Burundi

Burundi : Des lacs qui rétrécissent et des forêts décimées

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BUJUMBURA, 7 juin 2007 (IRIN) - Jean-Marie Sabushimike de l'Université du Burundi a réalisé un film entre décembre 2006 et mars 2007 pour montrer les problèmes environnementaux auxquels est confronté ce petit pays d'Afrique centrale, qui compte quelque huit millions d'habitants.

Le film montre une étendue d'eau avec une île peuplée d'oiseaux, une forêt dense recouvrant plusieurs collines, une rivière à courant rapide et aux eaux brunâtres, une bande de terre nue et craquelée, laissant apparaître des souches d'arbre, puis des oiseaux, de nouveau.

« Le Burundi est confronté à plusieurs grands problèmes liés à l'environnement, le principal étant la déforestation, qui a conduit à la diminution d'une grande partie des ressources naturelles du pays », a expliqué M. Sabushimike à IRIN, à Bujumbura, la capitale. « La destruction des ressources naturelles est à l'origine des changements climatiques dans le pays ».

Le professeur, qui dirige des recherches environnementales depuis plus de 10 ans, est un expert en prévention et en gestion des risques et des catastrophes naturels. Son documentaire a été réalisé à la demande du Nile Basin Discourse (NBD) - une organisation burundaise d'associations de la société civile, qui traite les problèmes environnementaux. Il s'inscrit dans une démarche de sensibilisation de la population à la nécessité de conserver et de protéger l'environnement.

La destruction de l'écosystème naturel de la forêt de Kibira - la plus grande du pays - a notamment contribué au réchauffement climatique et à ses conséquences nuisibles dans le pays, à en croire M. Sabushimike.

Cela a par la suite mené à la dégradation des terres agricoles, en raison de l'utilisation intensive des sols dans de nombreuses régions.

L'autre préoccupation majeure liée à l'environnement est la dégradation des marais et des lacs, causée par les conditions climatiques défavorables, observées dans ces régions. En effet, la sécheresse et la désertification ont provoqué une chute radicale des niveaux de l'eau des lacs et l'assèchement des marais.

L'exploitation minière a également contribué à la destruction de l'environnement, selon M. Sabushimike.

Toutes ces dégradations environnementales ont provoqué une augmentation de la pauvreté, surtout au sein des communautés rurales ; une insécurité alimentaire, engendrée par de mauvaises pratiques agricoles ; une diminution croissante des ressources hydrauliques et une réduction des activités dans les secteurs agricole, forestier, énergétique et sanitaire.

Interventions

Le Burundi fait partie des quelques pays africains signataires de conventions telles que le Plan d'action national pour l'adaptation aux changements climatiques ou la Convention cadre pour une communication nationale sur le changement climatique. Le premier vise à améliorer les prévisions climatiques saisonnières pour permettre l'alerte précoce, à réhabiliter les régions agricoles dégradées, à protéger les écosystèmes naturels, à renforcer les capacités dans le domaine de la prévention et de la gestion des catastrophes naturelles provoquées par les changements climatiques et à sensibiliser les communautés.

Pour marquer la Journée mondiale de l'environnement, le 5 juin, le gouvernement a organisé des activités qui dureront toute la semaine, et notamment le ramassage des ordures et la plantation d'arbres en ville ainsi que dans toutes les provinces, et des corvées de nettoyage dans les zones rurales et urbaines.

Le NBD est le forum national organisé par l'Initiative du bassin du Nil (IBN), un organisme régional. Dans le cadre de ce forum, auquel participent 10 pays se partageant la gestion des ressources du Nil, plusieurs activités ont également été prévues pour marquer cette journée.

« Nous voulons laisser de côté les discours et les ateliers, et nous rendre directement auprès des populations touchées », a expliqué à IRIN Albert Mbonerane, coordinateur national de l'IBN et ancien ministre de l'Environnement.

« Nous nous rendrons dans la province de Muramvya, pour mobiliser les populations en vue de construire des gabions sur les pentes vallonnées, et enrayer ainsi l'érosion des sols », a-t-il poursuivi. « En faisant participer les communautés à des opérations comme celles-ci, visant à freiner l'érosion des sols, nous espérons couvrir l'ensemble du pays en deux ans, et avec un peu de chance, réparer les dommages déjà causés ».

Pour sa part, le Nile Transboundary Environmental Action Project [Programme d'action environnementale transfrontalière du Nil] (NTEAP), se rendra dans la province de Gitega pour entreprendre des activités semblables, destinées à protéger l'environnement et à assurer sa conservation. Le NTEAP est un programme chapeauté par l'IBN.

