démocratique du Congo dans toutes les instances onusiennes et autres afin de promouvoir la cause de la paix, non seulement pour nos pays et leurs peuples meurtris, mais également pour tous les pays et les peuples de la Région des Grands Lacs qui sont en ébullition depuis plus d'une décennie maintenant.

Monsieur le Président,

Avant de vous faire part de l'appréciation de ma délégation sur la question sous examen aujourd'hui, je voudrais l'informer des résultats des travaux des négociations politiques inter-congolaises informelles qui ont eu lieu du 06 au 09 décembre dernier à ABUJA, Capitale de la République Fédérale du Nigéria.

Ces négociations se sont déroulées sous la médiation de Monsieur IBRAHIMA FALL, Sous-Secrétaire général de l'ONU, en présence de l'Ambassadeur MOGWE et de M. LEBATT, membres de l'équipe de la facilitation du Dialogue National, invités en tant qu'observateurs.

D'une manière générale, les points en discussion peuvent être regroupés autour des questions principales relatives aux problèmes restés en suspens lors de la rencontre d'ADDIS-ABEBA.

Le premier point relatif à la participation inclusive a été examiné en deux temps. D'abord en présence du médiateur de l'ONU et des membres de la facilitation; et ensuite à huis clos entre Congolais exclusivement.

C'est au cours de ce huis clos qu'un compromis s'est dégagé tant sur le nombre que sur le quota et la qualité des participants au Dialogue Inter-congolais. Il a été convenu de s'assurer d'une représentativité élargie avec un nombre réduit de participants, se traduisant notamment par ce qui suit :

1. Premièrement, le nombre des participants au Dialogue Inter-congolais est ramené de 330 à 300;

2. Deuxièmement, le quota de chacune des quatre composantes - le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-GOMA), le Mouvement de libération du Congo (MLC) et l'opposition politique) - a été réduit de 07 unités passant de 62 à 55 délégués;

3. Troisièmement, le quota de la composante Société civile a été renforcé et porté à 66 délégués en vue de permettre l'intégration des confessions religieuses et des résistants Maï-Maï;

4. Quatrièmement, les Chefs coutumiers seront représentés à raison d'au moins deux délégués dans chacune des trois composantes présentes aux travaux d'ABUJA;

5. Cinquièmement, pour ce qui est de l'opposition politique, il est retenu que le quota de 55 délégués qui lui a été attribué serait réparti à raison de 5 délégués pour l'opposition extérieure, 30 pour les associations et groupements politiques de Gaborone et 20 en faveur des autres mouvements politiques qui n'avaient pas encore été associés au processus du Dialogue Inter-congolais.

Enfin, Il est reconnu à chaque composante la latitude d'intégrer dans sa délégation les membres de la diaspora de son choix.

Le deuxième point à être examiné a été celui du retrait ordonné des troupes étrangères. A ce sujet, le Gouvernement a fait la démonstration de l'effectivité du déploiement de nouvelles troupes Rwandaises en territoire congolais et de la difficulté réelle qu'il y aurait à faire aboutir des résolutions éventuelles du Dialogue Inter-congolais au cas o=F9 ces forces d'occupation, principalement rwandaises et ougandaises ne se seraient pas retirées du territoire de la République Démocratique du Congo avant la fin du Dialogue Inter-congolais.

Cette occupation, qui a tendance à se perpétuer, ainsi que la réalité, confirmée par la Mission de l'Organisation des nations unies en République Démocratique du Congo (MONUC), du déploiement de troupes rwandaises, sont en effet de nature à porter une grave atteinte à cet important partenariat que votre Conseil a su patiemment sceller avec les protagonistes du drame congolais.

Les autorités rwandaises, en privilégiant le recours à la force comme moyen de résolution de conflits, se sont désormais érigées en principal obstacle aux processus de paix et de démocratisation dans la Région des Grands Lacs. Il revient au Conseil de sécurité de constater ce fait et de le condamner énergiquement car ce renforcement de la présence militaire rwandaise représente un risque patent pour la reprise généralisée de la guerre.

