Burkina Faso

Burkina Faso : iMMAP/DFS COVID-19 : Analyse de la situation, janvier 2021

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POINTS ESSENTIELS

Aperçu épidémiologique: Au 30 janvier 2021, le nombre de cas confirmés de Covid-19 au Burkina Faso est de 10,682. En un mois seulement, ce chiffre a augmenté de 50%. Trente-cinq (35) nouveaux décès de Covid-19 sont à déplorer au cours du mois de janvier, ce qui porte le nombre total de décès à 120. La plus forte hausse de la mortalité est enregistrée dans la région des Hauts-Bassins. Chaque région administrative du Burkina Faso a déjà notifié au moins un cas confirmé. Cependant les principaux épicentres restent les régions du Centre et des HautsBassins avec 85% des cas confirmés. Mesures d’endiguement et de prévention : La recrudescence des cas observée depuis le mois de décembre n’a pas donné lieu à des nouvelles mesures d’endiguement. La stratégie adoptée par les autorités gouvernementales consiste à renforcer la sensibilisation autour de la maladie et la responsabilisation des populations.

Économie: Les mesures gouvernementales adoptées afin de réduire l’impact de la COVID-19 ont affecté directement l’économie du Burkina Faso. La baisse du PIB a fait suite à la perte d’activités des principaux secteurs économiques. La crise a, en plus, engendré des licenciements et une diminution des opportunités de travail. L’inflation générée par la fermeture des frontières et la baisse d’activités - ainsi que la perte de revenus des ménages ont une incidence marquée sur la pauvreté de la population. Les régions de l’Est, du Nord et de la Boucle du Mouhoun sont les plus durement touchées.

Sécurité: La situation sécuritaire au Burkina Faso reste toujours très volatile bien que l’on observe une accalmie depuis le début du second semestre de l’année 2020. Le Sahel est la région la plus touchée, et principalement la province du Soum, en proie à l’activisme des Groupes Armés Non Identifiés (GANI). La province la plus épargnée est celle du Séno, mais cela n’écarte pas le risque de reprise des activités des GANI dans la province. Le conflit s’envenime toujours notamment dans la province du Gourma, et provoque ainsi de nombreux déplacements de populations. Une accalmie a en revanche pu être constatée dans les régions bénéficiant de la présence accrue des FDS (Forces de défense et de sécurité), à savoir la région du Plateau-Central, des Hauts-Bassins et des Cascades, malgré la persistance d’incidents sécuritaires. Dans le Nord, également, une accalmie a été observée. De plus, des accords ont été passés le 12, 22 et 24 janvier 2021 afin de mettre fin aux violences entre les communautés peuls et dogons dans la zone des trois frontières, concernant le Mali et le Burkina Faso. Cette zone qui concentre les attaques des groupes armés observe depuis le mois de janvier, un espoir d’accalmie dans les mois à venir.

Déplacements: Les attaques et affrontements armés répétés dans certaines régions du Burkina Faso ont conduit de nombreuses personnes à fuir leur localité. L’année 2020 a été marquée par une augmentation drastique des déplacements au sein du pays. En effet, entre le mois de décembre 2019 et le mois de décembre 2020, le nombre de déplacés a augmenté de 92%. Les régions les plus touchées sont tout d’abord le Sahel et le Centre-Nord, puis les régions de l’Est et du Nord, bien que toutes les régions soient touchées par les déplacements de populations. On constate que la majeure partie des déplacés sont les déplacés internes, qui sont au nombre de 1 092 462 au 31 janvier 2021. Ce chiffre est en augmentation de 2,40% par rapport au 10 novembre 2020. Parmi eux, 53% sont des femmes et 61% sont des enfants. Les réfugiés sont au nombre de 20 250.

Accès humanitaire: D’ores et déjà entravé par le contexte sécuritaire et les facteurs environnementaux, l’accès humanitaire dans le pays s’est davantage dégradé depuis le début de l’épidémie de COVID-19. La levée des restrictions concernant les déplacements dès le mois de juin a permis une reprise timide des programmes humanitaires mais la fermeture des frontières et l’état d’urgence continuent d’affecter l’accès aux régions de l’Est, du Sahel, du Nord, de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Nord. Les populations déplacées sont aussi les plus vulnérables du fait du manque d’accès des humanitaires aux zones dans lesquelles elles habitent. Le manque de données chiffrées concernant le nombre de personnes difficiles d’accès limite l’appréciation de cet élément clé de compréhension du contexte d’intervention. En effet, le manque d’accès humanitaire, lié à la fois à la situation sécuritaire et sanitaire, engendre une augmentation du manque d’information concernant les personnes vivant dans des zones enclavées et sous présence forte des groupes armés.

