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Burundi/Négociations: La Présidence de la transition pose problème à la veille du sommet régional

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FONDATION HIRONDELLE - AGENCE DE PRESSE HIRONDELLE A ARUSHA
POURPARLERS DE PAIX INTERBURUNDAIS
NEWS DU 22 FEVRIER 2001
Arusha, le 22 février, 2001 (FH) - La question de celui qui va diriger la transition au Burundi reste ouverte, au moment o=F9 les préparatifs continuent pour un sommet régional et un nouveau round de négociations prévu lundi prochain à Arusha. Avec ou sans accord de cessez-le-feu, les 19 parties signataires de l'accord de paix du 28 août dernier devraient d'urgence régler cette question du leadership de la transition.

Alors que le médiateur, l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, a exercé une pression morale et internationale considérable pour avoir cet accord de paix signé en août à Arusha, il a souligné que la médiation ne peut pas imposer un dirigeant, et que cette question est la seule affaire des Burundais eux-mêmes. Depuis août, il y a eu encore trois rounds de négociations à Arusha, mais les négociateurs semblent toutefois être loin d'arriver à un compromis. La plupart des 19 parties s'opposent à l'actuel président tutsi Pierre Buyoya, mais ils n'ont pas réussi à rassembler une majorité pour un autre candidat. Même les groupes de parties qui s'étaient coalisées sur base ethnique ont commencé à se diviser sur cette question.

Au départ, les parties pro-hutus du "Groupe des Sept" (G7) s'étaient tous coalisées derrière Domitien Ndayizeye, secrétaire général du principal parti d'opposition, le FRODEBU. Cependant, le CNDD s'est séparé du groupe et a présenté son propre candidat, Albert Mbonerane. Plus récemment, un autre parti du G7, le PALIPEHUTU, a également présenté son propre candidat, le pasteur Augustin Nkundabashaka.

Dans une lettre adressée à Mandela le 27 janvier de cette année, le président du PALIPEHUTU, le Dr. Etienne Karatasi, a expliqué que: "La nomination d'un candidat du PALIPEHUTU à ce moment est dictée par le manque de confiance au candidat du FRODEBU initialement présenté par le G7."

La situation au sein des partis pro-tutsis du G10 n'est pas très différente. L'actuel président Buyoya est le candidat du plus grand parti politique pro-tutsi l'UPRONA, soutenu par le gouvernement et l'assemblée nationale (Groupe des deux ou G2) et le PSD. Cependant, le PARENA et l'ABASA ont présenté leurs propres leaders: respectivement Jean-Baptiste Bagaza et Térence Nsanze. Six autres "petits" partis ont présenté un candidat commun, l'ancien ministre de l'intérieur, le colonel Epitace Bayaganakandi.

Les six partis pro-Bayaganakandi (G6) et le G7 ont formellement rejeté la candidature du major Buyoya, dans une lettre adressée à Nelson Mandela le 25 janvier. Reste à savoir quel candidat va s'attirer assez de soutien pour que la situation se débloque.

Le facteur régional

Comme le souligne le politologue belge Filip Reyntjens, spécialiste de la région des grands lacs, les origines de la crise burundaise trouvent leurs racines dans des conflits ethniques et politiques mais aussi dans des conflits régionaux, ce qui signifie qu'une alliance G6-G7 n'est pas impossible. "Je ne l'exclus certainement pas," a indiqué le Professeur Reyntjens à Hirondelle dans une interview téléphonique, "parce qu'il y a au Burundi, comme vous le savez, beaucoup plus que le problème ethnique, on parle toujours du problème ethnique, mais il y a évidemment également le problème régional. Je pense qu'au-delà de la question ethnique, il y a quand même chez beaucoup de participants une volonté d'avoir un président qui ne vient pas de Bururi [la province du sud, d'o=F9 provient la majorité de l'élite au pouvoir, dont le président Buyoya]. Et dans ce cadre là, il n'est pas exclu qu'Epitace Bayaganakandi puisse recueillir le soutien d'un certain nombre de partis qui ne sont pas tutsis [?], parce qu'il n'est pas issu du sérail de Bururi."

De même, Pierre Buyoya pourrait gagner le soutien de certains leaders de partis hutus originaires de Bururi. Il y a eu des rumeurs, par exemple, de contacts secrets ou d'alliances possibles entre l'actuel président et des gens comme le leader rebelle dissident hutu Jean-Bosco Ndayikengurukiye du CNDD-FDD, son rival Léonard Nyangoma du CNDD, ainsi qu'Augustin Nzojibwami, qui est vice-président du parlement burundais et président de l'aile dissidente du FRODEBU. Ce dernier est un frère de Jean-Bosco Ndayikengurukiye.

"Ce que je constate, en effet, c'est que des gens comme Ndayikengurukiye, Nyangoma, Nzojibwami, sont tous évidemment de Bururi," a indiqué le Professeur Reyntjens à Hirondelle. "Une sorte d'alliance bururienne, si vous voulez, pourrait se réaliser. Il ne faut pas oublier que Bururi est une province qui a été massivement avantagée, privilégiée depuis le milieu des années soixante déjà, et que pour certains parmi eux, Hutus et Tutsis confondus, l'idée que cette situation privilégiée pourrait disparaître dans un nouvel ordonnancement constitutionnel et politique est une idée probablement désagréable dont ils voudraient limiter les effets."

