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Burundi: Aperçu des besoins humanitaires 2019

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BESOINS HUMANITAIRES ET CHIFFRES CLES

Malgré une amélioration sensible de la situation humanitaire au Burundi, un peu plus de 1,9 million de personnes sont affectées par les aléas climatiques, l'insécurité alimentaire, la malnutrition, le contexte socio-économique peu favorable ou encore par l'accès limité aux biens et services de base. Parmi elles, 1,77 million de personnes ont besoin d'assistance humanitaire, soit deux fois moins qu'en 2018. Cette diminution est notamment attribuée aux saisons agricoles 2017-2018 plus performantes que les années précédentes, à l'absence de toute forme d'épidémie pendant presque toute l'année 20181, à la diminution des incidents sécuritaires enregistrés dans le pays ainsi qu'à une timide, mais encore insuffisante, reprise de l'économie. Ces facteurs ont entre autres pu contribuer au retour de plus de 55 000 réfugiés burundais majoritairement en provenance de la Tanzanie ainsi qu'à la diminution de plus de 20% du nombre de personnes déplacées internes au cours des 12 derniers mois. La situation reste néanmoins fragile. En 2019, des facteurs climatiques tels que le phénomène El-Niño, des conditions socio-économiques défavorables ou des risques d'épidémies telles que le choléra et le paludisme pourraient contribuer à une accentuation de la vulnérabilité des populations.

1. Les mouvements de populations y compris le rapatriement volontaire des réfugiés burundais fragilisent la résilience des communautés qui les accueillent

Les communautés burundaises accueillent près de trois-quarts des ménages déplacés internes et plus d'un tiers des ménages rapatriés. La présence de 151 000 personnes déplacées internes ainsi que de plus de 55 000 rapatriés volontaires exacerbe la pression sur les maigres ressources disponibles au sein des communautés d'accueil et occasionne notamment des conflits fonciers.

Entre octobre 2017 et octobre 2018, le nombre de personnes déplacées internes est passé de 188 000 à 151 000 personnes. Leur accès aux biens et services essentiels, tels que l'eau potable, l'éducation ou les ressources alimentaires - souvent dépendantes des sources de revenuss - reste toujours très limité.

D'autre part, le processus de rapatriement volontaire des réfugiés burundais en cours depuis septembre 2017, principalement vers les provinces est du Burundi, frontalières avec la Tanzanie, telles que Ruyigi, Muyinga, Cankuzo, met en évidence l'extrême fragilité des ménages rapatriés burundais mais aussi celle des communautés dans les zones de retour. Outre les conflits fonciers engendrés par de longs mois d'absence, les rapatriés éprouvent des difficultés pour retrouver leur logement. Par ailleurs, l'assistance qu'ils reçoivent des partenaires humanitaires peut créer des convoitises et ils se voient parfois dans l'obligation de la partager ou de s'en séparer. Les faibles moyens de subsistance des personnes en déplacement, en situation de retour récent et des communautés d'accueil, les longues distances ou encore l'absence de documents d'état-civil sont quelques-uns des obstacles à l'accès équitable aux différents biens et services.

2. Les aléas climatiques fragilisent les ménages les plus vulnérables

En 2018, près de 100 0002 personnes ont été affectées par les aléas climatiques, principalement dans les provinces de Rutana, Ngozi, Cankuzo, Muyinga, Bururi, Bujumbura Rural, Ruyigi et Rumonge. Entre janvier et octobre, 4 600 habitations ont été endommagées ou complètement détruites, des centaines d'hectares de culture ont été inondés, 216 salles de classe ont été endommagées, affectant plus de 5 000 élèves dont la scolarité a dû être interrompue durant deux semaines3 . En plus de leurs habitations, ces ménages ont souvent perdu leurs sources de revenus, le matériel scolaire des enfants, leurs articles ménagers essentiels et documents d'état civil. Tout comme les ménages en déplacement, les familles affectées par les catastrophes naturelles cherchent refuge chez leurs voisins. Par manque de place, elles sont bien souvent séparées la nuit, les parents dormant dans une maison et les enfants dans une autre. Dans ce cas de figure, ces derniers sont fortement exposés à des risques de protection, y compris de violences basées sur le genre (VBG).