Quant aux autres points relatifs aux élections, au Nouvel Ordre Politique, à la souveraineté nationale et à l'Intégrité territoriale, il a été décidé de commun accord de la tenue d'une rencontre ultérieure au cours de laquelle ces questions seront approfondies.

Il s'agit donc d'une avancée importante de nature à faciliter grandement les prochaines étapes des négociations inter-congolaises, dont le Dialogue Inter-congolais, prévu en Afrique du sud.

Nous savons infiniment gré au Gouvernement de l'Afrique du sud en particulier, pour son offre d'abriter les assises de ce forum visant la réconciliation et la concorde nationale, et en général, pour les efforts inlassables que ce pays frère ne cesse de déployer en vue du rétablissement de la paix pour la République Démocratique du Congo et pour la dignité du peuple congolais.

Mon Gouvernement se félicite du fait que les participants à ces négociations informelles aient conclu à la nécessité du respect des engagements pris à Gaborone, notamment le caractère inclusif du Dialogue Inter-congolais, caractère inclusif rappelé dans les résolutions du Conseil de sécurité, mais aussi principe fondamental de l'Accord de LUSAKA. Cette ouverture devrait donner à toutes les tendances socio-politiques congolaises l'occasion d'être associées au Dialogue national. De même, les principaux obstacles, autres que financiers, qui jonchaient la voie vers les négociations politiques ont été levés.

Il est bon de souligner également que les assises d'ABUJA ont démontré une fois de plus que lorsque les acteurs politiques congolais se retrouvent entre eux et sans interférence extérieure, ils arrivent toujours à s'entendre et à trouver des solutions de compromis.

Enfin, une nouvelle réunion des experts est prévue pour le début du mois de janvier, pour préparer un sommet entre le Président de la République Démocratique du Congo et les responsables des deux mouvements rebelles.

Sur le plan régional, après plusieurs rencontres informelles entre les Ministres des Affaires Etrangères du Burundi et de la République Démocratique du Congo, les gouvernements des deux pays sont déterminés à améliorer les relations bilatérales. C'est dans ce cadre qu'une invitation a été adressée au Ministre des Affaires Etrangères du Burundi à se rendre à Kinshasa en vue d'envisager les modalités du retrait des troupes burundaises du territoire congolais et de normaliser les relations diplomatiques entre les deux pays.

Pour revenir à la question qui nous occupe, le Conseil a donc été saisi de l'additif au rapport du Groupe d'Experts chargé d'enquêter sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République Démocratique du Congo en violation de sa souveraineté nationale.

Il est important de rappeler ici que pour circonscrire l'objet de son travail, le Groupe d'Experts avait jugé bon de définir et d'interpréter dans son rapport le concept "d'exploitation illégale". Ce dernier signifie en l'espèce, toutes les activités d'extraction de production, de commercialisation et d'exportation qui sont menées en République Démocratique du Congo sans le consentement du Gouvernement légitime, c'est-à-dire, en violation de sa souveraineté et des dispositions minières et écologiques, du droit international conventionnel et coutumier.

En mettant en cause les pays membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) qui sont venus assister l'un de leurs pairs pour lui permettre de faire face à une agression armée caractérisée, il me semble que l'additif constate inexactement des faits pertinents tout en s'éloignant de la définition de l'exploitation illégale telle que stipulée au paragraphe 15 du rapport. Aucune armée des pays membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe ne se serait introduite dans mon pays sans l'assentiment du Gouvernement légitime et si la République Démocratique du Congo n'avait été attaquée, agressée et envahie.

Le Gouvernement considère que condamner une initiative qui lui a permis de défendre la souveraineté nationale, s'est dénier à un Etat le droit fondamental qu'il tire de l'Article 51 de la Charte des Nations Unies pour exercer le droit de la légitime défense individuelle ou collective, pour sauvegarder la souveraineté et l'intégrité de son territoire.