L'accord de paix prévoit un président et un vice-président d'ethnies différentes, mais les 19 parties signataires ont aussi discuté la possibilité d'autres arrangements, comprenant par exemple deux vice-présidents ou un premier ministre avec deux vice-premiers ministres. Les 19 parties signataires peuvent amender l'accord, à condition qu'ils trouvent un consensus.

Le Professeur sud-africain Nicholas Hayson, qui fait partie de l'équipe de médiation de Nelson Mandela, a indiqué à Hirondelle en janvier que "le leadership doit toujours être une question de deux ou trois personnes qui travaillent ensemble, avec des garde-fous," et qu'il était important pour les parties de s'entendre sur les structures du leadership de la transition en ayant cela à l'esprit. "Il ne s'agit pas d'une personne qui serait le "generalissimo", mais d'une solution de compromis," a-t-il ajouté.

Rassurer l'armée

Beaucoup d'observateurs suggèrent qu'étant donné l'histoire du Burundi et la tendance de l'armée à intervenir dans la politique, tout nouveau leader doit être au moins toléré, sinon activement soutenu, par cette armée à dominante tutsie. A condition que les groupes rebelles dissidents hutus acceptent un cessez-le-feu, le nouveau leadership devra superviser une réforme majeure de l'armée, y compris l'intégration d'éléments rebelles et mettre en place des mesures pour assurer une représentation ethnique équilibrée.

C'est en partie pour cette raison que nombreux analystes pensent que ce serait peut être prendre des risques que d'installer un président hutu à ce moment, même si les Hutus représentent 85% de la population burundaise et que le FRODEBU a remporté la majorité des voix aux élections de 1993.

A la question de savoir si un président hutu de transition est possible, le Professeur Reyntjens répond que cela devrait être possible. "Il n'y a en fait aucune raison rationnelle pour l'empêcher," a-t-il dit. "En revanche je crois que dans la pratique, dans certains milieux tutsis, ce sera extrêmement difficile à avaler. Et je ne sais pas si c'est absolument nécessaire. Une fois de plus, moi je dirais - et certains partis hutus le font en fait: si on ne traduit pas le problème burundais en termes ethniques, mais si on le traduit en termes politiques, rien n'exclut l'acceptation par de nombreux Hutus d'un président tutsi? à condition que sa politique soit bonne."

Le fait que les groupes rebelles hutus dissidents n'ont pas été associés au processus de paix et qu'ils n'ont pas encore déposé les armes complique les discussions sur la transition. Etant donné le climat politique actuel et la violence qui continue au Burundi, les négociateurs d'Arusha semblent peu disposés à résoudre cette question de la présidence de la transition avant de savoir s'il y aura un cessez-le-feu, et à quelles conditions.

La médiation a organisé des contacts séparés, en Afrique du Sud, avec les groupes rebelles du CNDD-FDD et du FNL et le gouvernement du Burundi. Cependant, l'on ne sait pas quels progrès ont été réalisés vers un cessez-le-feu. Les deux groupes rebelles demandent des négociations directes avec le gouvernement, mais sous certaines conditions.

Le 9 janvier de cette année, le président Buyoya et le leader du CNDD-FDD Ndayikengurukiye se sont rencontrés face à face au Gabon, et Pierre Buyoya a indiqué qu'il avait accepté le principe des négociations directes. Cette réunion était organisée par l'ancien président de la République Démocratique du Congo (RDC), Laurent Désiré Kabila, et son homologue gabonais, Omar Bongo. Laurent Désiré Kabila, qui avait bénéficié de l'assistance de Ndayikengurukiye dans le cadre de la guerre de la RDC, a été assassiné peu après.

Le fils de Kabila, Joseph, qui a succédé à son père, est l'un des chefs d'Etat attendus la semaine prochaine au sommet d'Arusha sur le Burundi. Reste à savoir s'il va ou s'il peut exercer la pression nécessaire sur le CNDD-FDD. Le mouvement rebelle a déclaré sa volonté de poursuivre les efforts de paix entamés au Gabon, mais il a toujours demandé que Pierre Buyoya fasse quelques concessions préalables, notamment la libération des prisonniers politiques.

De la même façon, le FNL dit qu'il ne va pas négocier sans conditions: "Comme nous l'avons dit au médiateur international, le PALIPEHUTU-FNL a la volonté d'engager des négociations directes avec le gouvernement de Bujumbura, à condition que ce même gouvernement lève son interdiction," a indiqué un communiqué de presse publié le 16 février et signé par le président du FNL Cossan Kabura. "Cette information est déjà parvenue au gouvernement et nous attendons une réponse écrite. Entre-temps, le programme de lutte armée du parti va se poursuivre sans discontinuer.", poursuit le communiqué.

JC/GA/AT/PHD/FH (BU=5F0222a)

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