Le Burundi, comme bien d'autres pays, est de plus en plus affecté par les effets du changement climatique. Au-delà des pertes matérielles et de l'impact psychologique sur les personnes affectées, les aléas climatiques exacerbent les risques d'épidémies, d'insécurité alimentaire et de malnutrition aiguë. En 2016 et 2017, le phénomène El-Niño a fortement contribué à l'apparition d'une épidémie de paludisme qui a provoqué le décès de plus de 7 000 personnes et engendré l'insécurité alimentaire sévère de 2,6 millions de burundais. Selon les prévisions de l'Organisation Météorologique Mondiale, la probabilité qu'un épisode El-Niño se développe d'ici à février 2019 est de 75 à 80%4 . Même si celui-ci ne devrait pas être de forte intensité, ses effets pourraient compromettre les améliorations enregistrées en 2018.

3. L'insécurité alimentaire et la malnutrition

Grâce aux saisons agricoles 2017-2018 relativement bonnes, même si toujours déficitaires5 , le nombre de personnes en insécurité alimentaire a reculé de plus de 30% par rapport à l'an dernier, passant de 2,6 à 1,72 million de personnes. Celles-ci éprouvent des difficultés à couvrir leurs besoins alimentaires sans épuiser leurs avoirs relatifs aux moyens d'existence, conduisant ainsi à des déficits de consommation alimentaire. En juillet 2018, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) indiquait que près de 15% des ménages avaient recours à des stratégies de crise et environ 5% avaient adopté des stratégies d'urgence pour couvrir leurs besoins alimentaires.

La sécurité alimentaire des ménages, qui repose essentiellement sur une agriculture de subsistance à laquelle participe 90% de la population burundaise, est extrêmement fragile. Les cultures sont en effet hautement vulnérables aux aléas climatiques, aux maladies phitosanitaires et aux éléments ravageurs, tels que les chenilles légionnaires d'automne. C'est ainsi que 16% de la population burundaise est toujours en phase 3 et 4 de l'IPC6 , et ce, principalement dans les provinces du nord-est et de l'est du pays. Les plus vulnérables sont les personnes déplacées internes, les rapatriés (malgré une assistance alimentaire de trois mois, fournie à leur retour par le PAM), les victimes des aléas climatiques, les communautés hôtes et les personnes n'ayant pas accès à la terre ainsi que les ménages dirigés par des femmes ou des personnes âgées.

Les conclusions préliminaires d'une étude réalisée par le PAM7 indiquent que les ménages dirigés par des femmes sont plus susceptibles d'être en insécurité alimentaire que ceux dirigés par des hommes. Malgré leur rôle primordial dans la sécurité alimentaire du ménage, notamment par leur travail quotidien et la préparation des repas, les femmes sont désavantagées du fait des normes socioculturelles et du faible accès à l'information, à la terre et aux revenus.

Il est prouvé que les femmes chefs de ménage sont désavantagées à bien des niveaux, que ce soit pour l'accès à la terre, au bétail et à d'autres actifs productifs, aux soins de santé, aux marchés et autres services, résultant d'un accès limité à l'information et à des normes sociales ou juridiques qui les privent de droits ou rabaissent leur statut.

De même que les femmes, les personnes âgées de 60 ans et plus sont davantage exposées à l'insécurité alimentaire en raison de leur incapacité à participer aux activités agricoles. Le fardeau de la maladie ou de l'invalidité affecte de manière disproportionnée les ménages dirigés par des personnes âgées. Par conséquent, la consommation d'aliments riches en nutriments est proportionnellement en défaveur des membres des ménages dirigés par une femme ou une personne âgée, les exposant ainsi sensiblement aux risques de carences nutritionnelles multiples, aux maladies, aux décès ainsi qu'aux coûts médicaux élevés.

Quant à la malnutrition, elle est particulièrement présente sous sa forme chronique avec le taux le plus élevé au monde et bien au-dessus de seuil d'urgence de 40%. Considérée comme un problème de santé publique sérieux selon les standards de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la malnutrition chronique affecte 56% des enfants de moins de cinq ans, soit près de 6 enfants sur 108 .

L'enquête SMART publiée en mars 2018 indique une prévalence acceptable de la malnutrition aiguë globale (MAG), avec un taux de 4,5% au niveau national. Cependant, les enfants de 6 à 23 mois, et en particulier les garçons, sont davantage affectés par la malnutrition aiguë avec des taux proches des seuils critiques et d'urgence de 9% pour la MAG et de 1,8% pour la malnutrition aiguë sévère (MAS). De plus, le nombre de nouveaux cas de malnutrition aiguë admis dans les centres de prise en charge a presque doublé entre 2015 et 2018. Cette augmentation des admissions ne renseigne pas sur une éventuelle dégradation de la malnutrition aiguë mais elle interpelle les partenaires du secteur nutrition. De plus, les enquêtes de routine montrent des écarts importants entre filles et garçons. En comparant les trois premiers trimestres de 2017 et 2018 on constate que l'augmentation des admissions est de 15% chez les filles contre 8% seulement chez les garçons alors que ces derniers sont les plus affectés.

