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Sans action immédiate, près de 13 millions de personnes feront face à une catastrophe alimentaire
Oxfam International lance un appel d’aide d’urgence de 37 millions de dollars pour venir en aide à un million de personnes vulnérables dans la région du Sahel en Afrique de l’Ouest et centrale.
- 13 millions de personnes, dont un million d’enfants, doivent faire face à une grave crise alimentaire qui risque de dégénérer en catastrophe humanitaire.
- Depuis 2010 la production agricole a baissée en moyenne de 25 pour cent suite à la sécheresse.
- Les prix des denrées alimentaires sont en moyenne entre 25 et 50 pour cent plus élevés que la moyenne de ces cinq dernières années.
- Les familles les plus vulnérables dépensent près de 80 pour cent de leurs revenus pour leur alimentation.
Au Tchad, Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et au nord du Sénégal les taux de malnutrition oscillent entre 10 et 15 pour cent, et dépassent même le seuil d’urgence de 15 pour cent dans certaines régions. Plus d’un million d’enfants font face à un risque de malnutrition sévère. Une catastrophe humanitaire peut néanmoins encore être évitée en agissant maintenant.
Agir maintenant pour diminuer les coûts
« Des millions de personnes devront bientôt faire face à une crise majeure. Tous les signaux indiquent que la sécheresse évoluera bientôt en catastrophe si rien n’est entrepris. Le monde ne peut rester sans rien faire. Une action d’aide humanitaire concertée est nécessaire pour prévenir la mort de dizaines de milliers de personnes, dont la communauté internationale sera responsable si elle ne se mobilise pas », a déclaré Mamadou Biteye, directeur régional d’Oxfam en Afrique de l’Ouest.
« L’année dernière, nous avons vu la situation se détériorer rapidement en Afrique de l’Est, car la communauté humanitaire n’est pas intervenue à temps. Le pire peut encore être évité et des millions de vies peuvent encore être sauvées si nous agissons maintenant. C’est aussi simple que ça. »
Sécheresse, prix alimentaires élevés et pauvreté endémique
Dans toute la région, les prix des denrées alimentaires sont en moyenne de 25 à 50 pour cent plus élevés que la moyenne de ces cinq dernières années. Les prix pourraient encore augmenter de 25 à 30 pour cent d’ici au pic de la période de soudure (la période entre l’épuisement des stocks alimentaires et le début des nouvelles récoltes) en juillet-août, augmentant le risque de malnutrition sévère pour les familles les plus vulnérables.
Cette période de soudure a démarrée très tôt dans la région de Tillabery dans l’ouest du Niger. Les communautés ont vu leurs stocks alimentaires se réduire tandis que leurs dettes augmentaient. Des familles quittent la campagne pour les villes en quête de nourriture et d’emplois. Selon les chiffres des différents gouvernements, 30.000 enfant ont dû quitter l’école pour suivre leurs parents.
Les récoltes sont moins abondantes suites aux pluies particulièrement imprévisibles au Niger, Tchad, Mauritanie, Mali et Burkina Faso. Les populations ont à peine eu le temps de se remettre de la dernière crise alimentaire de 2010. Ces crises alimentaires dans la région du Sahel sont de plus en plus graves et fréquentes ces dix dernières années.
- En Mauritanie, 700.000 personnes, près d’une famille sur quatre, arrivent difficilement à couvrir leurs besoins alimentaires quotidiens.
- Au Tchad, 3,5 millions de personnes, soit plus de 30 pour cent de la population, sont confrontées à l’insécurité alimentaire.
- Dans certaines parties du Sénégal les populations doivent faire face à une insécurité alimentaire grandissante.
La FAO met en garde
Selon la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, la production agricole dans la région est de 25 pour cent inférieure à celle de 2010. La récolte de céréales est en baisse de 1,4 million de tonnes (tonnes métriques) pour les six pays du Sahel. Le pays le plus touché, la Mauritanie, a connu une baisse de 52 pour cent de sa production céréalière, tandis qu’au Tchad et au Niger celle-ci a baissée respectivement de 50 et 27 pour cent. Bien que les récoltes aient été bonnes dans les pays voisins exportateurs que sont le Bénin, le Nigeria et le Ghana, il est peu probable que les surplus soient suffisants pour couvrir les besoins alimentaires dans le Sahel. La sécurité, l’incapacité des commerçants à pouvoir poursuivre leurs activités et l’introduction de barrières au commerce dans plusieurs pays rendent également plus difficile la circulation des denrées alimentaires.
L’aide alimentaire achetée localement est actuellement de 15 à 20 pour cent moins chère que sur les marchés internationaux mais, compte tenu des prix élevés et de l’incertitude quant à l’approvisionnement, acheminer de la nourriture sera bien plus coûteux que lors de la crise alimentaire de 2010.
Le conflit dans la nord du Mali a jeté 160.000 personnes sur les routes. Plus de la moitié d’entre-elles ont passé la frontière avec le Burkina Faso, le Niger ou la Mauritanie. Les violences au Nigeria ont également provoqué une diminution importante des volumes de céréales exportés vers le Niger et le Tchad.
Des moyens financiers sont nécessaires
Les prochaines récoltes n’étant pas attendues avant octobre, une action humanitaire concertée est indispensable. Les Nations Unies ont estimé les besoins actuels à 724 millions de dollars. Ce montant pourrait encore augmenter à mesure que la crise progresse. Bien que certains pays riches aient commencé a effectuer des dons, en particulier l’Union européenne dont l’aide a été rapide et généreuse, plus de la moitié de cette somme doit encore être trouvée.
Oxfam estime ses besoins à 37 millions de dollars pour pouvoir venir en aide à 1 million de personnes dans le Sahel en fournissant de l’argent, de la nourriture et de l’eau, en en mettant en œuvre des programmes sanitaires, d’assistance au bétail et des campagnes de promotion de l’hygiène. Faites un don
Pour plus d’informations :
- Thierry Kesteloot, responsable du plaidoyer Souveraineté alimentaire : 0475 54 37 23 – tke(at)oxfamsol.be
- Eric Sommerhausen, gestionnaire de programme Afrique de l’Ouest : 0495 83 61 15 – eso(at)oxfamsol.be