Deux cas de violences envers les migrants chaque jour : une situation provoquée par une minorité de policiers qui n’a que trop duré

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from Médecins du Monde
Published on 18 Jan 2018 View Original

Depuis l’été dernier, les équipes de Médecins du Monde présentes autour du Parc Maximilien rapportent régulièrement les violences, intimidations et confiscations dont sont victimes les personnes qu’elles rencontrent. Avec en moyenne deux témoignages chaque jour, l’organisation pointe un problème récurrent et inquiétant. Médecins du Monde craint que les nouvelles actions policières annoncées par les autorités ne mènent à une augmentation de ces violences, et appelle le ministre Jambon à lancer une enquête.

« J’ai été emmenée par la police et je suis restée 15 jours en prison. On était 30 personnes dans une cellule, on dormait sur le sol. Je pensais qu’on allait nous tuer, » déclarait une jeune Érythréenne de 18 ans il y a quelques jours (janvier 2018).

« Cette jeune femme a raconté son histoire à l’un de nos médecins bénévoles, pendant une consultation, » explique Francisca Bohle Carbonell, coordinatrice des activités de Médecins du Monde au sein du Hub Humanitaire. « Des histoires comme ça, nos bénévoles en entendent quotidiennement – elles leur sont racontées spontanément pendant les consultations médicales. En moyenne, nos équipes ont répertorié deux témoignages de violences chaque jour : violence physique, intimidation ou confiscation de biens. »

Des effets personnels confisqués

« J’avais une fracture que je devais faire suivre par un médecin… Mais la police m’a pris ma feuille de rendez-vous et l’a déchirée, » raconte un jeune homme de 23 ans venu d’Érythrée.

Malgré les alertes lancées par les associations, les témoignages de confiscation d’effets personnels se multiplient. « Téléphones, papiers, médicaments, argent, sacs de couchage… : tous les jours, des migrant·e·s viennent nous voir avec seulement les vêtements qu’ils ont sur le dos. Le reste leur a été pris, » confirme Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du Monde.

Des chiffres sous-évalués

Selon Médecins du Monde, l’estimation de deux incidents par jour est en fait bien en-dessous de la réalité. « Nos médecins ne posent pas la question : tous les témoignages que nous récoltons sont des confidences que nous font spontanément nos patient·e·s, », confirme Pierre Verbeeren. « Les autres organisations en reçoivent également, sans compter les centaines de citoyens qui ouvrent chaque jour leur foyer aux personnes en transit. »

Médecins du Monde en appelle donc au Ministre Jambon pour que soit menée une enquête interne. « Nous savons que ces exactions ne sont que le fruit des agissements d’une minorité de membre des forces de l’ordre. Mais cette minorité a installé un climat de violence qui ne peut plus être ignoré, » prévient Pierre Verbeeren. « Avoir recours à la violence ou confisquer des biens en se basant sur le statut d’une personne n’est ni légal, ni éthique. Nous sommes persuadés que le Ministre Jambon partage cette opinion ; nous l’invitons donc à s’asseoir avec tous les intervenants impliqués pour trouver une solution. Cette situation n’a que trop duré. »

Extraits de témoignages récoltés au cours des derniers mois lors des consultations de Médecins du Monde :

Janvier 2018

« J’ai été emmenée par la police et je suis restée 15 jours en prison. On était 30 personnes dans une cellule, on dormait sur le sol. Je pensais qu’on allait nous tuer. » - Femme de 18 ans (Érythrée)

« J’étais dans un camion pour passer la frontière. La police est arrivée, ils nous ont frappés, m’ont tirée par terre et ont continué à me frapper. » - Femme de 17 ans (Éthiopie)

« J’ai essayé de passer la frontière, la police est arrivée. Une policière m’a jeté du camion, m’a donné des coups de pieds et m’a crié dessus ‘go back to your country !’ » - Femme de 19 ans (Éthiopie)

Décembre 2017

« Ils nous ont arrêtés à la sortie du Samusocial. Ils m’ont pris mon téléphone, mon argent... j’avais 300€ sur moi. Et alors qu’ils ont pris tout ça ils n’ont pas arrêté de taper sur mon mari. Ils sont partis avec lui et je ne sais pas où. J’ai crié pour qu’ils arrêtent mais ils n’ont pas arrêté de le frapper… comment est-ce que je vais retrouver mon mari ? » - Femme de 26 ans (Érythrée)

« Ils m’ont pris mon argent et mon téléphone. Ce jour-là, avec les autres gens avec qui j’étais, la police a pris 14 téléphones au total. » - Homme de 25 ans (Irak)

« Ma sœur, ils m’ont enfermé pendant 3 jours et du coup j’ai loupé mon rendez-vous. Je suis désolé … » - Homme de 26 ans (Soudan)

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Jonathan Hardenne
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