La situation en matière d'hygiène et de sécurité alimentaire reste alarmante au Burkina Faso, au Ghana et au Togo

Par Noora Kero, Fédération Internationale à Dapaong, Nord-Togo

Tchari Lakani est agriculteur. Il rentre chez lui et va retrouver ses deux femmes et de ses neuf enfants dans la préfecture de Kpendjal, au Nord du Togo. Tchari traverse le fleuve Babongu avec deux moustiquaires, deux nattes, un seau, du savon et un jerrycan. Il s'agit des articles qu'il vient de recevoir de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Ces dernières semaines, La Fédération Internationale a distribué de l'aide au Togo, au Ghana et au Burkina Faso pour les sinistrés des inondations qui ont frappé certaines régions de ces pays ces derniers mois. Au total, 95 000 personnes vulnérables reçoivent un soutien pendant une période de six mois. La Fédération Internationale a pu financer cette opération grâce à l'appel d'urgence combiné pour les trois pays d'un montant total de 3,9 millions de francs suisses (USD 3,2 million/EUR 2,3million).

« En plus des articles non-alimentaires, nous allons distribuer des kits d'outils (des pelles, des pioches, des râteaux et des brouettes) pour que les gens puissent démarrer leurs activités d'agriculture et de reconstruction des maisons », explique Salomon Mbengui, chef des opérations de la Fédération Internationale pour les inondations au Burkina Faso et au Togo.

Les Sociétés Nationales de la Croix-Rouge des trois pays ont mobilisé des centaines de volontaires qui aident à apporter l'aide. Au Togo et au Burkina Faso des vivres (comme du mais, des haricots, de l'huile et du soja) offerts par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) sont également distribuées par ces mêmes volontaires. Ils ont aussi participé aux activités de sensibilisation en matière d'eau et d'assainissement.

Au Togo, la réparation et le nettoyage des puits vont bientôt commencer. « De nombreux puits ont été contaminés lors des inondations. La qualité de l'eau des puits est en train d'être analysée. Ensuite, nous allons procéder à la désinfection », explique Nakoura Natchendi, volontaire et président préfectoral de la Croix-Rouge Togolaise de Kpendjal.

La situation en matière de santé reste alarmante bien qu'aucune épidémie grave ne soit à déplorer. Sambiani Fataga, habitant du village togolais Batiwaga de Kpendjal, raconte que dans son village, il n'existe même pas de puit. Il cherche l'eau pour sa famille de sept enfants dans le fleuve. Quelquefois, il fait bouillir l'eau avant de l'utiliser, mais pas toujours. Dans le fleuve, les gens déféquent, nettoient les vêtements et se lavent. « Mes enfants sont souvent malades. Ils n'ont n'a pas de médicaments », dit le paysan togolais.

L'autre grand souci dans ces pays d'Afrique de l'Ouest est la sécurité alimentaire dans les mois qui viennent. Les inondations ont détruit une grande partie des champs avant la récolte. Dans beaucoup d'endroits touchés, la sécheresse s'est désormais installée et il est impossible de semer avant juin prochain. De plus, les agriculteurs se demandent où trouver des semences pour la prochaine saison agricole. Pour le moment, les paysans sont obligés d'acheter leur maïs ou des haricots au marché. Mais les prix ont triplé. « Avant les pluies, 3 kilos des haricots coûtaient 200 francs CFA (EUR 0,30). Maintenant cela coûte 600 francs » (EUR 1), dit Adissa Sambiani, une jeune maman âgée de 25 ans.

La famille d'Adissa Sambiani a perdu ces champs de riz, de haricots et de maïs lors des inondations. L'effondrement d'une partie de sa maison a causé la mort de son fils de sept ans.

« C'était le 29 août, pendant la nuit alors que nous dormions. Ma petite fille de trois ans et moi, nous avons été blessées mais mon fils est mort quand le mur est tombé, raconte Adissa Sambiani.

Les pluies diluviennes qui sont tombées en juillet et août au Burkina Faso, Ghana et Togo, ont été nettement supérieures aux moyennes. Les inondations enregistrées cette année sont les pires depuis des décennies en Afrique de l'Ouest.