RESUME EXECUTIF
Le Burkina Faso à l’instar des autres pays de l’Afrique subsaharienne et d’ailleurs, connaît une vulnérabilité croissante aux effets néfastes du changement climatique. Ces perturbations climatiques de plus en plus fréquentes et intenses caractérisées par les inondations, les sécheresses prolongées et les vagues de chaleur, tendent à aggraver la vulnérabilité des populations vivant en particulier en milieu rural où l’agriculture pluviale et l’élevage pastoral représentent les principales sources de subsistance.
Selon le Plan national multirisque de préparation et de réponse aux catastrophes et crises humanitaires 2024-2026, les inondations constituent le premier aléa climatique auquel le pays est confronté et les projections climatiques soutiennent une augmentation de la fréquence et de l’intensité des inondations qui selon le Plan National d’Adaptation aux changements climatiques (PNA,2024-2028), pourraient affecter plus de deux millions de personnes au Burkina Faso.
Devenant à la fois récurrentes et plus dévastatrices les inondations au Burkina Faso présentent de multiples conséquences dévastatrices sur les plans environnemental (destruction des sols, perturbation des écosystèmes et contamination des eaux, etc.), social (déplacements des populations, pertes en vies humaines, prolifération des maladies d’origine hydrique, etc.) et économique (destruction des cultures et des pâturages, perte de bétail, perturbation des marchés et des infrastructures, etc.) remettant en cause de nombreux efforts de développement. Les données historiques pour la période de 2013 à 2024 du Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR) montrent que 299 077 personnes ont été victimes des inondations avec entre autres des pertes en vie humaines, la destruction des habitats et la perte des moyens d’existence. Dans la même dynamique d’informations, une étude récente de 2024 de la Direction Générale des Productions Végétales, rapporte que les inondations ont impacté 9 431 ha dont 7 018 ha de cultures détruits.
Les actions entreprises pour faire face à ces conséquences interviennent souvent tardivement, alors qu’au regard de la situation actuelle des effets des inondations et des projections à venir, il est important de développer des actions anticipatoires afin d’éviter ou de minimiser tout désastre.
L’élaboration Plan National d’Action Anticipatoire pour les Inondations (PNAAI) vise à prévenir et atténuer les impacts des inondations avant qu’ils ne se manifestent pleinement. Il constitue un document de planification d’actions opérationnelles et de plaidoyer.
Le présent plan est aligné à la récurrence des inondations sur une période de retour supérieure ou égale à 3 ans et repose sur trois composantes essentielles : un modèle de déclenchement basé avec des seuils d’alerte sur des données observationnelles, des activités prédéterminées par divers acteurs, et un financement préétabli.
Le plan couvre 14 provinces réparties sur six (6) régions : Bankui, Djoro, Liptako, Koulsé,
Sourou et Yaadga. La sélection des régions à risque d’inondation repose sur une analyse croisée de la vulnérabilité socio-économique, de la résilience locale, de la densité démographique, de l’exposition aux risques d’inondations, de la cartographie des zones inondations dans les bassins hydrographiques et des contraintes sécuritaires liées à l’accès aux zones inondables.
Les activités visent prioritairement les communautés à risque et affectées. Elles permettront d’assister 11 400 ménages composés 79 800 individus répartis dans les sept régions prioritaires ciblées. Elles sont concentrées dans les secteurs que sont la sécurité alimentaire, la santé, la nutrition, l’eau-hygiène-assainissement (EHA), les abris et biens non-alimentaires, ainsi que la protection, y compris les violences basées sur le genre. Elles seront mises en œuvre par les structures de l’Etat et les partenaires dans une étroite coordination dès que le seuil déclencheur est atteint.
Ce plan d’action anticipatoire pour les inondations fluviales est une première initiative autour des inondations et met l’accent sur l’apprentissage des forces et des lacunes, tout en prévoyant une évaluation d’impact des actions menées. Il faut noter que ce plan vient s’ajouter au Plan d’action anticipatoire pour la sècheresse, initié par les partenaires et financé par le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF), piloté par le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
L’élaboration du plan a été inclusive, impliquant divers acteurs étatiques, universitaires, humanitaires et de développement. Le processus a été soutenu par des partenaires comme le PAM, la FAO, OCHA et le Conseil Danois pour les Réfugiés. Le budget global pour la mise en œuvre du paquet d’activités pour les régions ciblées est estimé à 1 579 003 000 francs CFA (environ 2,8 millions de dollars US). Le Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (FHRAOC) alloue déjà un million de dollars pour soutenir la mise en œuvre des actions anticipatoires pour les inondations dans deux (2) régions à savoir le Liptako et les Koulsé pour une enveloppe de 500 000 dollars US par région. Toutefois, un financement complémentaire est nécessaire pour garantir la mise en œuvre efficace du plan à travers la contribution du gouvernement et d’autres donateurs.
Ce plan, élaboré pour une période de trois ans (2025-2027), reste sous la responsabilité du gouvernement burkinabè et sera révisé annuellement. La coordination est assurée par le Secrétariat Exécutif du Conseil National de Sécurité Alimentaire (SE-CNSA).