Benin

Evaluation finale de P4PII et P4PIII

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Evaluation and Lessons Learned
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RESUME

Le Bénin fait partie des pays en développement où la prévalence du retard de croissance au sein des enfants de moins de 5 ans est considérée comme étant très élevée (≥ 30%). Ce retard de croissance s’installe particulièrement au cours des 1000 premiers jours de vie. Des études ont montré qu’au Bénin, 72% des enfants de 6 à 59 mois et 58% des femmes en âge de procréer sont atteints d’anémie. Afin de prévenir la malnutrition parmi les enfants de 0 à 23 mois et les femmes en âges de procréer, CARE International Bénin/Togo a initié un programme intégré de nutrition dénommé « Nutrition au Centre ». Ce programme est le point de départ de la mise en oeuvre du projet P4P qui vient de boucler sa troisième phase. L’objectif principal de P4P III est de contribuer à réduire le retard de croissance et l'anémie chez les enfants de moins de 2 ans, et l'anémie chez les femmes en âge de procréer, en augmentant la disponibilité et l'accès équitable aux aliments d'origine animale et végétale à haute valeur nutritive. La présente étude vise à évaluer les résultats de P4P II dans les communes d’Adjohoun et Dangbo et de P4P III dans les 4 communes bénéficiaires que sont : Adjohoun, Dangbo, Covè et Djakotomey. Les informations ont été recueillies auprès de 475 couples mère-enfant de 6 à 23 mois en utilisant des entretiens individuels et des questionnaires, et auprès de 114 groupements bénéficiaires de P4P en utilisant un guide d’entretien. L’analyse des données collectées a été effectuée grâce au logiciel SPSS (version 21) et a permis d’obtenir des résultats chiffrés sous forme de tableaux et de graphiques.

Plus de la moitié des mères ne sont pas scolarisées dans Dangbo (52,1%), Adjohoun (61,3%) et Djakotomey (55,9%), alors que dans Covè, 53,4% sont scolarisées. Parmi les mères enquêtées, celles dont les ménages ont mis en place leur propre élevage à partir des produits P4P se retrouvent uniquement dans la commune de Dangbo et représentent 87% de celles appartenant aux groupements avicoles et 13% de celles appartenant aux groupements cunicoles. Les mères n’achètent pas systématiquement les produits de leur groupement. Cependant, des proportions élevées d’achat sont observées pour les produits coturnicoles à Covè (59,5% des mères) et pour les poissons à Dangbo (86,7%). La consommation constitue la principale utilisation des produits P4P achetés dans les groupements quelle que soient la spéculation et la commune. Cette consommation se fait très rarement (moins d’une fois/mois) ou rarement (1 à 3 fois/mois) dans toutes les communes et quelle que soit la spéculation.

Dans l’ensemble des quatre communes d’intervention : plus de la moitié des mères et leurs enfants de 6 à 23 mois ont atteint la diversité alimentaire minimum. Les proportions d’enfants ayant reçu le nombre de fréquence minimale des repas recommandés varient de 58,6 à 69,5% et celles ayant atteint le minimum alimentaire acceptable varient de 28,6 à 60,2%. Ces proportions sont nettement supérieures aux valeurs obtenues au niveau national, traduisant ainsi un impact très positif sur les pratiques d’alimentation des enfants de 6 à 23 mois dans les communes d’intervention de CARE Bénin/Togo. Le poisson représente l’aliment source de protéine le plus consommé par les enfants de 6 à 23 mois (64,7 à 83,1%) et leurs mères (81 à 94,9%) le jour précédant l’enquête quelle que soit la commune.

Les proportions de mères en sécurité alimentaire varient de 20,2 à 32,2% dans les quatre communes. Ces valeurs sont supérieures à celles obtenues dans les départements auxquels appartiennent les communes en utilisant l’Echelle d’Accès pour l’Insécurité Alimentaire des ménages. Elles suggèrent également une amélioration de la sécurité alimentaire des ménages bénéficiaires du projet P4P par rapport aux ménages non bénéficiaires.

La totalité des mères membres des groupements bénéficiaires du projet P4P ont accès aux services financiers informels grâce à l’arrivée du projet. Ceci a permis à de nombreuses mères de développer une activité génératrice de revenue dans les communes d’intervention à l’exception des mères de la commune de Covè.

