Programme d’urgence pour le Sahel (PUS-BF) : Des Progrès importants malgré un contexte difficile

Report
from Government of Burkina Faso
Published on 02 Jan 2019 View Original

Le Chef du Gouvernement burkinabè Paul Kaba Thiéba, était l’invité du Journal Le Mouvement. Au menu des Echanges, le Programme d’Urgence pour le Sahel (PUS-BF), cet ambitieux programme mis en œuvre pour apporter une réponse structurelle au terrorisme et à l’insécurité qui sévissent dans les Régions du Sahel et du Nord. Pour le Premier ministre, malgré un contexte national difficile, le PUS a permis des réalisations majeures pour ces deux régions.

Depuis plus de deux ans, le PUS-BF est mis en œuvre. Quelles sont les raisons qui ont motivé la création de ce projet ?

PKT : Face à la montée de l’extrémisme violent et les attaques criminels surtout dans la zone du Sahel, le Gouvernement se devait de réagir pour rétablir la paix et la sécurité dans cette partie du pays frontalière avec le Mali et le Niger qui connaissent les mêmes réalités. C’est ainsi que le Gouvernement, prenant en compte la nécessité d’un changement de paradigmes dans la conceptualisation de la sécurité, a créé le Programme d’urgence pour le Sahel. En effet, il y a une relation symbiotique entre le développement, la gouvernance et le renforcement de la sécurité humaine : pas d’actions de développement durable et inclusif sans sécurité. De même, l’absence de développement conduit à l’insécurité.

Ainsi, par la réalisation de cet important programme, le Gouvernement veut rassurer les populations des zones concernées qu’il sera toujours à leur côté et ne laissera jamais la place aux terroristes. Voici les raisons profondes de la création du PUS-BF.

A ce stade de l’exécution du projet êtes-vous satisfait ?

PKT :Absolument, nous sommes satisfaits. Si nous n’avions pas mis en œuvre ce programme, je pense que le phénomène allait prendre rapidement des proportions très inquiétantes. Le programme a donc contribué à freiner un tant soit peu la montée de ce phénomène contre lequel il faut engager une lutte de longue haleine à plusieurs niveaux. Et nous sommes convaincus que nous arriverons avec la conjugaison des efforts aussi bien pour ce programme que pour le G5 Sahel, à venir à bout de ce phénomène.

Quel bilan pouvez-vous faire de l’exécution des activités sur le terrain ? (Secteur par secteur d’intervention)

PKT : En dépit du contexte difficile, les actions entreprises par les différents ministères ont permis de parvenir à des résultats tangibles dans toutes les composantes du PUS-BF. En termes de résultats engrangés, le PUS-BF a permis la réalisation des actions suivantes :

Sur le plan socio-économique, on note entre autres, les réalisations suivantes :

- (i) la construction de cinq (05) maternités, de trois (03) dispensaires, de trois (03) centres de santé et de promotion sociale (CSPS), de sept (07) dépôts de médicaments essentiels génériques, de huit (8) incinérateurs et de six (06) blocs de latrines ;

- (ii) la construction de vingt-trois (23) écoles (préscolaire, primaire, post primaire, lycée), des bureaux et logements pour enseignants, des magasins, des forages et des acquisitions de vivres pour des cantines scolaires ;

- (iii) la réalisation de trente (30) forages positifs et de trois (03) systèmes d’Adduction d’eau potable simplifiés (AEPS), de cinq (05) forages et de mille quatre cents (1400) latrines familiales semi-finies ;

- (iv) l’interconnexion électrique entre Kongoussi et Djibo et entre Kaya et Dori par une ligne 90 Kv ainsi que le raccordement de six (06) localités au réseau électrique et dix (10) villages électrifiés ;

- (v) le bitumage de la route Kongoussi-Djibo et les travaux d’entretien routier et d’aménagement de pistes en cours de plus de 500 kms ;

- (vi) la formation de 185 jeunes du Sahel dans le cadre de l’opération permis de conduire ;

- (vii) la mise à disposition de kits d’installation aux jeunes formés à hauteur de 40 millions francs CFA et l’acquisition de matériels didactiques et de formation estimée à 121,5 millions francs CFA),

  • Dans le domaine de la gouvernance administrative et locale, on a enregistré essentiellement la construction de 12 préfectures, 06 résidences de préfets ainsi que la clôture d’une préfecture et d’un Haut-commissariat (Séno).

