Benin

Examen stratégique national faim zéro au Benin

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Résumé exécutif

Les Chefs d’États et de Gouvernements ont fait de l’élimination de la faim l’un des Objectifs du « Programme de développement durable à l'horizon 2030 », grâce à l’Objectif de Développement Durable (ODD) n°2. Ainsi, chaque pays est appelé à mettre en place des politiques et stratégies spécifiques, pour l’atteinte de cet objectif à l’horizon 2030. C’est dans ce contexte que le présent examen stratégique national « faim zéro » a été initié conjointement par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et le Gouvernement du Bénin.

L’objectif principal de cet examen stratégique est de faciliter la mise en œuvre et le progrès vers la réalisation de l’ODD 2, pour l’élimination de la faim et l’amélioration de la nutrition au Bénin. De manière spécifique, il s’agit d’un processus indépendant et participatif pour : (i) réaliser une analyse conjointe, holistique et approfondie de l’état de la sécurité alimentaire et de la situation nutritionnelle au Bénin, (ii) analyser les progrès atteints à travers les politiques, les programmes, les capacités institutionnelles et les ressources visant à l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition, de même que les lacunes à ces différents niveaux et (iii) identifier les domaines d’actions prioritaires en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle pour le Bénin, ainsi que les modalités de leur mise en œuvre.

La première phase de la méthodologie de l’examen stratégique a consisté à définir des thématiques sectorielles. A cet effet, cinq thèmes centraux en lien avec la sécurité alimentaire et nutritionnelle ont été identifiés pour structurer le diagnostic du contexte et des actions visant la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Bénin. Autour de ces thèmes ont été créés des groupes thématiques de travail composés de représentants de diverses structures et des experts de l’équipe de recherche, chargée de réaliser l’examen stratégique. Une recherche bibliographique et une collecte de données ont permis de collecter des informations secondaires en rapport avec les cinq thématiques centrales de l’examen stratégique, le cadre programmatique et les interventions en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle au Bénin. Ces données ont été principalement obtenues sur Internet et auprès de diverses institutions. Des entretiens physiques ont été réalisés avec des personnes-ressources dans les institutions nationales et internationales qui produisent des données ou mènent des actions relatives à la sécurité alimentaire et nutritionnelle du Bénin. Les données quantitatives recueillies ont été analysées au niveau national et des désagrégations faites par région/département et commune. Des analyses qualitatives ont été également effectuées au besoin. Enfin, plusieurs ateliers et autres formes de consultations régionales avec les partenaires dans le Nord, le Centre et le Sud du pays ont été organisés.

Le diagnostic a révélé un niveau élevé de disponibilité alimentaire. D’après le rapport national sur le développement humain 2015, le Bénin est globalement autosuffisant au plan alimentaire sur la décennie 2004-2013. Le taux d’autosuffisance alimentaire est égal à 91,7% sur cette période. La production céréalière, la production des racines et tubercules et la production des légumineuses ont enregistré respectivement un taux de croissance (6,5%, 3,8% et 4,0%) supérieur à celui de la population (3,5%) entre 2003 et 2013. Toutefois, la production animale (production du lait, de viande et de l’œuf) et la production halieutique sont restées relativement faibles avec des taux de croissance inférieurs à celui de la population. En revanche, le Bénin reste toujours dépendant des importations pour satisfaire la demande intérieure totale en riz qui constitue une culture importante dans l’évaluation de la situation alimentaire au Bénin selon l’analyse chronologique du Taux d’Autosuffisance Alimentaire sur la période 2004-2013. L’analyse de l’adéquation des disponibilités énergétiques alimentaires a montré que les disponibilités énergétiques alimentaires au Bénin sont supérieures aux besoins de la population au cours des deux dernières décennies. La part des denrées alimentaires pour lesquelles le Bénin est relativement autosuffisant (maïs, manioc, igname, niébé, soja, arachide, piment, patate douce, mil et sorgho) dans les disponibilités énergétiques alimentaires s’est aussi régulièrement placée au-dessus du niveau moyen observé dans la sous-région Ouest-Africaine (66%).

L’accessibilité physique des ménages aux marchés est satisfaisante pendant une grande partie de l’année. En 2013, 51% des villages ou quartiers de villes sont à environ 30 minutes de marche du marché le plus proche. Au niveau régional, l’accessibilité physique des ménages urbains aux marchés est plus aisée. L’analyse de l’indice national des prix des produits alimentaires a montré que le niveau général des prix des produits alimentaires maintient une tendance haussière depuis la crise de 2008. Cette hausse constitue une limite à l’accès économique des ménages les plus vulnérables. Des actions sont mises en œuvre au fil du temps par le Gouvernement Béninois pour maîtriser les effets de la hausse des prix sur les ménages, notamment des boutiques témoins gérés par l’Office National d’Appui à la Sécurité Alimentaire et le programme pilote de filets sociaux dans le cadre du Projet de Services Décentralisés Conduits par les Communautés.

