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Appui aux programmes nutritionnels des populations retournées de la région des Grands Lacs

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Lieu de l'opération: AFRIQUE
Montant de la décision: 1.000.000 EUR
Numéro de référence de la décision: ECHO/-AF/BUD/2006/01000

Exposé des motifs

1 - Justification, besoins et population cible :

1.1. - Justification :

La maladie du manioc (« Cassava Mosaic Disease Pandemic ») : un virus de la mosaïque de plus en plus virulent dans la région des Grands Lacs (République démocratique du Congo, Rwanda, Burundi et Ouganda).

Le manioc, en tant que culture de subsistance des populations, est vital pour la sécurité alimentaire ainsi que pour la création de revenus. Il est à la fois aliment de base et source de calories, faisant partie du menu quotidien des familles (classe moyenne et populations les plus vulnérables réunies). Ses feuilles représentent également le légume le plus consommé. Le manioc a pour avantage de pousser facilement, y compris dans des sols réputés infertiles et secs, et nécessite peu d'entretien.

Il est cependant aujourd'hui menacé par une forme virulente du virus de la mosaïque qui est apparue ces dernières années en Afrique. La maladie est due à un virus propagé par un insecte vecteur, la mouche du tabac (Bemisia tabaci) ainsi que par les boutures contaminées utilisées par les agriculteurs. L'épidémie, originaire du district de Luwero au nord de l'Ouganda, s'est propagée dans tout le reste du pays. La production s'est alors vue chuter de 3,5 millions à 0,5 million de tonnes en l'espace de quelques années. Le virus pouvant progresser de plus de 30km par an, s'est répandu à l'est de la RDC ainsi qu'au Rwanda en 1998 et touche depuis 2005 les zones de retour principales des refugiés Congolais au Sud Kivu. En 2001, c'est le Burundi qui faisait à son tour état de la maladie. Depuis lors, la contamination associée à des facteurs climatiques déplorables qui touchent également d'autres cultures de manière dramatique, a réduit considérablement la production totale de la région. Les agriculteurs continuent à planter des boutures malades, puis finissent par abandonner leurs cultures.

La mosaïque du manioc ravage ainsi la région des Grands Lacs et apparaît comme une menace pour la sécurité alimentaire, pouvant conduire à des famines localisées. Dans le cas de la RDC, la quasi-totalité des provinces sont touchées et la production baisse irrémédiablement. Les plants malades ne donnant plus de tubercules, la famine tend à s'installer dans certaines régions et, de manière plus générale, la sécurité alimentaire se fragilise. Là où les champs produisent encore, la récolte se fait de plus en plus précocement pour éviter les pillages répandus. En parallèle, certains produits dérivés des tubercules sont rapidement en rupture de stock sur les marchés urbains et ruraux. Les prix augmentent considérablement en conséquence, forçant ainsi les populations vulnérables à réduire la consommation de ce qui représente leur principale source de calories.

Le virus de la mosaïque est donc une réelle menace pour un produit de base primordial. Lorsqu'il est associé avec un phénomène d'insécurité, de frontières poreuses et d'afflux soudain de populations, il peut devenir une cause sérieuse de famine à venir.

Le contexte actuel : conflits, désastres naturels et solutions inadaptées

Des progrès politiques significatifs ont été enregistrés dans la région des Grands Lacs. La crise alimentaire liée à la maladie du manioc apparaît donc d'autant plus forte que les dernières avancées démocratiques encouragent le retour des réfugiés et des déplacés internes. En parallèle, des groupes rebelles armés menacent encore la stabilité de certaines régions. Les violences perpétrées sur les populations civiles rendent difficile le rétablissement de l'autosuffisance alimentaire par la dangerosité de l'accès aux champs. La mosaïque du manioc ne fait alors qu'exacerber la situation, aggravant plus encore le problème de dépendance à l'aide alimentaire.

Jusqu'à présent, des réponses à cette maladie du manioc ont été données. Un clone résistant à la lignée ougandaise fut mis au point à partir d'un parent femelle local et d'un parent mâle amélioré. La nouvelle variété de manioc créée donne des rendements de 24 tonnes par hectare. Elle possède un faible potentiel cyanogénétique et offre une bonne résistance à la bactériose et à l'acarien vert du manioc. Depuis, d'autres nouvelles variétés résistantes ont été mises en circulation. Des boutures de manioc furent cultivées dans certains districts ougandais donnant des rendements entre 100 et 300% supérieurs aux rendements obtenus avec les variétés locales. Cependant le développement et la sélection de nouvelles variétés qui combinent la résistance au virus de la mosaïque avec un potentiel de rendement plus élevé exigent des ressources financières et du temps.

Par conséquent, les programmes de réintroduction de boutures saines n'ont eu que peu d'effets ; soit les solutions demeurent trop localisées, soit l'expérience n'est pas capitalisée et la coordination fait défaut. Ceci résulte sur un manque d'information, d'analyse et de connaissance au niveau régional, ce qui débouche sur l'impossibilité de produire une réponse adéquate au problème régional de cette pandémie. La majorité des producteurs n'a pas accès aux boutures de manioc en question et continuent donc de répandre l'épidémie par la circulation de boutures contaminées. Si une intervention à grande échelle est soutenue simultanément dans les quatre pays visés, les effets dévastateurs de la mosaïque du manioc ainsi que les dangers d'une possible réinjection du virus sous une autre forme plus virulente pourraient être considérablement réduits, voire éradiqués. Par ailleurs, la plupart des plants résistants de manioc provenant de République démocratique du Congo, l'utilisation d'un programme régional approuvé par l'Union européenne et la FAO réduirait les problèmes politiques qui pourraient être engendrés par le Burundi et le Rwanda.

