Burkina Faso

Burkina Faso : iMMAP/DFS COVID-19 : Analyse de la situation, novembre 2020

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1. Points essentiels

Aperçu épidémiologique : Au 30 novembre et depuis le début de la pandémie en mars 2020, le Burkina Faso a enregistré un total de 3010 personnes contaminées par le virus de COVID-19, dont 68 décédées. Le chiffre des cas confirmés en novembre montre une hausse de 24% par rapport à octobre. Les régions les plus affectées sont le Centre et les Haut-Bassins qui comprennent près de 89% des cas. Le pays effectue en moyenne 377 tests par jour, ce qui reste insuffisant pour obtenir un réel aperçu de l’impact de l’épidémie dans le pays. Mesures d’endiguement et de prévention : Depuis le rapport d’octobre, peu de changements sont survenus au regard des mesures gouvernementales prises pour endiguer l'épidémie. Les écoles ont été rouvertes le 1er octobre avec l’obligation pour les élèves de porter un masque, fourni par les établissements. Les frontières terrestres restent néanmoins fermées jusqu’à présent.

Économie : Malgré des signes de reprise, l’économie nationale a été fortement impactée par les mesures mises en place par le gouvernement afin de faire face à l'épidémie. Les finances publiques continuent d’être sévèrement impactées par la pandémie du fait de la baisse des activités. Le secteur informel demeure le secteur le plus mis à mal.

Contexte Politique : Les élections présidentielles et législatives du 22 novembre se sont globalement bien déroulées malgré la faible participation électorale. En effet, le pays comptait cette année 2,9 millions de votants pour 5,8 millions d’électeurs. Ceci peut s’expliquer à la fois par l’insécurité qui a amené la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) à fermer certains bureaux de vote, mais aussi par la peur de contracter la maladie liée au COVID-19.

Sécurité : Alors que les mesures de restriction telles que la quarantaine ou le couvre-feu avaient permis une diminution des attaques des groupes armés, la levée progressive de celles-ci a donné lieu à la résurgence des violences. Les élections du 22 novembre ont pris place dans un climat d’insécurité sans toutefois causer d’incidents majeurs.

Déplacements : La persistance de la crise sécuritaire liée principalement au conflit armé a entraîné davantage de mouvements de populations. On dénombre plus d’un million de déplacés internes, notamment dans les régions du Centre-Nord, du Sahel, du Nord, de l’Est, de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Est. Le Burkina Faso accueille également près de 20 000 réfugiés venus majoritairement du Mali.

Accès humanitaire : La levée des restrictions des déplacements ont permis une reprise timide des programmes humanitaires mais la fermeture des frontières et l’état d’urgence continuent d’affecter l’accès des régions de l’Est, du Sahel, du Nord, de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Nord. Les populations déplacées sont aussi plus vulnérables à cause de l'accès réduit des agences humanitaires aux zones de déplacement Information et communication : Les informations majeures concernant la COVID-19 sont relayées par le gouvernement à travers la radio et la télévision. Les acteurs humanitaires mettent en oeuvre des campagnes de sensibilisation sur le terrain, notamment pour les personnes déplacées. La désinformation et les rumeurs sur le virus restent des problèmes récurrents pour combattre de manière efficace la propagation de la maladie.

Moyens de subsistance : Les moyens de subsistance des ménages continuent d’être affectés par la pandémie et par la riposte du gouvernement. La fermeture des commerces et des frontières ainsi que les mesures de quarantaine ont fait plonger l’économie du pays et mené à la perte des emplois de près de 70% de la population. La hausse des prix et la perte de pouvoir d’achat des ménages a diminué la capacité de ces derniers à subvenir à leurs besoins essentiels et poussé les ménages à adopter des stratégies de survie néfastes.

Sécurité alimentaire : La sécurité alimentaire reste un problème majeur pour 2,5 millions d’individus. Les problèmes d’accès aux marchés alimentaires et la perte de pouvoir d’achat des ménages aggravent une situation pré-COVID-19 déjà complexe. Entre mars et septembre, on estime à 50% l’augmentation de l’insécurité alimentaire des ménages.

Nutrition : Les taux de malnutrition ont connu une hausse dans certaines régions du pays faisant passer 6 provinces (Kompienga, Boulgou, Ziro, Mouhoun, Kossi et Gnagna) de la Phase 2 (5%≤MAG<10%) à la Phase 3 (10%≤MAG<15%) entre le premier trimestre 2020 et le troisième trimestre 2020 selon les analyses IPC MNA réalisées. Cette situation peut s’expliquer notamment par l’insécurité alimentaire montante et l’accès réduit à l’eau et aux services de santé et de nutrition. Les difficultés financières des ménages, conséquences des mesures gouvernementales, ont ces problèmes d’accès.

Santé : Les mesures adoptées par le gouvernement pour lutter contre la COVID-19 ont aggravé l’accès des populations aux services de santé, détérioré leur disponibilité et qualité et perturbé leur utilisation par la population. Néanmoins, peu de nouvelles informations ont conforté cette analyse pour le mois de novembre. La difficulté d’approvisionnement en matériel de santé, le manque de personnel et le manque d’infrastructure dans les zones en proie à l’insécurité sont autant de défis supplémentaires.

Éducation : La COVID-19 a provoqué une détérioration de l’accès à l’éducation, notamment dans les zones rurales isolées et pour les ménages les plus précaires exclus des dispositifs d’enseignement à distance mis en place suite à la fermeture des écoles. Depuis la reprise scolaire le 1er octobre, on constate que beaucoup d’établissements n’ont pas les ressources humaines et matérielles nécessaires pour mettre en place les mesures de prévention contre le virus. De plus, de nombreuses écoles restent fermées à cause des conflits ou inaccessibles car utilisées pour accueillir des personnes déplacées.

Protection : Le confinement et la fermeture des lieux de collectivité ont engendré une augmentation des violences au sein des foyers et des problèmes de cohabitation pacifique dans des espaces de vie exigus. Malgré la levée progressive des mesures gouvernementales, leurs conséquences économiques ont entraîné une baisse des revenus des ménages menant à l’adoption de nombreuses stratégies de survie néfastes par ces derniers. EHA : L’épidémie de COVID-19 a aggravé les conditions déjà fragiles de la population burkinabé en termes d’eau, d’assainissement et d’hygiène. L’accès restreint à l’eau et au savon fait obstacle au respect des mesures de prévention contre la COVID-19, notamment pour les populations déplacées. Les difficultés rencontrées par les ménages pour accéder à l’eau potable accentuent les risques de malnutrition et de maladies hydriques des enfants.