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Burkina Faso

Impact de la crise sécuritaire actuelle sur les filles, le genre et l'éducation

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Résumé exécutif

La présente étude porte sur l’impact de la crise sécuritaire actuelle sur les filles, le genre et l’éducation dans les régions de l’Est et du Centre-Nord. Le Burkina Faso est confronté depuis 2015 à une crise sécuritaire du fait des attaques de groupes armés qui sévissent dans plusieurs régions. Cette crise est à l’origine de perturbations du système éducatif burkinabè surtout pour les filles et les femmes.

Malgré les efforts déployés par le gouvernement et les partenaires techniques et financiers (PTF) en faveur de l’amélioration du système éducatif, cette situation s’aggrave et entrave sérieusement les plans et programmes éducatifs développés.

La crise sécuritaire pèse sur les rapports de genre dans le milieu éducatif, ce qui affecte plus les filles et les femmes.
D’où le besoin de réaliser une étude approfondie dont les objectifs sont :

  • Identifier les risques les plus importants que vivent les filles en lien avec le contexte d’insécurité et le contexte socio-culturel.

  • Analyser l’impact de la crise sécuritaire sur les femmes du milieu éducatif, sur l’éducation scolaire des filles et des élèves les plus vulnérables, en particulier sur leur accès, maintien et réussite scolaire.

  • Mettre en évidence les capacités de résilience des femmes, des filles, surtout celles victimes de discriminations et de violences, dans ce type de situation dans une perspective d'inclusion dans les espaces décisionnels, notamment au sein du MENAPLN et ses structures déconcentrées.

  • Élaborer une réponse aux grands défis en termes de plan d’action et recommandations.

Cette étude a impliqué les services déconcentrés et décentralisés au niveau régional et communal de trois (3) départements ministériels1, des élu-e-s locaux-ales, des organisations à base communautaire, etc. Elle s’inscrit dans une perspective de réponse à un besoin pressant d’actions, dûment exprimé par les populations, des acteur-rice-s de l’État et de la société civile pour aboutir à une prise de décisions. L’étude qui a été participative a combiné les approches quantitative et qualitative. Des données secondaires, notamment les données statistiques ont été obtenues auprès des structures en charge de l’éducation et services déconcentrés. Les données primaires ont été collectées à l’aide d’entretiens semi-dirigés et de questionnaires. Les données quantitatives ont été collectées auprès des personnes déplacées internes (PDI) et des communautés hôtes de ces PDI. Les données qualitatives ont été obtenues auprès des personnes directement affectées et /ou impliquées dans la gestion des personnes affectées par la crise sécuritaire. Les résultats de cette étude révèlent plusieurs problématiques comme les infrastructures scolaires endommagées à la suite des attaques, les besoins énormes de réinsertion scolaire des enfants du primaire, post-primaire et secondaire affecté-e-s, les effectifs pléthoriques au niveau des structures éducatives, une vulnérabilité financière des familles etc. auxquelles le pays est confronté à la faveur de cette crise qui perdure.

D’abord sur le plan scolaire les établissements d’enseignement secondaire privés qui auraient pu être une alternative pour faciliter l’accès à l’éducation sont inaccessibles à la majorité des (PDI) du fait du coût élevé des frais de scolarité au regard de la situation économique des parents. Ces coûts élevés et la situation économique précaire des PDI contraignent les garçons à travailler dans les sites d’or pour honorer leurs frais de scolarité. Mais certains d’entre eux finissent par abandonner l’école.

Le personnel enseignant considéré comme acteurs-rices d’une école dite de « blanc », est devenu- la principale cible des attaques. Selon les personnes interviewées, les enseignantes sont plus exposées comparativement aux hommes, ces derniers étant plus résilients face à la crise.

Ensuite, la crise sécuritaire a impacté négativement les conditions de vie socioéconomique des personnes, qu’elles soient de la communauté hôte ou des PDI avec cependant plus de conséquences sur ces dernières. La crise sécuritaire entraine une recrudescence des phénomènes sociaux comme la délinquance juvénile, les mariages forcés/précoces, les grossesses non désirées/précoces, la prostitution et les cas de viols2 suivis de mutilations des parties génitales féminines au sein des jeunes.

L’exposition des filles et des femmes aux violences est permanente dans les situations d’insécurité. Dans les écoles, lors des attaques armées, elles subissent des violences morales, physiques et le harcèlement sexuel, surtout sur les trajets entre les écoles/ établissements ou dans les lieux de résidence pour celles qui habitent seules ou en groupes sans aucune protection familiale ou sociale. Par ailleurs, au sein des PDI, les femmes cheffes de ménages, les veuves, les orphelins et les enfants chefs de ménages font face à de nouveaux défis tels que le payement de loyer, les besoins de moyens de subsistance et de scolarisation des élèves et les difficultés d’inscription/réinscription à l’école. Ces situations s’expliquent par le fait que beaucoup de personnes n’ont plus accès à leurs hameaux de culture ; ce qui accroît les problèmes économiques et aggrave l’insécurité alimentaire. Par exemple l’absence du chef de ménage, personne active en situation de paix qui contribuait aux différentes charges de la famille par son apport physique aux travaux champêtres, a pour conséquence la baisse de la quantité des récoltes. Pour les filles déplacées, en plus de faire face à certains problèmes de santé, elles sont plus préoccupées par leurs besoins quotidiens notamment la corvée d’eau, la cuisine, la recherche du bois, au détriment de leurs études. En effet dans un contexte de paix, ces filles bénéficiaient de l’appui de leurs mères, et d’autres femmes de la famille pour la réalisation de certaines tâches qu’elles se retrouvent à assurer seules.

Face aux défis relevés, des solutions sont pensées par le Gouvernement et ses Partenaires techniques et Financiers (PTF), les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et les associations en vue d’apporter des réponses adaptées particulièrement en matière d’éducation, de protection des filles et de genre.

Il s’agit entre autres de l’adoption d’une stratégie nationale d’urgence en matière d’éducation, la création d’un secrétariat technique avec plusieurs programmes en charge de cette stratégie et l’appui aux acteurs de développement et la mise en œuvre d’initiatives innovantes visant à faciliter la réinsertion scolaire des enfants dont les filles affecté-e-s par la crise sécuritaire.

Cependant, il reste encore d’énormes efforts à fournir pour répondre aux besoins réels des communautés sans cesse croissants avec une sécurité qui se dégrade à un rythme exponentiel.

Face à des problèmes multidimensionnels, des actions plurisectorielles avec une approche genre intersectionnelle s’imposent. Par conséquent des recommandations ont été formulées dans ce rapport à l’endroit de l’État, ses partenaires et des communautés.