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Note d’analyse de Protection : urgence Seytenga (30/06/2022)

Analyse de l’environnement de Protection à Dori, à la suite des attaques des groupes armés non étatiques (GANE) contre les populations civiles de Seytenga, dans la région du Sahel.

Contextualisation

Le massacre de Seytenga constitue le paroxysme d’une succession d’incidents sécuritaires liés à l’activisme des groupes armés non étatiques (GANE) dans la région du Sahel. En date du 23 juin 2022, ces incidents ont entraîné la mort d’au moins 86 civils et le déplacement de plus de 34,000 personnes provenant de Seytenga ainsi que d’une vingtaine de villages environnants vers Dori, le chef-lieu de la région du Sahel. Depuis le début de l’année 2022, la région du Sahel oscille entre la première et la deuxième région burkinabè accueillant le plus de personnes déplacées internes (PDI). Au 30 avril 2022, la région du Sahel comptabilisait 30,2% des 1,902,150 PDI enregistrés par le Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR). Ces PDI sont majoritairement installées à Dori, le plus grand centre urbain de la région du Sahel, espérant y trouver sécurité et stabilité. Avant les évènements de Seytenga, la ville de Dori accueillait déjà 67,000 PDI et plus de 13,000 réfugiés maliens. Depuis l’exode massif des populations de Seytenga et des villages alentours vers Dori, la population déplacée peut y être estimée à plus de 124,000 personnes, dans une ville qui comptait environ 180,000 habitants en 2019 d’après les résultats du Cinquième Recensement Général de la Population et de l’Habitat.

Selon les données collectées par le HCR et ses partenaires (Projet 21), l’environnement de Protection des personnes déplacées à Dori se dégrade aussi rapidement que la situation sécuritaire. Depuis février 2022, le HCR et ses partenaires identifient des violations des droits humains ainsi que des cas de protection de manière quotidienne. Ces violations concernent notamment les atteintes aux droits de l’enfant, liées à la saturation des capacités scolaires de la ville conséquemment à l’arrivée massive d’enfants déplacés forcés, des cas d’enlèvements et d’assassinats ciblés liés à l’activisme des GANE, ainsi que des vols de bétail, les restrictions de liberté de mouvements, des atteintes au droit à la propriété, des mariages forcés et d’autres formes de violences basées sur le genre (VBG), etc.

Dans un tel contexte, les évènements de Seytenga et les déplacements forcés massifs qui en ont résulté ne font qu’accroître les défis auxquels les populations vivant à Dori sont confrontées. Le Monitoring de Protection du HCR et de ses partenaires relève l’augmentation continue de la vulnérabilité de populations déjà affaiblies lors de leur arrivée à Dori. Ces populations font également face à une pression accrue sur les ressources naturelles et les services publics essentiels, qui font l’objet d’actes de sabotage par les GANE, à l’instar de la destruction des installations de l’ONEA le 12 juin dernier ainsi que de la destruction systématique des infrastructures de télécommunications. Bien qu’au lendemain du massacre de Seytenga, la vie semblait avoir repris son cours à Dori, l’environnement de Protection reste extrêmement préoccupant au regard des difficultés techniques, logistiques et sécuritaires que la ville de Dori subit depuis plusieurs mois.

Majoritairement installées dans les quartiers qui accueillaient déjà les PDI et les réfugiés identifiés, les personnes nouvellement déplacées font face à de nombreux défis en termes de besoins humanitaires, de cohésion sociale et de coexistence pacifique. Exacerbé par l’afflux de populations additionnelles, les faibles capacités des services publics essentiels et les obstacles rencontrés pour y accéder pourraient fragiliser davantage le bien-vivre ensemble. Par ailleurs, les incidents relevés dans d’autres localités de la région du Sahel telles que Gorgadji, Gorom-Gorom, Markoye et Sebba pourraient résulter en l’arrivée de flux massifs de nouvelles PDI dans la ville de Dori au cours des prochaines semaines.