Malgré l’augmentation croissante de la disponibilité alimentaire dans le temps sur le plan national, il existe des disparités régionales en matière de sécurité alimentaire. En 2017, moins de la moitié des ménages (47,5%) sont en sécurité alimentaire, 42,9% sont en sécurité alimentaire limite et 9,6 % en insécurité alimentaire globale (modérée 8,9% et sévère 0,7%) La situation est particulièrement critique dans les départements de l’Atacora, du Couffo, des Collines et du Zou qui sont les plus touchés par l’insécurité alimentaire, avec respectivement 23,6%, 16,2%, 15,3% et 11,7% de ménages affectés.

S’agissant de la situation nutritionnelle, la revue a relevé que la prévalence de la malnutrition aiguë est heureusement en diminution au niveau national. Elle a baissé de 8,4% chez les enfants de moins de cinq ans en 2006 à 4,5% en 2014. Cependant, l’Alibori présente une forte prévalence (10%) correspondant à une situation d’alerte. L’Atacora, le Borgou et le Mono présentent une situation à surveiller avec une prévalence entre 5 et 7 %. Par ailleurs, 34% des enfants de moins de cinq ans au niveau national souffrent de retard de croissance en 2014. Ce chiffre traduit une amélioration par rapport à celui enregistré en 2006 (43,1%). Mais les départements du Borgou et de l’Alibori restent fortement affectés avec une prévalence de plus de 40%.

Le Conseil de l’Alimentation et de la Nutrition (CAN) assure un rôle important dans le cadre institutionnel en place au Bénin pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il constitue une structure interministérielle, multisectorielle et multi-acteurs, de coordination des actions spécifiques et sensibles à la nutrition. Outre le CAN, plusieurs institutions, des Ministères, le système de recherche agricole, les collectivités territoriales, la société civile et des Partenaires Techniques et Financiers, interviennent dans la mise en œuvre des programmes de sécurité alimentaires et nutritionnelle.

En matière de politiques et stratégies en lien avec la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la politique agricole au Bénin a pris une nouvelle tournure depuis 2007 avec l’élaboration et la mise en œuvre du Plan Stratégique de Relance du Secteur Agricole qui vise à l’horizon 2015, l’amélioration des performances de l’agriculture pour la rendre capable d’assurer de façon durable la souveraineté alimentaire de la population, et de contribuer au développement économique et social du pays. Il faudra attendre plusieurs années pour connaître l’impact réel de ce Plan sur la croissance agricole et la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Sur la période 2016-2025, les orientations du Gouvernement Béninois portent une vision de développement axée sur la promotion de l’économie agricole par des approches filières plus productives et rentables. A cet effet, le Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole (PSDSA 2017-2025) et le Plan National d’Investissements Agricoles et de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (PNIASAN 2017-2021) ont été adoptés. Le processus d’élaboration du PSDSA et PNIASAN est basé sur la Politique Agricole Régionale adoptée par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et qui met l’accent sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la compétitivité, la modernisation et l’adaptabilité des systèmes de production, le développement des marchés intracommunautaires et internationaux, l’accroissement des investissements à destination du secteur agricole. Plusieurs politiques en lien avec la sécurité alimentaire et nutritionnelle ont été adoptées dans les secteurs de la santé et des affaires sociales.

Un Plan Stratégique de Développement de l’Alimentation et de la Nutrition a été élaboré en 2009 et est en cohésion avec les documents de politique des secteurs liés à la nutrition (santé, agriculture, affaires sociales, éducation). Un document de politique à vision plus globale et à plus long terme, Politique multisectorielle de Nutrition, est en cours d’élaboration.

De nombreux programmes et projets intervenant dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle sont menés au Bénin. Leur financement est assuré par des fonds publics et privés. Les fonds publics sont constitués par les ressources du budget national et les ressources extérieures mises en place avec l’appui des Partenaires Techniques et Financiers. Les fonds privés concernent les investissements directement faits par ou à travers les acteurs non étatiques que sont les Organisations Professionnelles Agricoles, les Organisations Non Gouvernementales et le Secteur Privé.

