Bulletin quotidien d'information No. 889 pour la région des Grands Lacs

Report
from The New Humanitarian
Published on 24 Mar 2000
NATIONS UNIES
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RWANDA: Le vice-président assure l'intérim

Après la démission, jeudi, du président hutu Pasteur Bizimungu, la direction du pays est temporairement assumée par le vice-président, Paul Kagame, en attendant la nomination d'un président par intérim, a indiqué vendredi à IRIN le juge en chef du Rwanda, Simeon Rwagasore. Il a souligné que M. Kagame agissait en sa capacité de vice-président et n'était pas le nouveau président du pays, comme certains médias l'avaient annoncé. M. Rwagasore a expliqué qu'un président par intérim serait nommé prochainement, et que le processus d'élection du nouveau président permanent serait probablement achevé en un mois. Le Front Patriotique Rwandais présentera deux noms et le président sera choisi conjointement par le gouvernement et l'Assemblée Nationale. La Cour Suprême se réunira pour mettre le processus en marche et régler les aspects juridiques de la succession, a précisé M. Rwagasore.

Le bureau politique du FPR a commencé à se réunir vendredi pour décider des deux désignations pour la candidature à la présidence, conformément à l'Accord d'Arusha de 1993. Ces noms seront ensuite présentés à une session conjointe du parlement et du gouvernement o=F9 ils seront départagés par un vote à bulletin secret. Selon Charles Onyango-Obbo, rédacteur en chef du quotidien ougandais indépendant 'The Monitor' et analyste régional, M. Kagame "qui détient la réalité du pouvoir au Rwanda" est en très bonne position pour reprendre la présidence. "A ce stade, vous ne pouvez écarter la possibilité que M. Kagame devienne président parce qu'il n'y a aucun candidat hutu crédible au sein du FPR pour remplacer M. Bizimungu", selon lui.

RWANDA: Le gouvernement ougandais est prêt à "aider"

Le gouvernement ougandais s'est déclaré prêt à apporter son aide dans les développements politiques en cours en Rwanda. "J'espère que le FPR réglera ses différends à l'amiable", a déclaré le ministre d'Etat ougandais aux affaires étrangères, cité par le quotidien semiofficiel 'New Vision'. "Si l'Ouganda est approché, nous serons prêts à aider. Ce sont nos camarades." L'Ouganda était le principal soutien du FPR pendant les quatre années de guerre qui ont porté le mouvement au pouvoir, après le génocide de 1994.

Selon un officier supérieur ougandais, le président de RDC, Laurent-Désiré Kabila, pourrait essayer de tirer parti des événements au Rwanda "pour mener des manouvres sur le terrain". "Pour éviter tout revers, nous allons déployer de nouvelles troupes en RDC", a-t-il expliqué vendredi à IRIN. L'Ouganda et le Rwanda soutiennent les groupes rebelles rivaux qui luttent contre le gouvernement congolais.

RWANDA: La RDC dénonce "l'émergence d'un gouvernement autocratique"

Le gouvernement de RDC a quant à lui dénoncé "l'émergence d'un gouvernement autocratique et monoethnique dans la région des Grands Lacs". "Le fait d'avoir été victime du génocide est utilisé comme une autorisation à commettre toutes sortes d'atrocités, et je pense que c'est précisément ce qui a motivé la démission de Pasteur Bizimungu", a déclaré le ministre congolais aux droits de l'homme, Leonard She Okitundu, cité jeudi par la télévision de RDC.

OUGANDA: Il n'y a pas de vainqueur dans la guerre en RDC, selon Museveni

Le président ougandais Yoweri Museveni a déclaré mercredi aux journalistes à Kampala qu'aucune des parties impliquées dans le conflit en RDC ne sortirait vainqueur. "Personne ne peut gagner cette guerre au Congo par des moyens militaires et apporter une solution", aurait-il déclaré, selon le quotidien semiofficiel 'New Vision'. "La solution est de résoudre les questions politiques au Congo et de prendre en compte les préoccupations de ses voisins", a-t-il dit. M. Museveni a répété l'engagement de son pays en faveur de l'Accord de Paix de Lusaka, et a ajouté que l'Ouganda n'avait ouvert aucunes hostilités depuis la signature de l'accord en juillet dernier. "Si d'autres ont commencé [des combats], ce sera à la Commission Militaire Mixte (CMM) et au Comité Politique de s'en occuper", a-t-il dit. "Le processus de paix au Congo finira par triompher parce qu'il n'y a pas d'autre voie".

OUGANDA: Museveni n'est pas d'accord avec les donateurs pour la RDC

Parallèlement, M. Museveni a marqué son désaccord avec les donateurs pour ce qui concerne l'implication de son pays en RDC. Selon le quotidien indépendant 'Monitor', le désaccord a été provoqué par un communiqué de l'UE qui déclarait que l'implication de l'Ouganda en RDC était "le problème le plus pressant" pour Kampala. M. Museveni a exprimé son désaccord et rétorqué que les donateurs imposaient des politiques qui ne sont pas dans l'intérêt de l'Ouganda.

