Burkina Faso

Burkina Faso Perspectives sur la sécurité alimentaire Février à Septembre 2016

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Soudure d’une année normale est en perspective jusqu’en septembre

MESSAGES CLÉS

  • Du fait d’une production agricole globalement moyenne dans le pays, d’une offre alimentaire satisfaisante sur les marchés et des niveaux de prix céréaliers globalement stables, la majorité des ménages ruraux ont un accès à la nourriture comme habituellement en période normale. Ces ménages seront classés en insécurité alimentaire aiguë minimale (Phase 1 de l’IPC) de février à septembre 2016.

  • Les ménages pauvres tirent leurs revenus principalement de l’orpaillage, du maraichage, de la vente de des petits ruminants ainsi que de la main-d’œuvre non-agricole. Les revenus générés par ces activités en cette période sont jugés similaires à une année normale.

  • La demande sur les marchés à bétail est en baisse par rapport à l’année dernière. La réduction des volumes des exportations du bétail vers le Ghana et le Nigeria, consécutive à la chute du taux de change de la Naira et du Cedi, va engendrer une chute des prix des animaux et mitiger les effets positifs attendus de la demande de Tabaski en septembre.

  • Dans l’extrême nord du pays, la majorité des points d’eau de surface sont asséchés et la disponibilité du fourrage naturel est faible dans les espaces de parcours des troupeaux, et la transhumance est observée en direction du Mali. Après deux années où la soudure a été très difficile, la soudure pastorale en perspective sera légèrement plus difficile qu’est normale entre juin et septembre, moment où certains ménages très pauvres se trouveront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC), mais ce chiffre ne dépassera pas le seuil de 20 pour cent des ménages nécessaires pour classer une zone entière.

Contexte National

Situation actuelle

Cette période post-récolte dont la production a été moyenne en générale (Figure 1) est dominée par la commercialisation des produits de rente tel que le sésame, les amendes de karité, l’arachide, le niébé ainsi que les produits maraichers très abondants en cette période sur les marchés. La demande actuelle des ménages en céréales est faible et reste inférieure à la normale. La mise en marché des produits céréaliers par les gros producteurs n’est pas encore effective.

Les flux externes de produits agricoles qui avaient connu un ralentissement au cours du semestre dernier, ont connu un début de reprise notamment avec les entrées du blé et du riz principalement et des exportations dominées par les oléagineux vers les ports des pays côtiers. Toutefois, la dépréciation de la monnaie Ghanéenne (Cedi) et Nigériane (Naira) par rapport à la monnaie nationale (CFA) a fortement réduit le volume des flux commerciaux du bétail et de certains produits agricoles (tomate et oignons) à destination de ces pays. Cette situation a conduit à une baisse des prix des animaux, particulièrement les bovins d’environ 15 à 20% et des produits maraichers de 30 à 50% en-dessous de la moyenne saisonnière. Les prix des petits ruminants (béliers et boucs) restent stables ou au-dessus de la moyenne quinquennale. Ce qui permet aux éleveurs de tirer avantage des termes de l’échange bétail/céréales.

Dans l’ensemble, les prix des céréales de base sont stables par rapport à la moyenne quinquennale. Toutefois, sur le marché de Solenzo (zone de production), on note des baisses de prix de 13 à 18% par rapport à la moyenne du fait de la hausse de l’offre plus important que normal, et la demande faible pour cette période de l’année. Par contre, sur le marché de Léo, du fait de la forte demande ghanéenne cette année, le prix du maïs enregistre une hausse de 20% comparé à la moyenne des cinq dernières années. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix du mil est en baisse de 13% à Sankaryaré (la capitale), de 8% à Pouytenga et de 7% à Gorom-Gorom, mais en hausse de 9% à Dori.

La situation alimentaire du bétail est dans l’ensemble satisfaisante du fait de la disponibilité moyenne de fourrage et d’eau pour l’abreuvement. Toutefois, dans l’extrême nord du pays, notamment dans les provinces de l’Oudalan, du Séno et du Soum, en raison du tarissement précoce de certains points d’eau et de la faible disponibilité du fourrage naturel dans les espaces de parcours des troupeaux, des mouvements de transhumance ont été observés vers le Mali voisin.