Les causes de la malnutrition au Burundi sont multiples et multidimensionnelles. Les principales étant : la pauvreté, la prévalence élevée des maladies infectieuses, les pratiques alimentaires inappropriées, la faible diversification alimentaire, la densité élevée de la population, les naissances trop rapprochées, l'insécurité alimentaire des ménages, le faible niveau d'éducation des mères ainsi que les conditions d'assainissement et d'hygiène insuffisantes.

4. Le Burundi accueille des milliers de réfugiés, principalement congolais

A ce jour, le Burundi accueille plus de 76 500 réfugiés et demandeurs d'asile majoritairement des congolais ayant fui les violences dans les provinces du Sud et du Nord-Kivu (respectivement 88% et 8%) de la République Démocratique du Congo (RDC). Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), ce nombre pourrait s'élever à plus de 90 000 personnes en 2019, compte tenu des violences persistantes dans la pays voisin et de l'instabilité politique à l'horizon de l'élection présidentielle prévue à la fin de l'année 2018. Alors qu'ils sont en moyenne 600 par mois à franchir la frontière du Burundi, les réfugiés peuvent également affluer massivement, de manière ponctuelle, suite à un événement déclencheur. Fin janvier 2018, le HCR avait ainsi enregistré une arrivée de plus de 8 000 réfugiés congolais en l'espace d'une semaine, suite aux violences armées dans le territoire de Fizi au Sud-Kivu.

Sur les 76 500 réfugiés congolais au Burundi, 21% sont des personnes à besoins spécifiques, telles que les enfants et femmes à risque, les survivants aux violences, les personnes âgées et les personnes en situation d'handicap. Parmi eux, 2 700 enfants présentent des risques de protection, notamment parce qu'ils sont non-accompagnés ou séparés. Quant aux femmes, 1 650 sont chefs de ménage sur 1 900 familles monoparentales, 950 souffrent de maladies chroniques et 1 450 présentent un risque de protection.

Cet afflux constant, ponctuellement massif et difficilement prévisible, couplé au manque de financement, a des conséquences sur l'assistance accordée aux réfugiés. En 2018, le HCR a par exemple été contraint de diminuer de 120 à 80 kg la quantité de briquettes écologiques utilisées pour la cuisson des aliments, voire d'être, par manque de moyens, dans l'incapacité d'en distribuer. Ce défaut au niveau de l'assistance expose les réfugiés à des risques de protection et a des impacts négatifs sur l'environnement. Sans ces briquettes, les femmes et les filles, traditionnellement en charge de la collecte de bois de chauffe, s'exposent à des risques de violences basées sur le genre. Par ailleurs, l'impact environnemental des millions de ménages burundais et des milliers de réfugiés qui utilisent le bois de chauffe est important : les fôrets naturelles qui couvraient 30 à 50% du territoire burundais par le passé ont diminué de telle sorte qu'il n'en reste actuellement qu'environ 6,6%.

La situation nutritionnelle des réfugiés est caractérisée par un taux de malnutrition chronique qui s'élève à 53%, légèrement inférieur à la moyenne nationale11. La prévalence de la malnutrition aiguë globale est quant à elle de 2,4%, avec une malnutrition aiguë sévère de 0,4%. En outre, l'anémie affecte 14% des enfants de 6-59 mois et 9,4% des femmes en âge de procréer. Ce constat s'explique en partie par le retrait de la super céréale, la réduction de la ration nutritionnelle de 2 100 kcal à 1 900 kcal par jour ainsi que la suppression du cash dans l'assistance alimentaire fournie par le PAM, faute de financement.

L'éducation des enfants réfugiés demeure un défi majeur. Bien que 90% des enfants en âge scolaire soient scolarisés dans les camps de réfugiés, les effectifs en classe sont très élevés avec plus de 80 élèves. Par ailleurs, ce nombre est bien souvent réhaussé par l'intégration constante des nouveaux arrivants. En milieu urbain, les enfants réfugiés rencontrent également des problèmes d'intégration dans le système scolaire burundais en raison de la langue d'enseignement (Kirundi) qu'ils ne maîtrisent pas. Les jeunes filles sont particulièrement touchées par la déscolarisation (moins de 30% des filles refugiées fréquentent l'école secondaire). Non-scolarisées, elles sont davantage exposées à des risques de protection, que ce soit les violences basées sur le genre, la traite d'êtres humains ou les grossesses précoces.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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