La revue des interventions de sécurité alimentaire et nutritionnelle au Bénin a relevé plusieurs insuffisances :

  • un grand manque de cohésion, de coordination et de communication entre intervenants, ce qui entraîne la duplication des actions dans les mêmes localités avec pour conséquence, l’absence d’actions dans d’autres ;

  • la courte durée des interventions avec pour conséquence un manque de perspectives à long terme ;

  • la non prise en compte des besoins des communautés à la base dans la conception des projets et programmes;

  • la mauvaise compréhension des fonctions organiques du CAN par les divers intervenants et son manque de visibilité;

  • le manque de personnel au CAN ;

  • l’insuffisance des connaissances des agents des autres secteurs sur la nutrition, l’insuffisance voire l’absence de contrôle de qualité sanitaire des produits alimentaires en général et l’insuffisance des études relatives aux déterminants du double fardeau nutritionnel et en particulier sur l’obésité et les maladies non transmissibles affectant l’état nutritionnel et sanitaire des populations ;

  • le manque d’une dimension intégrée dans la plupart des programmes et projets de gestion des ressources naturelles favorisée par l’absence d’un cadre formel de concertation entre les différentes institutions ;

  • l’absence quasi-totale de valorisation des produits forestiers non ligneux pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations ;

  • l’inexistence de statistiques et de données réelles et actualisées sur l’état des ressources naturelles pour servir de mémoire et d’outil de prise de décisions pour une gestion efficiente des ressources naturelles.

Plusieurs défis sont à relever en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle au Bénin. Ces défis sont de divers ordres :

(i) les défis identifiés au niveau du cadre socio-économique et culturel concernent entre autres les difficultés d’accès au foncier pour les exploitants agricoles, les difficultés d’accès au marché pour les petits producteurs, les difficultés d’accès au financement dans le secteur agricole, l’accès insuffisant aux services de santé, et le faible niveau d’éducation des chefs de ménages ;

(ii) en matière de gestion des ressources naturelles, les changements climatiques, la faible capacité de résilience des populations vulnérables face aux impacts des changements climatiques, la destruction de la biodiversité, la dégradation des sols et du couvert végétal, et la pollution des systèmes écologiques constituent des défis pour la souveraineté alimentaire au Bénin ;

(iii) sur le plan des productions agricoles, les défis identifiés concernent la petite taille des exploitations agricoles, la faible adoption des technologies disponibles, la faible productivité agricole, la forte dépendance aux importations de denrées alimentaires ;

(iv) au niveau de la gestion de la production agricole et des activités post-récoltes, le niveau trop élevé des pertes post-récoltes, les difficultés d’approvisionnement en matières premières et en intrants agricoles de qualité répondant aux normes et les besoins de formation non satisfaits et de technologies performantes pour le marché sont entre autres les défis relevés ;

(v) en matière de la nutrition et de la santé des populations, les défis sont relatifs aux régimes alimentaires inadéquats et pratiques inappropriées, aux mauvaises pratiques d’hygiène et d’assainissement, à l’accès insuffisant à l’eau et aux services de santé et maladies, et aux problèmes liés à l’autonomisation de la femme et à l’emploi des jeunes.

Il existe des opportunités pour faire face à ces défis et contribuer de manière durable à l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il s’agit entre autres de : l’existence d’un cadre institutionnel adéquat (notamment le CAN), la délocalisation progressive des interventions au niveau décentralisé, la valorisation du potentiel des produits forestiers non ligneux, l’existence du Programme National d’Investissements Agricoles de deuxième génération et les expériences du passé qui peuvent servir de boussole pour les futures prises de décisions.

Au terme de la revue, plusieurs axes stratégiques ont été identifiés pour orienter les actions prioritaires susceptibles de contribuer à l’atteinte de l’ODD 2 à l’horizon 2030 au Bénin:

  • le développement / accroissement de la production agricole ;

  • le renforcement de la résilience des populations face aux risques /chocs les rendant vulnérables à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle ;

  • alimentation scolaire intégrée et promotion du développement local « Faire de l’école un pôle de développement local » ;

  • le développement des stratégies globales de réduction des pertes post-récoltes ;

  • le renforcement du dispositif de contrôle de la qualité et de la sécurité sanitaire des aliments ;

  • le renforcement des actions spécifiques et promotion des actions sensibles à la nutrition ;

  • le renforcement / promotion de la communication et du plaidoyer pour une bonne alimentation et nutrition ;

  • l’encadrement législatif pour l’atteinte et le maintien de la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Bénin ;

  • la protection sociale et prise en compte du genre ;

  • l’amélioration de la gouvernance et de la coordination à tous les niveaux dans la mise en œuvre de tous les projets et programmes.