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Afrique de l'Ouest - Crise rizicole, évolution des marchés et sécurité alimentaire, Avril 2011

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Résumé

La crise de 2008 sur les marchés internationaux du riz aura fortement touché l’Afrique de l‘Ouest. La région est l’un des pôles majeurs d’importation de riz au niveau mondial et ne couvre que 60% de ses besoins en riz. Elle dispose néanmoins d’importantes potentialités rizicoles, notamment dans les bassins nigérians, guinéens et maliens. Les coûts de production du riz dans la région – de 140 dollars (Bénin) à 320 dollars (Libéria) par tonne de paddy – soutiennent aussi la comparaison avec les grands exportateurs mondiaux, mais la culture du riz demeure largement extensive dans la région.

La consommation de riz per capita dans la région est proche des niveaux asiatiques, surtout dans des pays côtiers tels que la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Sénégal et la Sierra Leone, où ‘riz’ est synonyme de sécurité alimentaire. Cette céréale a une place prépondérante au niveau de la consommation et dans les dépenses familiales des plus pauvres. Ainsi, par exemple, une augmentation de 30% du coût du riz fait augmenter le taux de pauvreté de 64% à 70% au Libéria.

Logiquement, la crise mondiale de 2008 a eu des conséquences néfastes sur le niveau d’insécurité alimentaire des ménages, en particulier en milieu urbain. La crise s’est répercutée en Afrique de l’Ouest, mais avec des effets variables selon les politiques, les disponibilités locales et les taux de change. Si les prix mondiaux du riz ont triplé début 2008, ils n’ont augmenté « que » de 50 à 80% dans la région, et souvent avec un décalage de quelques mois. Les importations se sont soit maintenues (Nigéria), soit ont été réduites (Sénégal). Pour les commerçants, il n’y a pas eu d’effet d’aubaine : ils ont souvent été amenés à réduire leurs marges, voire vendre à perte. Les consommateurs, pour leur part, ont dû souvent s’endetter, réduire leurs volumes d’achats de riz, ou encore chercher des substituts, tels que les céréales sèches ou les dérivés du manioc.

Les gouvernements ouest africains ont répondu en adoptant des mesures d’urgence, particulièrement onéreuses, notamment pour le Libéria et le Sénégal où le coût de la défiscalisation des importations alimentaires a dépassé 1% du PIB. Ces mesures n’ont pas été coordonnées et nombre d’entre elles sont toujours en vigueur. En effet, le Libéria par exemple n’a toujours pas réinstauré les droits de douane sur le riz. Le commerce régional du riz continue à faire l’objet de trop nombreuses entraves. En revanche, des mesures plus structurelles traduisent la volonté des Etats d’augmenter l’autosuffisance alimentaire. Les donateurs ont pour leur part, généralement offert un soutien accru aux initiatives de sécurité alimentaire et d’appui à l’agriculture dans les pays ouest africains.

Ces nouvelles mesures structurelles vont dans le sens d’un transfert de ressources vers l’agriculture de la part du secteur public et privé. Dans la région on constate aussi l’émergence de filières intégrées, où les acteurs de la transformation industrielle fournissent les semences aux producteurs et organisent la commercialisation d’un riz local de haute qualité. L’Etat intervient également dans la commercialisation par le biais des offices et sociétés d’Etat. Les achats institutionnels de riz local ont ainsi augmenté depuis 2008, y compris par le biais des programmes d’achats ciblant directement les organisations paysannes. Ces évolutions témoignent de la volonté des partenaires d’améliorer l’accès au marché des producteurs.

Mais, si les mesures prises ont temporairement permis de stabiliser l’accroissement des importations entre 2008 et 2010, ces dernières sont à nouveau en augmentation à la faveur de la baisse des coursCrise rizicole, évolution des marchés et sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest mondiaux. Le différentiel de prix entre riz local et riz importé est revenu à son niveau pré-crise. Trois 6 ans après, la dynamique de 2008 semble donc s’essouffler.

En conclusion, la région demeure tributaire du marché international pour son approvisionnement.
Les populations urbaines pauvres des pays à forte consommation de riz restent particulièrement exposées aux aléas du marché international du riz. Sous l’effet de l’accroissement démographique et des problèmes d’accès au foncier, une paupérisation des riziculteurs est déjà visible et tend à s’accélérer notamment à l’Office du Niger et dans la Haute vallée du Fleuve Sénégal. En revanche, les producteurs du bassin nigérian pourraient profiter d’une augmentation de leurs revenus s’ils parvenaient à s’intégrer au marché régional, compte tenu du dynamisme du marché du riz au Nigéria.

Au vu de l’ampleur et du caractère régional des défis, un débat sur la régulation des prix du riz et sur les politiques commerciales devrait être encouragé au niveau du CILSS et de la CEDEAO, dans l’objectif de coordonner les politiques nationales, voire de favoriser une approche régionale d’appui des filières rizicoles et céréalières.