Il est bon d'évoquer à ce sujet, tout le mérite de la France sous l'égide du Général Charles de GAULLE, d'avoir élevé la voix, pendant et après la seconde guerre mondiale, pour le respect de la souveraineté de tous les Etats, pour la sauvegarde de leur indépendance, ainsi que pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. La France avait bénéficié alors de l'assistance des Alliés.

Plus proche de nous, sous la conduite du Président George BUSH, le peuple américain est en train de surmonter, en tant que Nation, et, avec un courage exemplaire, une attaque contre l'"American way of life", que pourtant le monde entier admire et envie. Les Etats-Unis bénéficie naturellement du soutien d'un nombre important de pays dans la lutte contre le terrorisme.

Le Gouvernement profite de cette occasion pour réitérer sa sympathie et celle du peuple congolais au peuple américain et à son Gouvernement victimes des actes de terrorisme les plus abjects, et renouvelle l'engagement pris par Son Excellence le Général-Major, Joseph KABILA, Président de la République, de s'associer à la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes.

Je suis satisfait de constater que l'additif vient confirmer les conclusions du rapport contenu dans le document S/2001/357 et valide tous les éléments qui y contenues.

Le pillage et l'exploitation illégale à grande échelle des ressources du sol et du sous-sol de la République Démocratique du Congo de façon systématique et systémique demeurent donc l'enjeu majeur du conflit.

De cet additif, il ressort clairement que, parallèlement à la guerre et à l'ombre de celle-ci, il est en train de s'opérer l'une des plus grandes entreprises de pillage économique que le continent africain ait jamais connue.

En effet, il est aujourd'hui établi que les problèmes liés à l'insécurité aux frontières et à l'instabilité de la Région des Grands Lacs, invoqués par les agresseurs de la République Démocratique du Congo ne saurait justifier l'occupation de près de la moitié du territoire congolais par les armées coalisées de ces pays dont les lignes de front se trouvent en profondeur de la République Démocratique du Congo à plus de 2000 kilomètres de leurs frontières.

Le danger qui pèse sur l'instauration de la paix dans les Grands Lacs et partant sur le processus de structuration d'un nouvel ordre politique en République Démocratique du Congo réside dans le fait que les méthodes de pillage et d'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République Démocratique du Congo se sont affinées à tel point que l'Additif constate que les activités économiques illégales mises en place par les agresseurs s'autofinancent et n'entraînent pratiquement aucune charge financière pour les pays concernés.

La Commission des Experts nationaux mis sur pied par la République Démocratique du Congo a situé la hauteur des exportations par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi de 1998 à mai 2001, à plus de 427 millions de dollars américains pour le diamant de joaillerie, à environ 800 millions de dollars pour le COLTAN et plus de 24 millions pour la cassitérite.

Je constate par ailleurs qu'un certain nombre d'enquêtes indépendantes dont la plus notable demeure celle du Parlement britannique que je félicite et remercie, ont débouché sur les mêmes conclusions que le Groupe d'Experts dans son rapport du mois d'avril dernier.

Ce rapport des parlementaires britanniques note, en effet, que les exportations, notamment celles de l'or et café de l'Ouganda sont comparables à celles des deux provinces du Nord et Sud-Kivu, alors qu'il n'est un secret pour personne que ce pays a une production insignifiante de ces deux produits.

Le rapport épingle aussi le Rwanda qui reconnaît officiellement avoir produit 63 tonnes de cOLTAN, alors qu'en réalité, il a exporté pour 603 tonnes pour l'année 2000.

Dès lors, la question que l'on est en droit de se poser est celle de savoir à qui profite le crime ?

Mon Gouvernement cible principalement des groupes militaro-politiques qui sont au pouvoir au Rwanda et en Ouganda et des hommes d'affaires de ces deux pays, ensuite des réseaux des criminels de blanchiment de l'argent sale à travers le trafic de la drogue, de l'or, du diamant, du cOLTAN et des armes.

