Burkina Faso

Stratégie du cluster Abris, Burkina Faso - Version 26 mars 2020

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Ce document est une mise à jour de la stratégie « abris » élaborée en août 2019. Il vise à fournir un cadre général d’intervention pour les acteurs humanitaires impliqués dans le domaine de l’Abri au Burkina Faso. Il sera révisé régulièrement en fonction de l’évolution de la situation et de l’expérience acquise sur le terrain.

1. Contexte

Au Burkina Faso, les besoins humanitaires en abris augmentent rapidement à mesure que les conflits et l’insécurité poussent des milliers de personnes à quitter leurs villages. Certaines familles se sont déplacées à plusieurs reprises et les perspectives de retour immédiat sont faibles. Les conditions de vie des communautés d’accueil s’aggravent avec l’arrivée massive de ces populations.

Le nombre de personnes déplacées internes (PDI) enregistrées a été multiplié par 8 en un an, de 87.000 en début 2019 jusqu’à près de 780.000 (111.428 ménages) en mars 2020. La population déplacée au Burkina Faso est plus importante que celles cumulées du Mali et du Niger. Les régions du Centre-Nord et du Sahel sont les plus affectées. La région du Nord a connu également mais dans une moindre mesure, une hausse conséquente du nombre de PDI enregistrés, suivie par la région de l’Est et de la Boucle de Mouhoun.

Dès le début de la crise, les populations locales ont fait preuve d’une grande solidarité en accueillant la vaste majorité des déplacés auprès de familles hôtes. Cette capacité d’accueil a désormais atteint ses limites et des « sites d’accueil temporaires » (selon la terminologie officielle) sont en train d’être aménagés afin de loger les nouveaux arrivants et ceux qui occupaient des bâtiments publics comme les écoles.

Selon les estimations émises en octobre 2019 pour le Plan de Réponse humanitaire (HRP) 2020, près de 580,000 personnes (ou 82.857 ménages) auront besoin d’une assistance en abris et/ou en AME en 2020. Au sein de cette population, il avait été estimé que près de 350.000 personnes (50.000 ménages) vivront une situation particulièrement critique en termes d’abris/AME, telles les personnes déplacées logeant dans des espaces publics (écoles, églises, mosquées etc.), celles logeant auprès de familles d’accueil particulièrement démunies, à la belle étoile ou dans des logements de fortune.

Ces chiffres paraissent désormais amplement sous-estimés, vu l’aggravation de la situation et les déplacements importants de population depuis lors.

En termes de réponse, seuls 15.280 ménages déplacés (sur plus de 111.000 recensés) ont bénéficié d’une assistance en abris, durant l’année 2019 jusque fin février 2020. En matière d’AME, près de 30.000 ménages ont reçu une assistance sur la même période. Or, les abris et les AME figurent parmi les trois besoins prioritaires mentionnés dans les enquêtes de terrain sur les personnes déplacées. L’arrivée prévue de financements additionnels améliorera le niveau de la réponse humanitaire, pour peu que le nombre de personnes déplacées ne continue pas à augmenter à un tel rythme.

Le manque d’espace pour construire des abris dans certaines communautés d’accueil constitue un défi, notamment dans les centres urbains et les chefs-lieux des communes. Par ailleurs, les maisons et bâtiments surexploités risquent de se dégrader rapidement, amenuisant ainsi les ressources partagées par les populations hôtes et déplacées.

La surpopulation est très fréquente dans les familles d'accueil en raison du nombre élevé de membres de la famille à la base (7 en moyenne) et du fait que, dans de nombreux cas, elles accueillent plusieurs familles en même temps. Il y a également un risque d'augmentation de bidonvilles en milieu urbain et périurbain en raison du manque d'espaces disponibles dans les zones urbanisées.

En 2019, deux sites d’accueil ont été reconnus officiellement (à Barsalogho et à Foubé) et d’autres « sites d’accueil temporaires » ont ouvert depuis lors. Il est probable que le phénomène s’accentue au cours de 2020.

La situation à Kaya et dans d’autres villes du Centre Nord et du Sahel (Ouahigouya, Barsalogho,
Pisilla, Tougouri…), devient particulièrement critique, voire anarchique, avec l’afflux de dizaines de milliers de déplacés qui s’installent dans des zones non loties. En conséquence, le rythme de construction d’habitats dans les périphéries va en s’accélérant. Comme mentionné dans un rapport d’UN-HABITAT, des zones agricoles sont transformées en zones d’habitations par les propriétaires terriens pour les PDIs qui les achètent à des prix de plus en plus élevés. En outre les communes ne sont plus en mesure d’offrir l’accès aux services de base (écoles, centre de santé, accès à l’eau, latrines…). D’après le même rapport, et selon la Direction régionale de l’Urbanisme à Kaya, « la nécessité de disposer d’un schèma de structure à même d’accompagner les installations des PDI s‘impose » et « les orientations du Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme de Kaya se trouvent dépassées au regard de la croissance démographique …».

La promiscuité accrue dans des familles d’accueil ou dans des espaces communs exposent les PDI et les communautés d’accueil à un plus grand risque de contamination, avec les problèmes que cela pose en termes de santé publique. A cet égard, l’épidémie du virus COVID-19 a été déclarée officiellement par le Gouvernement le 10 mars 2020. En date du 23 mars 2020, 114 cas de contamination ont été recensés.