Ainsi que précédemment souligné, le problème de la mosaïque du manioc augmente le phénomène de dépendance à l'aide alimentaire et aux programmes de nutrition. La plupart de ces projets sont soutenus financièrement par la DG ECHO(1). Ils représentent des montants importants et non soutenables sur le long terme.

L'actuel retour des réfugiés et des déplacés internes peut être perçu comme un facteur d'aggravation potentiel du problème étant donné que des milliers de personnes devraient être amenées à utiliser des plants contaminés, contribuant ainsi à leur multiplication. Néanmoins ces réfugiés et déplacés internes constituent un groupe systématiquement identifié et ciblé par les partenaires en vue de leur fournir assistance. Ils pourraient ainsi représenter un vecteur pour la réintroduction de boutures de manioc indemnes de maladies et pourraient également être utilisé comme un moyen de distribuer les plants résistants.

Au regard des chiffres, le problème est loin d'être insignifiant. Selon l'UNHCR, le nombre de réfugiés dans cette région est de loin le plus important en Afrique. Ainsi, en considérant uniquement les cas majeurs :

Pays d'origine
Pays d'accueil
Nombre
RDC Tanzanie, Burundi, Congo Brazzaville, Zambie
280.000
Burundi Tanzanie
194.000
Rwanda RDC
30.000

Par ailleurs, il y a encore des millions de déplacés internes dans les quatre pays, dont 1,5 million pour la seule RDC.

1.2. - Besoins identifiés :

Appui aux programmes de nutrition :

Actuellement la production du manioc n'est pas en mesure d'être proportionnelle à l'augmentation naturelle de la population combinée avec le retour des réfugiés et des déplacés internes. Le risque de multiplication des poches de famine devient alors important : la FAO estime que 85% de la population des Grands Lacs vit en milieu rural et dépend directement de l'agriculture. La culture du manioc est répandue dans toute la zone. Faisant parti du menu quotidien des populations, il correspond à 50% des calories journalières. Les tubercules sont transformées en une grande variété de granules, pâtes et farines ou consommées fraîches. Les feuilles représentent également un légume vert, à forte teneur en protéine, vitamines A et B. Cependant, la mosaïque réduit la production totale de 15 à 25%. La continuelle présence du virus ne fait qu'affecter plus encore le revenu et la capacité productrice des populations locales. En ce qui concerne les zones encore touchées par les hostilités, les familles n'ont pas accès aux semences indemnes ni aux outils aratoires et le niveau des récoltes est loin d'être suffisant pour nourrir cette population mais aussi pour constituer des stocks nécessaires aux semailles suivantes.

Le rendement efficace et durable de la production de manioc est inhérent à la quantité et à la qualité des boutures. Le manque d'accès aux plants indemnes représente alors une entrave fondamentale. Les systèmes de distribution sont jusqu'à présent inefficaces. Aucun projet stratégique de distribution du matériel au niveau national ou régional n'a été mis en place. De plus, le manque de connaissances et de compétences est à souligner. Les problèmes de fertilité des sols et les nouvelles maladies vont devenir d'autant plus importants si les agriculteurs et les populations concernées ne sont pas techniquement formés.

1.3. - Population cible et régions concernées :

Burundi : Provinces de Cibitoke, Cankuzo, Ruyigi, Kirundo, Muyinga, Karuzi et Makamba 1.500 familles concernées, soit 9.000 personnes (moyenne de 6 personnes par famille)

RDC : Provinces Orientale, Nord Kivu, Sud Kivu, Maniema et Katanga 4.000 familles concernées, soit 24.000 personnes

Rwanda : Régions Sud et Est 1.200 familles concernées, soit 7.200 personnes

Ouganda : Districts de Gulu, Kitgum, Pader, Apach, Kaberamaido, Soroti et Katakwi 2.300 familles concernées, soit 13.800 personnes

Total de 9.000 familles, soit 54.000 bénéficiaires directs. Le nombre de bénéficiaires indirects peut être multiplié par 5, voire par 10 si les activités de multiplication et de distribution sont soutenues après le projet. Les bénéficiaires sont composés de populations dépendantes de cette agriculture de subsistance, des personnes vulnérables et des déplacés et retournés.

1.4. - Evaluation des risques et contraintes éventuelles :

Les contraintes et limites pouvant affecter la mise en œuvre, l'efficacité et la performance de l'aide humanitaire sont essentiellement liées aux problèmes logistiques résultant d'une infrastructure médiocre.

Cependant, le risque le plus évident découle d'une montée d'insécurité qui limiterait l'accès aux zones frontalières où le virus de la mosaïque est le plus virulent et réduirait l'afflux de réfugiés. C'est une des raisons pour laquelle le soutien de ce projet pilote est nécessaire.

Enfin, en cas de recrudescence réelle des conflits, il est à prévoir que le phénomène de retour des réfugiés soit considérablement réduit voire stoppé.

Note

(1) Direction Générale de l'Aide humanitaire - ECHO