Au lac Tanganyika

Selon M. Mbonerane, bien que le lac Tanganyika, le plus grand cours d'eau du pays, sur les rives duquel se dresse la capitale, ne fasse pas partie des lacs du bassin du Nil, son état préoccupe le NBD. En effet, la baisse du niveau de ses eaux a eu un effet indirect sur d'autres lacs, plus petits, du pays, qui se situent dans le bassin du Nil.

« Il est évident que le niveau de l'eau du lac Tanganyika baisse d'année en année », a-t-il déclaré.

La baisse du niveau des eaux du lac a mené à une augmentation de l'évaporation, en raison des changements climatiques défavorables, de l'approfondissement du Lukuga, un fleuve situé en République démocratique du Congo (RDC) dans lequel plusieurs marais alimentant le lac ont déversé leurs eaux et de l'absence de structures de protection sur les flancs des collines, qui permet au sol érodé de glisser dans le lac et de le remplir.

La baisse du niveau des eaux a également été causée par la réduction du débit d'eau déversé dans le lac par les rivières. « Auparavant, certaines rivières déversaient leurs eaux dans le lac toute l'année, mais depuis, certaines sont devenues saisonnières, le débit d'eau déversé dans le lac n'est donc pas aussi régulier qu'avant », a déclaré M. Mbonerane.

Les activités agricoles non-réglementées entreprises près des rives du lac ont également contribué au rétrécissement de sa surface, ainsi qu'à la baisse du niveau de l'eau.

« Auparavant, une zone tampon séparait le lac du reste des terres où les activités humaines pouvaient être entreprises ; ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, les terres sont cultivées jusque sur les rives du lac », a-t-il déploré.

Lorsqu'il pleut, tout le sol érodé provenant des terres cultivables environnantes finit dans le lac, ce qui contribue d'autant plus à faire baisser le niveau des eaux.

Des risques annoncés

Dans les années à venir, le problème du manque d'eau pourrait provoquer des guerres dans la région, s'inquiète M. Mbonerane. « Pouvez-vous imaginer un jour sans eau ? C'est pour cette raison que les pays qui ont une influence directe sur le Nil se sont unis pour entreprendre des projets nationaux et transnationaux qui, nous l'espérons, permettront d'éviter les conflits liés aux ressources hydrauliques ».

Chaque fois que l'un des 10 pays - le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la RDC, l'Ethiopie, le Soudan, l'Egypte et l'Erythrée (qui participe en tant qu'observateur) - met en place un projet hydraulique qui touche le Nil, une analyse d'impact est réalisée et chaque pays est consulté.

Le projet Kagera, par exemple, concerne l'utilisation des ressources hydrauliques du fleuve Kagera, en Tanzanie. Le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie participent au projet, puisqu'ils se partagent les ressources de ce fleuve.

Au Burundi, cinq lacs - les lacs Cohoha, Rweru, Rwihinda, Kanzigire et Gacamirinda - se situent dans le bassin du Nil ; la plupart d'entre eux se trouvent dans la province de Kirundo, dans le nord.

« Tous ces lacs ont un gros problème », a expliqué M. Mbonerane. « Au cours des quelque 10 dernières années, la région a connu la sécheresse et une désertification croissante qui ont amené la population à devoir cultiver des terres plus proches des lacs pour avoir de l'eau. Cela a provoqué une réduction considérable de la surface des lacs ».

Le lac Cohoha apparaît dans le documentaire de M. Sabushimike. Il s'agit du plus grand lac, et du plus menacé par les changements climatiques.

« Aucune rivière ne se jette plus dans ces lacs ; leurs eaux proviennent au contraire de sources souterraines », a expliqué M. Mbonerane. « L'évaporation et la culture des terres qui entourent ces lacs ont mis en péril la biodiversité de la région. Au lac Cohoha, la destruction a même provoqué une diminution considérable du nombre d'oiseaux qui peuplaient auparavant les diverses îles du lac ».

La sensibilisation des populations à la conservation de l'environnement et à l'importance du développement durable est la seule solution, si l'on veut réparer les conséquences des changements climatiques au Burundi, a estimé M. Mbonerane.

« A l'échelle nationale, la sensibilisation de la population est le principal objectif pour l'instant », a-t-il ajouté. « Cela nous aidera à mettre en place un développement socio-économique durable ».