Ainsi, l'existence de tous ces réseaux maffieux contribue à la criminalisation non seulement de l'économie congolaise mais aussi de celle de l'ensemble de la Région des Grands Lacs devenant ainsi une des plaques tournantes les plus florissantes en Afrique o=F9 s'entrecroisent les fabricants de la fausse monnaie, les marchands d'armes et les spécialistes du blanchiment des narco-dollars.

Je suis tout aussi heureux de constater que le Groupe d'Experts, au paragraphe 16 de son additif a si justement relevé un autre aspect de cette exploitation, à savoir celle des ressources humaines.

C'est ainsi que la résistance de la population contre les exactions, le pillage et l'exploitation dont elle se sent victime explique des massacres périodiques des populations autochtones par les pays envahisseurs. Ces massacres se déroulent, comme par hasard, toujours dans les zones minières telles que KASIKA, KAMITUGA dans la Province du Sud-Kivu ou encore DJUGU, MONGBALU, WATSA dans la Province Orientale.

En effet, toutes les informations fournies par les organisations des droits de l'homme tant nationales qu'internationales telles que l'Agence catholique MISNA, Amnesty International, Human Rights Watch, International Crisis group, Collectif des organisations et Associations des Jeunes du Sud-Kivu, Fondation Congolaise pour la Promotion des droits humains et de paix confirment que la guerre en République Démocratique du Congo est une catastrophe humanitaire.

Ainsi donc, le pillage et l'exploitation illégale de la République Démocratique du Congo s'accompagnent des massacres, des déplacements de la population ainsi que de l'utilisation abusive des enfants et des prisonniers rwandais de droit commun dans des carrières minières et des concessions forestières pour l'abattage des arbres.

Ces organisations établissent à plus de 3 millions le nombre de personnes qui sont mortes directement ou indirectement des effets de la guerre tandis que International Crisis Group estime à 2 millions le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays et à 300.000 le nombre de personnes réfugiées à l'extérieur.

Dans son rapport présenté au Conseil de sécurité le 28 novembre 2000, Mme McAskie, Coordinatrice adjointe des Secours d'urgence, a précisé que 16 millions de personnes sont menacées par la famine du fait de la guerre, ce qui représente environ plus du tiers de la population congolaise.

Un récent rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique que le taux de prévalence du VIH/SIDA a connu une augmentation significative ces dernières années en République Démocratique du Congo. Parmi les raisons qui expliquent cette expansion, on note le fait que les militaires alliés des belligérants proviennent des pays o=F9 le taux de prévalence du VIH/SIDA est le plus élevé de l'Afrique Centrale, c'est-à-dire des pays agresseurs.

Parallèlement à l'exploitation des ressources naturelles et autres richesses de la République Démocratique du Congo, les officiers militaires ougandais se sont employés à attiser les conflits ethniques en ITURI notamment dans la Province Orientale o=F9 les Lendu et Hema se sont massivement entre-tués entre juin 1999 et octobre 2000 provoquant des milliers de morts et des déplacés.

De même, la mémoire des congolais n'oubliera jamais que la course effrénée et mercantiliste vers de plus grands profits a amené le Rwanda et l'Ouganda aux affrontements sanglants de Kisangani dans la Province Orientale, affrontements dénoncés par le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, par la population congolaise dans son ensemble, mais aussi par la Communauté Internationale.

Il s'agit là d'un cas inédit dans l'histoire des relations internationales o=F9 l'on n'avait jamais vu deux armées étrangères traverser leurs frontières respectives pour s'affronter sur le territoire d'un pays voisin afin de se disputer les aires d'influence et d'exploitation des ressources qui ne leur appartiennent pas.

S'agissant toujours de l'environnement et de l'écologie, pratiquement toutes les enquêtes réalisées par les organismes les plus autorisés, indiquent que tous nos parcs nationaux, classés par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la Culture (UNESCO) comme patrimoine de l'Humanité, sont systématiquement dévastés. Ils font actuellement l'objet du braconnage érigé en pratique de guerre et de trafic illicite organisé.