"Je pense que l'Ouganda devrait collecter suffisamment d'impôts pour résoudre nos problèmes de façon à ce que nous n'ayons plus besoin de mendier", a-t-il déclaré aux donateurs lors de la réunion de cinq jours du Groupe Consultatif (GC), à Kampala cette semaine. "Vous ne pouvez en aucun cas lier notre pauvreté à notre implication au Congo... en fait, notre implication au Congo fait partie de l'éradication de la pauvreté", a-t-il dit. Cependant, selon le 'Monitor', il a promis aux donateurs que l'Ouganda respecterait le budget de 177 milliards de shillings ougandais pour la défense, tout en notant toutefois que les dépenses pour la défense "sont difficile à prévoir ". "Les rebelles n'attendent pas le prochain discours sur le budget ou le prochain GC", a-t-il dit.

RDC: Situation humanitaire désespérée à Ituri

La situation des populations dans certaines parties du district d'Ituri, au nord-est du pays, o=F9 éclatent des affrontements sporadiques mais graves entre Hemas et Lendus, est "proche de la catastrophe", selon le personnel humanitaire opérant au nord-est du pays. Les organisations de secours, qui n'ont pas accès à plusieurs parties de l'Ituri depuis ces derniers mois à cause du conflit entre Hemas et Lendus, ont noté pendant une évaluation menée du 15 au 19 mars, qu'une "nombre très important de personnes" sont déjà mortes, et de nombreuses autres mourront dans les prochains jours, du fait de la suspension forcée de l'aide humanitaire. Les affrontements eux-mêmes ont fait entre 4 000 et 7 000 morts et obligé quelque 150 000 personnes à se déplacer.

La situation est particulièrement mauvaise à Fataki et Rethy, o=F9 les personnes vulnérables identifiées sont "probablement le groupe le plus exposé accessible pour le moment" dans l'est de la RDC, ont indiqué à IRIN des sources humanitaires. Plus de 3 000 déplacés se trouvent dans trois sites différents à Fataki et des signes de malnutrition sont évidents chez presque tout le monde; un petit pot de feuille est tout ce qu'une famille de six peut espérer manger pendant deux ou trois jours, selon les sources. Les signes de malnutrition sont aussi évidents à Rethy, o=F9 ils s'accompagnent de graves problèmes d'hygiène et de maladies de peau, ainsi qu'un manque d'eau potable. Dans toute la région, on note une augmentation de l'incidence de la malaria, de la rougeole, des infections respiratoires et de la peste. Pourtant, il est "hautement probable que d'autres régions du district d'Ituri connaissent les mêmes besoins", en particulier parmi les personnes déplacées qui se terrent dans les forêts. La communauté humanitaire est en train de mobiliser des ressources, en priorité des médicaments essentiels, du lait thérapeutique, de la nourriture, des métrages de plastique, et de négocier un meilleur accès aux zones dans le besoin.

[Le dossier spécial IRIN sur les affrontements d'Ituri est disponible sur le site internet: http://www.reliefweb.int/IRIN/cea/countrystories/RDC/20000303.htm]

RDC: L'ONU déplore la reprise des hostilités

Le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la RDC, Kamel Morjane, a déploré les récentes hostilités en RDC, et notamment au Kasai, les qualifiant de "violation inquiétante du cessez-le-feu conclu le 1er mars". Les actions militaires sont inacceptables et contreviennent à l'esprit et à la lettre de l'accord de Lusaka "reconfirmé si récemment", a déclaré M. Morjane dans un communiqué. Elles portent également un coup aux efforts de l'ONU pour déployer des troupes et risquent d'aggraver les problèmes humanitaires qui prévalent dans le pays, a-t-il ajouté.

Parallèlement, l'OUA a déclaré que "la reprise du conflit armé" en RDC est une menace pour toute la région des Grands Lacs, et l'OUA est profondément préoccupée de ce développement, indique un communiqué publié jeudi par l'Algérie, qui assume actuellement la présidence de l'OUA. L'OUA réitère son appel aux belligérants de faire montre de davantage de prudence, de respecter le cessez-le-feu, et de coopérer avec l'ONU et la Commission Militaire Mixte (CMM) chargée de la mise en application de l'accord de paix de Lusaka.