La consommation des ménages ruraux est celle habituelle d’une période normale caractérisée par au moins deux repas par jour. Les stocks paysans assurent pour l’instant l’essentiel de la consommation alimentaire des ménages qui ont peu recours au marché pour s’alimenter. Par ailleurs, l’abondance et la diversité des produits maraichers améliorent leur alimentation. Toutefois, dans les communes de Déou, Oursi et Tin-Akoff dans la région du Sahel, la plupart des ménages, soit environ 25 600 personnes dépendent plutôt des marchés pour alimentation car leur production céréalière a été fortement affectée par les ravageurs (criquets et oiseaux). Cette région abrite près de 32 000 réfugiés qui bénéficient de l’assistance alimentaire du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) et ses partenaires.

On note cependant que l’opération de vente de céréales à prix social initié par le gouvernement en 2015 pour soutenir les ménages face la détérioration de leur pouvoir d’achat et la hausse des prix des céréales, a été suspendue depuis le mois de décembre 2015. Aucune nouvelle mesure sociale n’est pour l’instant mise en place et seuls les programmes classiques des partenaires sont en cours d’exécution.

Suppositions

Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire décrit de février à septembre 2016, se fonde sur les hypothèses générales suivantes:

  • Une saison de pluies normale : la saison des pluies commencera normalement à partir de fin mai dans le sud à mi-juillet dans le nord du pays et la pluviométrie attendue sera similaire à supérieure à la moyenne (Figure 2). De ce fait, les activités agricoles se dérouleront normalement dans le pays.

  • Des prix des céréales de base moyens : Le déroulement normal de la saison des pluies favorisera la mise en marché des stocks producteurs dans les zones de production, ce qui favorisera l’approvisionnement normal des marchés. La demande des denrées alimentaires sera normale, les prix des céréales de base évolueront suivant la tendance saisonnière et leurs niveaux resteront similaires à la moyenne quinquennale.

  • Des revenus moyens : Durant la période du scenario, les revenus des ménages pauvres proviendront principalement de l’orpaillage, du maraichage, de la vente du bétail et de la main-d’œuvre. Le prix du gramme d’or (entre 22000 et 25000 F CFA) et le cout de la main-d’œuvre agricole resteront similaires à moyennes des trois dernières années. Par contre, en raison de la baisse de la demande extérieure, les prix des produits maraichers et du bétail pourraient demeurer en-dessous de la moyenne quinquennale jusqu’à la fin de la saison de production en avril-mai. De même, le prix du bétail, étroitement lié à la demande du Ghana et du Nigeria, restera stable ou en-dessous de la moyenne quinquennale avant de s’améliorer avec la demande du Ramadan (en juin) et de la Tabaski (en septembre).

  • Une situation alimentaire du bétail normale : Globalement, la disponibilité en fourrage et en eau permettra aux animaux de traverser une soudure normale entre avril et juin. Le démarrage normal de la saison des pluies permettra la régénération habituelle des pâturages à partir de juillet. Cependant dans l’extrême nord du pays la soudure pastorale sera rude à cause du tarissement précoce des points d’eau et la faiblesse du pâturage naturel qui pourraient engendrer comme en 2015 des mortalités importantes des bovins et des ovins dans la région du Sahel plus particulièrement dans les communes de Déou, Oursi et Tin-Akoff.

Résultats les plus probable de la sécurité alimentaire

Excepté l’extrême nord du pays, la soudure restera globalement similaire à une année normale pour la plupart des ménages pauvres qui profiteront de conditions favorables à des revenus comparables à une année normale (moyens ou légèrement au-dessus de la moyenne) et d’une stabilité des prix qui favorisera leur accès aux denrées alimentaires de base. Par ailleurs les produits de saison sèche continueront à renforcer l’offre alimentaire jusqu’en avril. En outre, une installation normale de la saison favorisera la disponibilité des produits de cueillette, du lait, du maïs récolté en vert dès septembre. Ainsi l’accessibilité des ménages à l’alimentation sera comme habituellement en période normale. En l’absence de choc externe, les ménages pauvres pourront couvrir leur besoin de consommation habituelle tout en assurant la protection de leurs moyens d’existence. Ce qui leur permettra d’être classés en Phase 1 de l’IPC correspondant à l’insécurité alimentaire aiguë minimale pendant toute la période du scenario. Dans l’extrême nord, après deux années où la soudure a été très difficile, la soudure pastorale en perspective sera légèrement plus difficile qu’est normale entre juin et septembre, moment où certains ménages très pauvres se trouveront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC), mais ce chiffre ne dépassera pas le seuil de 20 pour cent des ménages nécessaires pour classer une zone entière.