  • En matière de sécurité et défense publiques, la mise en œuvre des actions a permis la construction de 05 commissariats ainsi que divers matériels de sécurité, le renforcement des capacités des structures en charge de la sécurité en personnel, améliorant ainsi le ration agent de sécurité/population qui s’est établi à environ 1/1099. A cela s’ajoute le renforcement des capacités de plus de 350 agents de Police et de Gendarmerie sur la lutte contre le terrorisme, le grand banditisme et le respect des Droits humains et le genre.

  • Concernant la Gestion du programme et l’appui institutionnel, outre l’organisation et la tenue réussie du lancement officiel du programme à Tongomayel le 03 août 2017 sous mon parrainage, des acquis suivants ont été enregistrés : (i) l’opérationnalisation du dispositif de pilotage et de coordination et l’élaboration d’outils de planification et de suivi-évaluation ; (ii) la tenue de trois sessions du Conseil d’orientation stratégique (COS) sous ma présidence ; (iii) la mise en place des cadres de suivi au niveau régional, (iv) la tenue des rencontres mensuelles des points focaux des ministères impliqués. Sans être exhaustif, voici le bilan que je peux faire de la mise en œuvre du Programme.

Quelles sont les zones d’intervention (bénéficiaires des réalisations) ?

PKT : La zone d’intervention du programme concerne toutes les 26 communes de la région du Sahel et 4 communes frontalières de la région du Nord (Banh, Sollé, Kain et Thiou). Les bénéficiaires sont naturellement les populations, notamment les jeunes et les femmes, les collectivités territoriales, les services en charge du développement etc.

A combien peut-on évaluer le taux d’exécution globale des activités ?

PKT : Après deux années de mise en œuvre, le taux global d’exécution est jugé satisfaisant car il se situe au-delà de 50% malgré les difficultés de démarrage que nous avons connues en 2017 et les régulations budgétaires de cette année 2018.

A combien s’élève le montant global de l’investissement réalisé dans le cadre de ce projet ?

PKT : Le programme a pu investir en 2017, un montant d’environ 81,5 milliards de FCFA. Cette année 2018 ce sont environ 98,5 milliards de FCFA qui ont été investis pour permettre la réalisation de cet ambitieux programme d’urgence mis en place par le Gouvernement.

Quel est le niveau de mobilisation des ressources ?

PKT : En terme de mobilisation de ressources, il faut mentionner que nous comptons sur nos propres ressources d’abord avant de faire appel à nos partenaires qui nous font confiance. C’est dire que les montants que j’ai indiqués proviennent majoritairement du budget de l’Etat.

L’Etat bénéficie-t-il de soutiens de la part de partenaires ? A hauteur de combien ?

PKT : Comme je le disais, il y a des partenaires qui nous font confiance et qui nous viennent en appui dans ce programme. Ce sont entre autres l’Union Européenne à hauteur de 50 millions d’euros, l’UEMOA pour 1 milliard de FCFA, la France pour 1 million d’euros, la BADEA et l’UNOPS pour 250 millions de FCFA chacune, l’US-AID à hauteur de 2 millions de dollars, le Fonds de consolidation des Nations Unies pour 4 milliards de FCFA, du PNUD pour 1,1 milliards de FCFA.C’est le lieu pour moi de traduire, au nom de Son Excellence le Président du Faso, du Gouvernement, et de l’ensemble du peuple burkinabè, toute notre reconnaissance à l’ensemble de nos partenaires pour le soutien apporté à notre pays, dans son effort de développement.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’exécution des activités sur le terrain ?

PKT : C’est vrai qu’il y a des résultats, mais des difficultés existent pour lesquelles nous devront trouver rapidement des solutions. Il s’agit essentiellement pour cette année, de :

- la régulation budgétaire au niveau de plusieurs ministères (toutes les actions programmées dans le PTAB par le MATD ont été régulées) ;

- la faible réactivité de la part de certains acteurs de la chaine de mise en œuvre du programme ;

- la faible appropriation de la philosophie du programme par plusieurs acteurs (Ministères, maires, populations, services techniques déconcentrés, etc.) ;

- la crise sociale au sein du ministère en charge des finances ayant entrainé des blocages dans le processus de passation des marchés ;

- l’insuffisance de ressources nécessaires pour le financement des activités ;

- l’insuffisance de communication sur les réalisations faites par le programme.

