Burkina Faso

Burkina Faso : « La communauté internationale ne doit détourner ni son attention, ni ses fonds, ni ses programmes »

Au Burkina Faso, plus d'1,9 million de personnes ont été forcées de fuir leur foyer à cause du conflit entre les groupes armés non étatiques et les forces gouvernementales qui perdure depuis 2015. Hama Amadou a été le coordinateur de projet de MSF à Djibo, dans la région du Sahel, pendant près d’un an. Il témoigne de son expérience et de son inquiétude quant à la situation actuelle.

Le Burkina Faso est désormais au cœur de la crise sahélienne et dans ce pays des millions de personnes souffrent, dans un contexte très volatil et complexe. L'évolution de la situation d’une ville comme Djibo, dans le nord du pays, met clairement en évidence une détérioration sécuritaire et humanitaire, résultant notamment de la crise malienne qui dure depuis plusieurs années maintenant.

Lorsque je suis arrivé en février 2021, la situation sécuritaire s'était quelque peu améliorée et la ville bénéficiait d'une relative accalmie. Durant des mois, la région avait été le théâtre de meurtres de civils et d’autorités religieuses, mais aussi d’attaques contre des camps militaires et d’enlèvement de travailleurs humanitaires.

Cette période « calme », d'octobre 2020 à octobre 2021, n’était tout de même pas sans incident grave. Je me souviendrai toujours du choc lorsque j'ai appris que l'ambulance du district avait sauté sur un engin explosif improvisé, un mois après mon arrivée. Ce jour-là, l’ambulance évacuait une femme enceinte pour Ouagadougou. Quatre personnes sont mortes dans un véhicule qui ne faisait que transporter des patients, des soignants et du personnel médical.

Le conflit est rapidement monté de nouveau en puissance, avec des attaques touchant des civils, et des combats entre les groupes armés et les Forces de défense et de sécurité (FDS) du Burkina Faso. Depuis, la situation n'a fait qu'empirer. La ville de Djibo est assiégée depuis la mi-février 2022, ce qui rend pratiquement impossible l'accès des personnes, des commerçants et de l'aide humanitaire. Les routes sont dangereuses et les vols humanitaires sont irréguliers ou tout simplement suspendus pour des raisons de sécurité.

Djibo comptait à l'origine quelque 60 000 habitants. Aujourd’hui, plus de 350 000 personnes s'y sont réfugiées. Depuis 4 ans, les équipes MSF ont pu constater l’augmentation exponentielle des besoins médicaux et humanitaires, tandis que l'accès aux soins est devenu de plus en plus compliqué. Dans la région du Sahel au Burkina Faso, 65 % des centres de santé sont aujourd'hui fermés ou fonctionnent a minima, à cause du conflit. L’insécurité qui règne à proximité de la ville empêche souvent les associations d’atteindre les populations vivant en périphérie, qui n’ont pas accès aux soins de santé.

La ville est confrontée à d'autres problèmes de santé, pour certains directement liés à un manque d’accès à l’eau potable, à la malnutrition, aux difficultés d’accès aux médicaments et aux consultations médicales retardées, souvent par manque de moyens financiers. Nous avons donc mis en place des activités de distribution d'eau, même si ce n'est pas notre principal domaine d'intervention. De fait, MSF est aujourd’hui l’une des principales organisations humanitaires à mener cette activité à Djibo et nous sommes fréquemment dans l’impossibilité de répondre aux besoins en eau de l'ensemble de la population.

Ce qui se passe depuis des mois à Djibo est le reflet d’une situation qui prévaut dans tout le pays. Les populations civiles, les communautés locales et celles de personnes déplacées sont les premières à payer le prix de cette crise. Alors que le monde tourne son attention vers la guerre en Ukraine et d'autres urgences humanitaires, la crise en cours dans cette région ne doit pas être oubliée. Nous devons continuer à témoigner du sort des populations auprès desquelles nous intervenons et à fournir une assistance médicale humanitaire aux personnes qui souffrent. La communauté internationale ne doit détourner ni son attention, ni ses fonds, ni ses programmes.