Information et communication: Les informations majeures concernant la COVID-19 sont relayées par le gouvernement à travers les canaux les plus utilisés, notamment la radio et la télévision. Cependant, la désinformation et les fausses rumeurs sur le virus poussent le Gouvernement et les autorités à sensibiliser davantage la population, la désinformation ayant pour conséquence de réduire l’adhésion de la population aux gestes barrières. Afin d’atteindre la population dans son ensemble, les acteurs gouvernementaux et humanitaires se tournent vers les réseaux sociaux mais aussi vers les sensibilisations en face-à-face pour toucher les personnes n’ayant pas d’accès ou un accès limité aux canaux classiques.

Moyens de subsistance: Les moyens de subsistance de la population Burkinabè ont été directement impactés par la COVID-19 et par les mesures adoptées par le gouvernement. La fermeture des commerces et des frontières ainsi que la quarantaine ont fait plonger l’économie du pays et ont mené à des pertes d’emplois. La timide reprise économique n’a néanmoins pas permis à la majorité des ménages d’acquérir les finances adéquates pour subvenir à leurs besoins essentiels. En effet, la perte du pouvoir d’achat perdure et mène certains ménages à recourir à des stratégies d’adaptation comme l’utilisation de leurs économies ou le recours au travail journalier.

Agriculture: Dans l’ensemble, les prix du mil, du maïs et du sorgho continuent en décembre leur baisse commencé en septembre 2020, mais restent au-dessus de la moyenne quinquennale. Toutefois, il existe néanmoins d’importantes variations du prix entre les différents marchés (Bobo Dioulasso, Djibo, Koudougou, Ouagadougou, Pouytenga, Solenzo). Il y a un excédent céréalier brut de 109 321 tonnes pour la campagne agricole 2020-2021. Néanmoins, 15 provinces sur 45 sont en situation déficitaire. Sur l’ensemble de l’année 2020, il est observé une baisse de 49% du revenu agropastoral au Soum par rapport à l’année précédente. Si cette région du Sahel connaît d’importantes attaques qui peuvent expliquer cette baisse, les effets de la COVID-19 comme les problèmes d’écoulement liés à la fermeture des frontières pourraient aussi justifier cette perte du revenu agropastoral.

Sécurité alimentaire: Le dernier cadre harmonisé de novembre 2020 indique qu’environ 2,02 millions de personnes sont en insécurité alimentaire, soit une baisse de 38% comparée au cadre harmonisé d’août qui estimait environ 3,28 millions de personnes en insécurité alimentaire. Toutefois le HNO 2021 estime que 2,9 millions de personnes seront en insécurité alimentaire. Après une augmentation continue depuis le mois d’avril 2020 jusqu’à la fin du mois de septembre, les prix du mil, du maïs et du sorgho, produits alimentaires les plus importants pour la consommation ménagère, sont en relative baisse depuis octobre dans les principales villes du pays notamment Bobo-Dioulasso, Djibo, Koudougou, Ouagadougou, Pouytenga et Solenzo. Cependant, les prix restent au-dessus de la moyenne quinquennale.

Nutrition: Au Burkina Faso, l’épidémie de la COVID-19 et les mesures d’endiguement couplées à l’insécurité, empirent à situation nutritionnelle dans plusieurs provinces déjà en situation fragile (Kompienga, Boulgou, Ziro, Mouhoun, Kossi et Gnagna). Au niveau des régions, le Sahel, le Centre-Nord, le Nord, la Boucle du Mouhoun et l’Est constituent les foyers les plus préoccupants. La fermeture de certains centres de santé dans ces régions affecte l’accès des populations aux programmes de nutrition. Plus globalement, la perte d’emplois due aux mesures d’endiguement affecte la capacité des ménages à répondre à leurs besoins en termes de nutrition. Au total, les résultats du sondage national sur la nutrition (SMART) conduit entre Octobre et Novembre 2020 estiment que 631,787 enfants âgés entre 6 et 59 mois ainsi que 128,672 femmes enceintes et allaitantes souffriront de malnutrition aiguë en 2021 au Burkina Faso. Les déplacés et les populations hôtes sont les plus touchés par le phénomène de la malnutrition.