Pourquoi prendre le risque de réaliser ces infrastructures alors que la situation sécuritaire continue de se dégrader ?

PKT : Comme je le disais au début de notre entretien, il faut faire en sorte que le développement puisse entrainer la sécurité et vice versa. Donc, nous devons redoubler d’efforts à tous les niveaux pour inverser la tendance. Apporter des réponses vigoureuses et urgentes à la question sécuritaire tout en réalisant les infrastructures. Du reste, certaines infrastructures notamment les routes sont même indispensables au niveau du Sahel pour prendre en charge de manière efficace les questions sécuritaires.

Je dois aussi vous dire que ce n’est pas parce que la situation sécuritaire se dégrade que nous devons céder l’espace à l’ennemi. Je le dis et je le répète, aucune portion de notre territoire ne sera cédée à qui que ce soit. Nous nous battrons jusqu’à la dernière goute de notre sang, pour préserver l’unité de ce pays que nous ont légué nos ancêtres. C’est pourquoi, malgré tout ce qui se passe dans cette région, je puis vous rassurer que nous continuerons à y investir pour le bien-être de nos compatriotes qui y vivent.

Le contexte sécuritaire ne va-t-il pas impacter la qualité des infrastructures en construction ?

PKT : Je pense que tout est mis en œuvre par les services techniques pour assurer la sécurité de ceux qui ont en charge la réalisation de ces infrastructures. De ce fait, je peux vous assurer que les infrastructures seront de qualité. En plus, le dispositif institutionnel de mise en œuvre du programme est participatif et les populations bénéficiaires sont impliquées dans la réalisation des investissements à travers le suivi des travaux qu’elles assurent dans leur village par l’intermédiaire des Comités villageois de développement (CVD)

Quelle garantie que des ouvrages de qualité seront livrés et à bonne date ?

PKT : Vous savez, dans la réalisation des ouvrages, même pour un programme d’urgence, toutes les dispositions habituelles de suivi-contrôle sont maintenues pour assurer la qualité des ouvrages. De ce fait, il n’y a pas d’inquiétude à se faire. Il y a aussi la veille citoyenne qui est assurée par les acteurs au niveau local qui contribuent à ce que les réalisations se fassent bien et à bonne date.

**Quelle peut-être la contribution des populations dans la réalisation de ces infrastructures ? **

PKT : Etant donné que le Gouvernement, par ce programme, répond aux différents besoins exprimés par les populations, leurs contributions seraient de s’approprier ce programme à travers leur adhésion et leur accompagnement pour la réalisation des infrastructures prévues. Une fois réalisées, ces infrastructures ont besoin d’être fréquentées, d’être entretenues et c’est le rôle de la population pour assurer une pérennité des investissements ; ce qui améliorera à coup sûr leurs conditions de vie.

Quel message à l’endroit des populations des zones affectées ?

PKT : Le message que je veux lancer à la population est que le Gouvernement est préoccupé par leurs conditions de vie et ne ménagera aucun effort pour leur venir en aide. Que chacun à son niveau puisse se dire aussi que l’Etat ne peut pas tout faire. Il a besoin de chaque personne pour mener à bien sa mission régalienne qui est d’assurer la sécurité des biens et des personnes sur toute l’étendue du territoire. Je félicite au passage nos forces de défense et de sécurité et invite les populations à plus de collaboration pour qu’ensemble nous venions à bout de ce phénomène du terrorisme. Je félicite aussi toutes les équipes techniques, les entreprises qui, malgré le contexte, travaillent au quotidien à faire de ce programme, un succès.

Avant de terminer, je voudrais saisir cette occasion qui m’est offerte pour souhaiter à tous les burkinabè une bonne et heureuse année 2019. J’ai une pensée particulière pour les Forces de Défense et de Sécurité qui veillent sur notre pays loin de leurs familles durant cette période de fêtes. J’ai aussi une pensée pour les populations des régions touchées par le terrorisme et qui ne pourront pas passer paisiblement cette période. Je voudrais une fois de plus les rassurer que mon Gouvernement sera toujours à leur côté pour affronter les différentes adversités. Je suis convaincu d’une chose, la lutte sera difficile, mais le peuple burkinabè sortira victorieux de cette guerre qui lui a été imposée.

Je voudrais enfin remercier l’équipe de votre journal pour tout le travail que vous abattez pour informer les burkinabè, et pour cette occasion qui m’a été offerte pour échanger sur ce programme important de mon Gouvernement.