En considérant la participation à la prise de décisions sur la gestion des ressources du ménage dans les communes, la majorité des mères décident, soit seules ou soit ensemble avec leur conjoint, de comment utiliser les revenus issus de leurs activités génératrices de revenus (85,4% à 100%) ; de l’utilisation des ressources financières pour l’épargne dans leurs ménages (73,1% à 94,9%) ; du choix de la structure d’épargne (79,6% à 93,1%) ; des ressources financières à allouer à l’alimentation (61% à 97,5%). Toutefois concernant la vente ou de l’achat des biens (motos, voiture, outils agricoles, etc.) appartenant au ménage, la scolarisation des enfants et des ressources financières à y allouer, ainsi que les ressources financières à allouer aux soins des enfants, c’est le mari seul qui décide pour 65,3% à 76,3% des mères dans la commune de Djakotomey ; tandis que la participation des mères à la prise de ces décisions est notée chez 57,2% à 92,5% des mères dans les communes de Dangbo, Adjohoun et Covè.

Concernant les risques d’entéropathie environnementale dans les communes de Covè et de Djakotomey, des efforts restent à fournir. En effet, les proportions des mères qui pratiquent le lavage des mains aux 5 moments critiques sont de 49,1% dans la commune de Covè et de 56,9% dans la commune de Djakotomey. Seulement 15,5% des mères déclarent laver les mains de leurs enfants aux trois moments critiques dans la commune de Covè, tandis que dans la commune de Djakotomey, cette proportion est de 57,6%. La plupart des mères enquêtées à Covè et à Djakotomey ne disposent pas d’enclos pour les animaux dans leur ménage (85,3 et 95,8%).

En général, la grande majorité des mères enquêtées dans les communes de Covè et de Djakotomey (93 à 100%) peut se rendre, toutes seules ; au marché pour acheter ou vendre des choses ; aller chercher de l’eau ; aller à des cours de formation, y compris des cours d'alphabétisation pour adultes ; aller au centre de santé (lorsqu’elles sont malades) ; aller à une réunion de la communauté ; aller chez des amis près de chez elles (dans le même village) ; aller à l’extérieur du village et aller à l'église ou à la mosquée. Néanmoins, des proportions élevées de mères de ces communes tolèrent les violences conjugales quand la femme sort sans informer son mari (45,8% et 56,9%), quand elle ne prend pas bien soin des enfants (53,4% et 62,1%) ou quand ou quand elle se dispute avec son mari (39,7% et 47,5%).

S’agissant de la disponibilité des produits P4P dans les groupements bénéficiaires, on remarque un groupement qui dispose de 120 têtes d’escargots dans la commune de Dangbo et un autre groupement qui dispose de 2000 têtes de poissons dans la commune d’Adjohoun, marquant ainsi une grande augmentation par rapport au nombre de têtes d’animaux initialement reçus. En général, les nombres de femelles actuellement disponibles sont plus importants que les mâles pour l’ensemble des spéculations. La vente et le partage entre membres sont les modes d’utilisation les plus courants dans les groupements. Toutefois, certains groupements se contentent uniquement, pour le moment, d’élever leurs animaux à cause de la petite taille de l’exploitation où par préférence. La plupart des groupements enquêtés ont rencontré des difficultés dans la conduite de leur élevage. Malgré cela, la majorité de ces groupements est satisfaite des interventions et souhaite continuer avec le même produit P4P dans les quatre communes.

Le projet P4P a démontré de nombreux résultats positifs et les acquis doivent être renforcés afin d’assurer leur enracinement au sein des communautés et la pérennisation. Des progrès ont été réalisé par CARE Bénin/Togo et ses partenaires en ce qui concerne la disponibilité des protéines, l’accès des ménages à ces protéines et la diversification de l’alimentation pour les membres des ménages. Il en est de même pour les pratiques d’hygiène indispensables pour la bonne utilisation des aliments par l’organisme. Néanmoins, la taille de l’exploitation mise en place par les ménages, les capacités d’approvisionnement alimentaire du ménage ainsi que les facteurs socioculturels continuent d’influencer la fréquence de consommation des aliments riches en protéines et la diversification alimentaire. L’insécurité alimentaire continue d’être un problème pour une tranche importante des ménages bénéficiaires des communes d’intervention du projet P4P, surtout dans la commune d’Adjohoun. D’autres défis restent également à relever tels que : les pratiques de lavage des mains des femmes et des enfants à tous les moments critiques, l’élevage des animaux en enclos, l’amélioration de la participation de la femme à la prise de décision sur la gestion des ressources du ménage.