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AFRIQUE DE L'OUEST: La révolution nutritionnelle du Sahel

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DAKAR, 26 juillet 2010 (IRIN) - Le manque de nourriture et les taux élevés de malnutrition sont depuis longtemps une réalité au Sahel, mais la compréhension de la malnutrition a radicalement changé depuis la sécheresse prolongée du début des années 1970.

« Auparavant, alimentation et nutrition étaient vues comme indissociables, la réponse au problème de la malnutrition se faisait donc par le biais de la sécurité alimentaire ; le concept de sécurité nutritionnelle est relativement récent. Il y a la question de l'accès à la nourriture, mais également de la qualité et de la sûreté des aliments, des pratiques de soins des enfants, de l'accès à la santé, à l'hygiène et aux installations sanitaires », a indiqué Félicité Tchibindat, conseillère nutrition du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre.

IRIN propose une brève vue d'ensemble de la discrète révolution nutritionnelle au Sahel, vaste région transitoire située le long de la frange sud du désert du Sahara.

La Grande Sécheresse sahélienne, 1968-1974

Plusieurs années de faibles précipitations ont épuisé les réserves d'eau du Mali, du Niger et du Tchad. Dès 1971, le lac Tchad ne faisait plus qu'un tiers de sa superficie normale, l'herbe et les plantes à racines traçantes étaient desséchées et le bétail mourrait.

Les éleveurs ont commencé à émigrer vers les villes, suivis par les communautés rurales qui ne pouvaient plus cultiver leurs terres ; la population de Dakar, la capitale du Sénégal, a augmenté de 42 pour cent. Jusqu'à 100 000 personnes et un tiers du bétail sont morts [http://www.adf.gov/ndpart1-thedrought.pdf] de famine et de maladies selon l'Agence des états-Unis pour le développement international.

« La réponse à la malnutrition dépend de notre compréhension des causes », a dit Mme Tchibindat à IRIN. Dans les années 1960 et 1970, la malnutrition se définissait comme un déficit d'apport en protéines et en énergie.

« La distinction entre la faim et la malnutrition n'était pas claire. On pensait que la malnutrition pouvait être soignée en donnant suffisamment de nourriture - les enfants étaient hospitalisés et recevaient un traitement hyperprotéique ; les taux de mortalité atteignaient les 50 pour cent ».

1983-84, Sécheresse dans le Sahel

Les pays sahéliens ont reçu des précipitations parmi les plus faibles jamais enregistrées jusqu'en 1983 et 1984. Bien que cette sécheresse ait été plus sévère que celle des années 1970, le Programme des Nations Unies pour l'environnement a indiqué que les dommages causés étaient moindres, car les économies et les communautés avaient mis en place de meilleures stratégies d'adaptation. Cependant, les récoltes ont été mauvaises, les pâturages ont vu leur superficie diminuer et un tiers du bétail a péri, selon une étude menée par l'Organisation de coopération et de développement économique et la Communauté économique des états d'Afrique de l'Ouest.

Dix ans après la Grande Sécheresse sahélienne, la compréhension scientifique de la malnutrition évoluait - la malnutrition, ce n'était plus seulement des estomacs vides, mais également un manque d'éléments nutritifs - cependant les traitements sont restés les mêmes.

« Nous pensions encore que les crises étaient exceptionnelles et nous n'intervenions que lorsque la situation était catastrophique », a dit à IRIN Stéphane Doyon, responsable de la nutrition pour Médecins sans Frontières (MSF). « Nous mettions en place des hôpitaux pour soigner les enfants atteints de malnutrition sévère en leur donnant du porridge ; au même moment, des distributions générales de nourriture étaient organisées ».

Le traitement a remporté un certain succès - trois enfants sur quatre se rétablissaient, tout en restant chétifs ; cela demandait également beaucoup de travail - un travailleur médical devait se trouver au chevet de chaque enfant et les installations médicales pouvaient accueillir un maximum de 200 enfants.

« Nous nous concentrions sur les enfants les plus atteints, [ceux] pour qui les risques de décès étaient élevés », a dit M. Doyon. « Nous devions refuser des patients et nous leur donnions de la nourriture par compassion. [Des mères] venaient dans les hôpitaux des centres urbains et restaient de 30 à 40 jours avec leur enfant, en laissant d'autres derrière elles ».

