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Burundi : Rapport de situation (10 septembre 2021)

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FAITS SAILLANTS

Des prévisions météorologiques « préoccupantes » selon l’ICPAC, alors que s’amorce la saison culturale 2022A

La réponse à la crise climatique au cœur de la Journée mondiale de l’aide humanitaire 2021

Plus de 14 000 personnes ont été testées positives à la Covid-19 depuis le début de la pandémie

CONTEXTE

Des prévisions météorologiques « préoccupantes » selon l’ICPAC, alors que s’amorce la saison culturale 2022A

Lors du 59ème Forum sur l'évolution probable du climat dans la Corne de l'Afrique (Greater Horn of Africa Climate Outlook Forum), organisé par le Centre de prévisions et d'applications climatiques de l'IGAD (ICPAC) le 26 août dernier, les experts météorologiques de la région ont conclu que les conditions climatiques dans les pays d’Afrique de l’Est, dont le Burundi, risquent d’être moins pluvieuses que la normale entre octobre et décembre 2021. Le Burundi connaît habituellement une « petite » saison des pluies au cours de cette période, mais les experts de l’ICPAC prévoient que les précipitations seront entre 40 et 50 pourcent inférieures à que ce qui est normalement attendu dans le pays. L’ICPAC qualifie ces prévisions de « préoccupantes », car cette saison pluvieuse survient au moment de la principale saison culturale de l’année dans la majorité des pays de la région. Au Burundi, les mois de septembre à décembre sont la période de semis puis de croissance des cultures de la saison A pour le haricot, le maïs et le sorgho, qui représentent 35 pourcent des récoltes de l’année au niveau national. Ces cultures, en particulier du haricot et du maïs en période de floraison, sont sensibles aux précipitations irrégulières, et un manque de pluie, tout comme des pluies excessives, risque de réduire significativement la production agricole et d’impacter la sécurité alimentaire et la nutrition des plus vulnérables.

D’après l’organisation Fews Net, des pluies inférieures à la moyenne au cours de la saison des pluies de septembre à décembre 2021 sont attendues principalement dans les zones de basse altitude des Dépressions du Nord et de l’Est. Ces conditions météorologiques anormales risquent de conduire à des retards dans les semis, à des pertes liées à un assèchement des cultures, et par conséquent à une production agricole inférieure à la moyenne, alors que ces zones produisent 15 pourcent de la production nationale de la saison A. Fews Net estime que la partie nord de la province de Kirundo, ainsi que les zones frontalières de la Tanzanie dans les provinces de Rutana, Ruyigi et Cankuzo risquent de connaître une classification IPC de phase 2 (stress) en termes d’insécurité alimentaire pendant la période octobre 2021-janvier 2022.

Les experts du secteur de la Sécurité alimentaire au Burundi estiment que la province de Kirundo risque d’être une des plus impactées par cette période anormalement sèche. En effet, à la même période en 2020, certaines collines de la province de Kirundo ont déjà connu un déficit hydrique important, tandis que d’autres ont connu des précipitations excessives, affectant les plants de haricot, de maïs et de sorgho. Près de 80 pourcent des récoltes de la saison 2021A ont été détruites, plongeant près de 36 372 ménages en insécurité alimentaire dans les zones affectées.

Les quatre provinces qui risquent d’être les plus impactées par l’insuffisance de pluie et de connaître des productions agricoles inférieures à la moyenne accueillent à elles seules un peu plus de la moitié des Burundais rapatriés (28 151 à Kirundo, 31 464 à Ruyigi, 14 162 à Cankuzo et 12 346 à Rutana sur un total de 169 098 rapatriés depuis 2017). Les rapatriés ont parfois des difficultés à rétablir les moyens de subsistance qu’ils ont perdus en quittant le pays, et sont par conséquent exposés à un risque accru de se trouver en situation d’insécurité alimentaire. L’intensification des rapatriements depuis fin 2020 exerce également une pression supplémentaire sur les ressources locales dans les communautés de retour. Des acteurs humanitaires s’inquiètent que cela puisse ralentir les velléités de retour, ou même que de nouveaux mouvements migratoires vers la Tanzanie surviennent pour des populations à la recherche d’opportunités économiques pour survivre et de terres fertiles en vue de maintenir leurs sources de revenus.

Une prolongation de la saison sèche pourrait également avoir un impact négatif en termes d’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement (WASH), et donc sur la santé des plus vulnérables. Les experts du secteur de la santé et de WASH s’inquiètent déjà du fait qu’une pénurie d’eau augmenterait le risque de choléra dans certaines zones, en particulier le long du Lac Tanganyika et de la Rusizi, dans les provinces de Rumonge et Cibitoke. Certaines sources d’eau potable risquent de se tarir, poussant les populations à puiser dans les eaux du lac et de la rivière pour leur consommation, les mettant ainsi à grand risque de maladie hydrique. C’est en particulier pendant les périodes sèches, où les eaux des lacs et des rivières sont stagnantes, que les vibrions responsables du choléra s’accumulent le long des rives.

Selon la dernière analyse du Cadre Intégré de Classification de la sécurité alimentaire (IPC), 1,04 million de personnes se trouveraient en situation d’insécurité alimentaire de phase 3 et plus (phases de crise ou d’urgence) pendant la période juinseptembre 2021, soit 35 pourcent de moins que pendant la période avril-mai 2021. Cette diminution s’explique par des précipitations abondantes entre février et mai (10 à 25 pourcent supérieures à la moyenne), qui ont contribué à obtenir une production de la saison 2021B 10 à 15 pourcent supérieure à la moyenne dans la majeure partie du pays – à l’exception des zones littorales qui ont connu des inondations et de certaines zones de la Dépression de l’Est où la production de haricot a été impactée par des précipitations irrégulières. Le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire sévère (phase 3 et plus) au mois de septembre 2021 est néanmoins 37 pourcent supérieur à la même période en 2020, avec 760 000 personnes en IPC phase 3 et plus en septembre 2020.

La zone de la Dépression du Nord, régulièrement affectée par un déficit hydrique, était la seule zone du pays se trouvant en phase 3 (situation de crise) pendant la période avril-mai 2021, avec plus de 50 000 personnes en phase 4 (situation d’urgence). La projection de l’IPC indique que cette zone serait redescendue en phase 2 (situation de stress) pendant la période juin-septembre 2021. Néanmoins, les prévisions météorologiques indiquant la survenue possible d’un nouveau déficit hydrique dans cette zone appellent à une vigilance toute particulière des acteurs humanitaires et des autorités. L’analyse en cours de l’IPC pour la période à venir sera cruciale pour déterminer les besoins en termes de sécurité alimentaire. Dans les mois à venir, les acteurs humanitaires, en soutien au Gouvernement burundais, devront être prêts à répondre à d’éventuelles dégradations des conditions humanitaires causées par les impacts de conditions météorologiques anormales sur les populations les plus vulnérables.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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