Santé: L’épidémie de la COVID-19 a aggravé la situation sanitaire du pays alors que l’insécurité avait déjà mené à la fermeture d’une partie importante des centres de santé, privant 1,7 million de personnes d’accès aux soins en août. Dans ce contexte, les mesures adoptées par le gouvernement pour lutter contre la COVID-19 ont aggravé l’accès des populations aux services de santé ainsi que la disponibilité, la qualité et l’utilisation de ces services. Au 8 février 2021, 88 formations sanitaires restent toujours fermées, soit 6,9% des formations sanitaires de six régions affectées par l’insécurité. Ce chiffre est en légère baisse par rapport à la situation du 25 octobre (Health Cluster 15/12/2020). La difficulté d’approvisionnement en matériel de santé, le manque de personnel et l’arrêt des campagnes de vaccination ont été autant de défis supplémentaires. En décembre, la ministre de la santé a reconnu des insuffisances du système de santé et de la réponse gouvernementale au début de la pandémie. Enfin, la recrudescence des contaminations, observée depuis décembre jusqu’à ce jour, et une possible continuation de la hausse de celles-ci risquent de mettre à rude épreuve les services médicaux.

EHA: L’épidémie de la COVID-19 aggrave les conditions de la population burkinabé, notamment en termes d’eau, d’assainissement et d’hygiène. En effet, le nombre de personnes ayant besoin d’assistance dans le secteur EHA est passé - entre début 2020 et décembre 2020 - de 1,9 million à 2,5 millions. L’accès aux dispositifs de lavage de mains et aux produits d’hygiène étant très limité, une partie importante de la population n’est pas dans la capacité de respecter les mesures préventives imposées par le gouvernement pour faire face à l’épidémie. Les déplacés et les communautés hôtes sont particulièrement exposés au regard de leurs conditions de vie précaires et de la pression exercée sur les infrastructures EHA par l’augmentation des besoins.

Abris: Les conditions précaires de logement, la promiscuité, le manque de produits d’hygiène, et la cherté des loyers ont accru les difficultés d’accès aux logements et les risques de contamination à la COVID-19 au sein des populations déplacées et hôtes. Par ailleurs, l’épidémie semble avoir provoqué une hausse des prix des combustibles solides et a perturbé les activités de construction du fait des difficultés d’importation des matériaux.

Éducation: L’épidémie de COVID-19 a provoqué une détérioration de l’accès à l’éducation, notamment dans les zones rurales isolées et pour les ménages les plus précaires. Depuis la reprise de l’enseignement le 1er octobre, on constate que beaucoup d’établissements n’ont pas les ressources humaines et matérielles nécessaires pour mettre en place les mesures de prévention contre le virus tandis que beaucoup d’autres restent fermés à cause de l’insécurité. Ainsi, au 29 janvier, un total de 311,201 élèves et 12,215 enseignants étaient affectés par la fermeture de 2193 écoles à cause de l’insécurité, notamment dans les régions frontalières au Mali et au Niger. Les enfants déplacés et réfugiés restent les plus exposés aux problèmes d’accès.

Protection: Les effets de la crise sécuritaire antérieure à l’épidémie au Burkina Faso ont été exacerbés par les mesures restrictives adoptées par le gouvernement pour faire face à la COVID-19. En effet, les mesures de lutte contre la pandémie de COVID-19 ont entraîné une baisse des revenus menant à l’adoption de nombreuses stratégies de survie négatives. Il faut aussi souligner une diminution des actions humanitaire, associative et sociale en matière de protection pendant la mise en place des mesures de restrictions de mouvement. Cette baisse de l’assistance a aggravé une situation pré-COVID dans laquelle l’accès aux services sociaux de base était déjà limité. L’amplification des incidents sécuritaires cause un risque supplémentaire d’incidents de protection. La hausse des contaminations en décembre pourrait mener à une adoption de nouvelles restrictions contre la COVID-19 qui risqueraient d’aggraver les problèmes de protection comme ce fut le cas au début de l’épidémie au Burkina Faso.