Les espèces uniques au monde qui y vivent sont régulièrement abattues à l'arme automatique. C'est ainsi par exemple qu'un rapport de l'Institut Congolais de la conservation de la nature observe que sur les onze mille hippopotames qui peuplaient les eaux du parc national de VIRUNGA, il n'en reste que mille.

Aujourd'hui, je voudrais profiter de cette occasion pour lancer un appel solennel et pressent en direction de la Communauté internationale afin qu'elle soutienne les efforts de mon Gouvernement en vue de préserver et de protéger des nombreuses espèces d'animaux tels que les éléphants, les Bonobos, les gorilles des plaines de l'Est, ceux de montagne, les chimpanzés et autres babouins, les rhinocéros blancs, les okapis, les paons du Congo, qui sont tous en cours d'extermination.

Je remercie le Groupe d'Experts d'avoir bien voulu reconnaître les efforts inlassables fournis par Son Excellence le Général-Major Joseph KABILA, Président de la République, ainsi que sa volonté réformatrice, celle d'appliquer de saines politiques macro-économiques, de gérer les affaires publiques de façon avisée et surtout de veiller au respect de la légalité afin que tout soit mis en oeuvre pour assurer le relèvement économique et la reconstruction du pays.

Les efforts du Président de la République s'articulent autour des axes suivants :

1.- Primo, la défense de la souveraineté nationale et de l'intégrité du territoire ;

2.- Secundo, la restauration d'une paix durable au travers d'une solution négociée à la guerre d'agression qui a déjà coûté la vie à des millions de congolais ces trois dernières années, ceci afin de mettre un terme définitif aux énormes souffrances, la misère incommensurable, mais aussi les décès que notre peuple subit du fait de l'agression;

3.- Tertio, la recherche des voies et moyens devant permettre au peuple congolais de jouir, d'une manière effective, des libertés fondamentales et des droits humains les plus élémentaires;

4.- Quarto, la mise en oeuvre d'une gestion plus efficiente des services publics par des politiques de réformes afin de s'assurer qu'une fois la paix retrouvée, elles conduiront à la bonne gouvernance, au respect scrupuleux des droits de l'homme et à la participation du peuple au fonctionnement des institutions démocratiques;

5.- Quinto, la mise en valeur des ressources nationales, tant humaines que matérielles, afin de permettre au pays de redevenir un acteur politique et économique majeur sur l'échiquier africain;

6.- Enfin, la réhabilitation du peuple congolais dans sa dignité et dans sa fierté, valeurs qui sont recherchées par les peuples du monde.

Aujourd'hui, avec l'aide des institutions de Bretton Woods, le Gouvernement de la République Démocratique du Congo élabore un nouvelle politique visant le développement du secteur privé, la promotion des investissements tant nationaux qu'étrangers, la réforme des domaines socio-économiques, la transparence dans la gestion, la lutte contre la corruption, la restructuration des forces armées, la démobilisation des enfants soldats et la réforme du système judiciaire.

Dans ce même ordre d'idées, le Gouvernement vient de terminer l'élaboration d'un nouveau code minier. Les consultations et négociations se poursuivent au niveau des partenaires sociaux et économiques tant nationaux qu'étrangers.

S'agissant de la transparence dans la gestion des affaires de l'Etat, le gouvernement a initié des audits dans toutes les entreprises publiques. Les conclusions des auditeurs ont été rendues publiques et les mandataires défaillants sanctionnés.

En outre, j'ai le plaisir d'informer le Conseil que le Président de la République vient d'ordonner la création d'une Commission anti-corruption en vue de consolider l'Etat de droits.

Dans le même ordre d'idées, la Commission des Experts nationaux qui est venue nous assister à cette présente séance - ils sont derrière moi ici - a non seulement pour mandat de mener des enquêtes sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République Démocratique du Congo, mais aussi celui de veiller à la reconsidération de l'ensemble des accords conclus par le Gouvernement.

Mon Gouvernement a déjà fait part de son adhésion aux recommandations du Groupe d'Experts contenues dans son rapport et prend note avec beaucoup d'intérêt les observations formulées dans l'additif au rapport.