2005, Crise alimentaire au Niger

D'abord, les précipitations ont pris fin de manière précoce, puis les sauterelles ont fait leur apparition. Au Niger, le manque de céréales et de fourrage pour les animaux ont provoqué des morts, ainsi qu'une augmentation en flèche des prix des aliments. Quelques 3,3 millions de personnes ont été affectées, dont 800 000 enfants de moins de cinq ans, selon les Nations Unies.

=C0 la fin des années 1990, le développement des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi (RUTF), comme Plumpy'nut, a permis de soigner les enfants souffrant de malnutrition aig=FCe sévère, mais n'ayant pas de complications médicales, sans les hospitaliser.

« Cela nous a permis de soigner bien plus d'enfants avec des taux de réussite similaires ou même supérieurs - de 85 à 90 pour cent - et de toucher une partie plus importante de la population. Les gens étaient satisfaits des consultations ambulatoires, car ils n'avaient plus à s'absenter de leur domicile pour plusieurs jours. De plus, les enfants ne risquaient plus d'être exposés à d'autres maladies à l'hôpital », a dit M. Doyon de MSF.

Des réponses de grande envergure ont ainsi pu être apportées. En 2002, MSF avait besoin de 2,000 personnes pour soigner 10 000 enfants mal nourris en Angola ; deux ans plus tard, le même nombre d'enfants étaient soignés au Niger par 120 personnes distribuant des pâtes enrichies en nutriments en consultation ambulatoire.

Lorsque la crise a frappé le Niger en 2005, MSF a pu traiter 70 000 enfants. « Cela représente environ le nombre d'enfants que nous avions soigné au cours des trois décennies précédentes », a dit M. Doyon.

2010, Crise alimentaire et au-delà

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, la baisse de la production de céréales et les mauvaises conditions pastorales, associées à la pauvreté, à la croissance rapide de la population et aux prix élevés des aliments, ont mis 10 millions de personnes en danger de faim avant les récoltes de septembre au Niger, au Tchad, au Burkina Faso et dans le nord du Nigeria.

Actuellement, la plupart des enfants sont soignés à domicile, mais les organisations humanitaires ont demandé à ce que davantage d'attention soit portée aux enfants de moins de deux ans et à la malnutrition aig=FCe modérée. Dans des pays comme le Niger, de trois à quatre pour cent des enfants souffrent en général de malnutrition sévère, tandis que 10 à 15 pour cent souffrent de malnutrition modérée, a noté Mme Tchibindat de l'UNICEF.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que si un soutien adapté n'est pas proposé, les enfants souffrant de malnutrition modérée pourraient être affectés par une malnutrition aig=FCe sévère, « mais il a fallu beaucoup de temps avant de comprendre que c'était une suite logique », a-t-elle ajouté.

« En 2006, nous avons réalisé que nous faisions face à des [taux] élevés de malnutrition [aig=FCe] en permanence, et que la saison de soudure serait toujours difficile », a dit M Doyon de MSF. « Nous avons pensé que nous devions essayer de soigner les enfants avant qu'ils ne soient atteints de malnutrition sévère. =C7a a marché ».

Le traitement habituel de la malnutrition modérée, qui n'a quasiment pas évolué au cours de ces trente dernières années, devrait être amélioré. « Les farines à base de céréales manquent de nutriments essentiels et ne sont pas conformes aux critères de l'OMS », a-t-il dit.

Banda Ndiaye, directeur de l'Initiative pour les micronutriments au Sénégal, a souligné que la consommation et l'absorption insuffisantes de micronutriments pourraient avoir des répercussions à long terme sur la santé des enfants. « Par exemple, un déficit en vitamine A diminue la résistance de l'enfant aux infections et accroît les risques de décès en cas de diarrhée ou de rougeole, tandis qu'une carence en fer affecte le développement des capacités intellectuelles ».

Mme Tchibindat est du même avis. « Plus nous agirons tôt, plus l'impact sera important. Nous devrions même intervenir lors de la grossesse pour empêcher que les enfants naissent avec un retard de croissance intra-utérin qui se définit par un faible poids à la naissance et un risque élevé d'être touché par la malnutrition lors de la petite enfance », a-t-elle dit.

« Nous devons étudier la genèse de la malnutrition et prendre du recul par rapport à l'intervention médicale. Les investissements doivent être réalisés sur une période de cinq à 10 ans, et non pas sur une période de 12 à 18 mois ».

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