RDC: Masire affirme que Kinshasa l'empêche d'accomplir sa mission

Le facilitateur du dialogue inter-congolais proposé dans l'accord de Lusaka, l'ancien président du Botswana Ketumile Masire, a déclaré jeudi que le refus du gouvernement de Kinshasa de le laisser se rendre dans les régions tenues par les rebelles était une "tentative claire d'entraver ses efforts pour amener la paix". Selon un communiqué de M. Masire, le gouvernement a également essayé, sans succès, de l'empêcher d'entrer dans le pays à Kinshasa. Le ministre congolais des affaires étrangères, Yerodia Ndombasi, a défendu l'action du gouvernement, en expliquant que M. Masire l'avait informer de son plan de voyage trop tardivement. Bien que son mandat garantisse à M. Masire, en tant que facilitateur du dialogue proposé nommé par l'OUA, la liberté de mouvement dans l'ensemble des régions contrôlées par le gouvernement et par les rebelles, M. Ndombasi a déclaré qu'il était inadmissible que M. Masire détermine son itinéraire en RDC sans consulter le gouvernement.

RDC: Le dialogue proposé est "miné"

Contrairement aux dispositions de Lusaka, le président Laurent-Désiré Kabila a lancé un débat national "sur les seules questions de son choix, et non le "dialogue national" prévu par les accords", indique dans son dernier rapport le Rapporteur Spécial des Nations Unies pour les droits de l'homme en RDC, Roberto Garreton. Alors que l'accord de paix prévoyait la participation de délégués des groupes d'opinion, des partis politiques congolais, des organisations civiles et des groupes rebelles, M. Garreton a été informé par M. Kabila que le débat national suffirait. Parallèlement, le ministre des affaires étrangères Ndombasi a déclaré, "en totale contradiction avec Lusaka", qu'il n'y aurait pas de dialogue tant que les partis politiques, les ONG et les rebelles ne seraient pas tombés d'accord, précise M. Garreton. Il ajoute que gouvernement et rebelles sont opposés à toute forme d'organisation civile ou politique indépendante, y compris les ONG, et que les aspects politiques de Lusaka n'ont pas plus progressé que les aspects militaire.

RDC: Annan réitère son appel concernant les enfant soldats

Un processus de désarmement, démobilisation et réintégration dans la société des forces armées en situations de conflit est essentiel au succès de tout accord de paix, a déclaré jeudi le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il a également déclaré que les Nations Unies devaient "bâtir sur leur rôle actuel en renforçant son attention particulière pour les besoins des enfant soldats", comme l'organisation l'a fait en incluant des conseillers en protection des enfants dans la dernière extension de la MONUC. Au cours du débat du Conseil de Sécurité, le délégué égyptien Ahmed About Gheit a souligné qu'un processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) nécessitait l'accord des parties impliquées dans le conflit, mais que les groupes armés qui ne sont pas parties à l'accord de Lusaka sont une source de déstabilisation dans l'est de la RDC. Aucune opération de maintien de la paix se serait complète sans "un vaste programme pour désarmer ces groupes", a-t-il ajouté.

BURUNDI: L'UPRONA met en doute la sincérité du FDD

Le parti au pouvoir, UPRONA, a exprimé des doutes, mercredi, quant à la promesse faite récemment par le dirigeant du mouvement rebelle Forces pour la défense de la démocratie (FDD), Jean-Bosco Njourikengurukiye, selon laquelle son parti se joindrait au processus de paix en cours à Arusha. Selon un communiqué de l'UPRONA, diffusé à la radio burundaise, ce n'est pas la première fois que M. Njourikengurukiye fait une telle promesse. "L'important n'est pas de faire des promesses mais de les tenir", a déclaré l'UPRONA, pour qui les conditions préalables posées par le FDD montrent clairement qu'il "cherche des prétextes pour ne pas être à la table de négociations". M. Njourikengurukiye avait demandé le démantèlement des camps de regroupement au Burundi et la libération des "prisonniers politiques".

TANZANIE: Baisse significative du nombre d'arrivées de réfugiés

Le nombre de nouvelles arrivées de réfugiés à l'ouest de la Tanzanie connaît "une diminution significative", a confirmé à IRIN un responsable du HCR. Selon lui, les derniers chiffres montrent qu'en date du 15 mars, la population au camp de Karago avait atteint 43 460, soit un peu plus qu'en février, o=F9 elle était de 41 172. "Quelque 2 288 réfugiés ont été reçu au camp pendant cette période et ceci est assez peu, comparé aux chiffres de décembre et de janvier", a-t-il dit. "Mais nous continuons à surveiller la situation". Des réfugiés, cités par le quotidien tanzanien 'Guardian', ont déclaré que le nombre de nouvelles arrivées avait baissé "parce que ceux qui voulaient fuir ont déjà fui et ceux qui sont restés dans les zones troublées ne fuient que lorsqu'il y a de l'agitation ou quand ils perçoivent un danger". Ils disent également qu'il n'y a pas beaucoup de combats entre le gouvernement et les groupes rebelles au Burundi voisin.

Nairobi, le24 mars 2000

[FIN]

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