Mon Gouvernement estime donc qu'il revient au Conseil de sécurité de tirer de ces recommandations pertinentes les conclusions au vu des rapports de son Groupe d'Experts de manière à rompre les liens qui existent si malheureusement entre le pillage des ressources et la poursuite de la guerre en République Démocratique du Congo.

Aussi, il est de l'avis de mon Gouvernement, qu'au cas o=F9 il plairait au Conseil de sécurité de reconduire le mandat du Groupe d'Experts, il serait absolument nécessaire de le renforcer considérablement par une expertise conséquente de manière à lui permettre, à un niveau purement technique, en premier lieu, de mieux circonscrire la responsabilité en matière d'exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesses de la République Démocratique du Congo.

Ensuite, dans la perspective globale du retour à la paix, il nous faut établir également un lien entre la cessation des hostilités et le relèvement économique du pays, tout en balisant le cadre structurel susceptible de favoriser la sortie de la République Démocratique du Congo de la crise actuelle.

Mon Gouvernement estime, le moment venu, pour le Conseil de sécurité veuille bien donner suite à ses requêtes formulées devant le 03 mai dernier, à savoir, adopter, à titre préjudiciel, des mesures conservatoires pour ordonner un embargo sur les produits du pillage transitant par KIGALI, BUJUMBURA et KAMPALA.

De même, à titre principal, mon Gouvernement serait infiniment reconnaissant au Conseil de sécurité s'il pouvait accepter de mettre en application toutes les recommandations formulées par le Groupe d'Experts dans son rapport et notamment :

1.- Accélérer le déploiement de la MONUC, car seul le retrait total et définitif des agresseurs est de nature à garantir la cessation des pillages des richesses de la République Démocratique du Congo;

2.- imposer la démilitarisation de la ville de KISANGANI, la réparation des dégâts matériels commis sur cette ville et le dédommagement de sa population, conformément à la résolution 1304 (2000);

3.- Appliquer à l'encontre de la partie qui refuse la démilitarisation de KISANGANI, ainsi que le pays qui le soutient toutes les mesures qui pourraient leur être imposée conformément aux responsabilités et obligations que la Charte des Nations Unies confère au Conseil de sécurité;

4.- exiger le gel des avoirs des mouvements rebelles, de leurs dirigeants, des sociétés et individus impliqués dans les actes illicites de pillage et d'exploitation illégale des ressources congolaises;

5.- demander aux Membres de l'ONU de cesser de soutenir financièrement des pays qui sont à la base du pillage et de l'exploitation illégale des ressources de la République Démocratique du Congo;

6.- demander au FMI et à la Banque Mondiale de suspendre leur coopération avec les pays agresseurs en cas de persistance de pillage et de la guerre;

7.- demander aux pays limitrophes de la République Démocratique du Congo ou de transit de s'abstenir, sous toutes formes que ce soit, de favoriser les activités économiques et financières menées sur leurs territoires respectifs, en rapport avec la guerre en République Démocratique du Congo;

8.- en fonction du préjudice financier, moral et en termes de régression économique, appuyer la République Démocratique du Congo dans la défense de son droit légitime d'exiger une compensation financière de la part des pays et individus coupables de pillage, soit directement soit indirectement.

9.- enfin, ordonner des poursuites judiciaires contre les auteurs, co-auteurs et complices de ce pillage.

Je ne saurais terminer mon propos sans rendre un hommage appuyé à Monsieur Amos Namanga NGONGI, Représentant spécial du Secrétaire général, à tout le personnel des Nations Unies, ainsi que le personnel associé pour la contribution qu'ils continuent d'apporter au rétablissement de la paix dans mon pays, dans le dévouement le plus complet et dans la plus totale abnégation.

Je me félicite également du climat de confiance, de respect mutuel et de coopération agissante qui s'est instauré entre les Nations unies et la République Démocratique du Congo, ayant pour effet de favoriser grandement les opérations onusiennes, ainsi que celles des humanitaires sur l'ensemble du territoire national.

Monsieur le Président, je vous remercie.