A l'occasion de son 25ème anniversaire, Médecins du Monde lance une campagne sur les populations oubliées

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from Médecins du Monde
Published on 19 May 2005


Pour le grand public, l'action humanitaire se résume souvent à une présence sur les grosses urgences : la Bosnie ou le Kosovo hier, l'Irak et le tsunami plus récemment. Pourtant, la vocation des volontaires des ONG est aussi de porter assistance aux personnes subissant au quotidien la faim, les maladies et les dizaines de conflits ignorés dont les principales victimes sont des civils.
Notre travail d'humanitaire nous conduit donc à mobiliser l'opinion publique sur ces « angles morts » médiatiques. Là réside l'identité fondatrice de Médecins du Monde, qui fête cette année son 25ème anniversaire : soigner et témoigner dans les contextes d'urgence mais aussi auprès des populations tombées dans l'oubli. Depuis le 16 mai, elles sont mises sur le devant de la scène grâce à notre nouvelle campagne.

En 1980, une poignée de médecins, intellectuels et journalistes, conduits par Bernard Kouchner, embarquait sur l'Ile de Lumière pour porter assistance aux boat-people en mer de Chine. Au-delà de l'intervention médicale d'urgence, ils souhaitaient alerter l'opinion publique. 25 ans plus tard, ces deux vocations initiales, soigner et témoigner, sont toujours les piliers de l'association, en France comme à l'étranger.

La spécificité de Médecins du Monde est donc d'intervenir à la fois sur les contextes d'urgence, mais aussi de rester sur le terrain pour soutenir, accompagner, reconstruire dans la durée. L'image d'Epinal résume l'action humanitaire aux catastrophes naturelles et aux conflits médiatisés (Bosnie, Kosovo, Irak, Asie du Sud-Est ), véhiculant une série de clichés : cargos affrétés apportant des tonnes d'aide, afflux massif de dons, « cirque humanitaire », élans compassionnels, etc. Cette image nous a été servie jusqu'à l'écœurement à l'occasion du tsunami du 26 décembre dernier. Encore aujourd'hui, une large place est faite aux débats sur les montants de l'aide et leur utilisation. Ces débats ne sont pas illégitimes. De même, l'ampleur de la catastrophe et les besoins en matière de santé justifiaient une intervention médicale d'urgence ; désormais tout le système de santé de la province d'Aceh est à reconstruire, il faut former des professionnels de santé et c'est ce à quoi participent nos équipes toujours présentes dans la zone, en accord avec les autorités locales.

Néanmoins, ces interventions, si elles focalisent l'attention générale, ne représentent qu'une petite partie de nos activités. La majorité de nos programmes est ainsi consacrée à soigner des populations sur des crises non médiatiques, notamment les multiples conflits « chroniques » dont les victimes sont avant tout des civils : l'Angola, le Liberia, le Soudan...

Le désintérêt envers ces crises qui déciment des pans entiers de population va chaque jour grandissant. Les journaux anglophones du monde entier ont ainsi consacré respectivement 2700 et 2300 articles à la Tchétchénie et au sida en un an, contre 35000 au Tsunami en six semaines, selon Alternatives Internationales et AlertNet. Ce mécanisme de désintérêt pour certaines crises est manifeste dans les médias mais nous le constatons aussi dans de nombreux domaines qui nous concernent directement : les financements tant privés que publics, le recrutement, etc

Quelques exemples parmi tant d'autres : Bam en Iran, où seuls 2% de l'aide internationale promise est finalement parvenue aux sinistrés du tremblement de terre de décembre 2004, que plus personne n'évoque aujourd'hui sauf pour établir des comparaisons avec le tsunami. Ou encore l'Afghanistan, où une grave crise humanitaire sévissait dans l'indifférence générale avant le 11 septembre et qui est depuis retombé dans l'oubli. Ou enfin la Côte d'Ivoire, où personne ne voulait se rendre malgré nos besoins en ressources humaines, tandis qu'affluaient les demandes pour partir en Asie.

Par cette campagne, notre objectif est donc bien de rappeler un constat qui s'inscrit dans les gênes de Médecins du Monde : les crises humanitaires perdurent bien au-delà de leur visibilité médiatique et notre vocation est aussi de soigner ceux que le monde oublie peu à peu et de mobiliser l'opinion publique en leur faveur.

Mission Angola

Contexte

Depuis les accords de paix le pays vit une phase de transition démocratique relativement positive et la redistribution des richesses qui devrait l'accompagner est très attendue . Le pays commence une importante phase de reconstruction de la société civile et des structures nationales (retour des déplacés et des réfugiés, intégration du personnel ex-UNITA dans les structures de l'Etat,…). Ce processus se passe plutôt bien malgré les retards pris sur les échéances préalablement établies.

Prise en charge de la malnutrition modérée dans le Nord de la province de Huambo - Municipalité de Bailundo & Mungo

Dans la Municipalité de Mungo, l'action concerne :

  • la gestion, en collaboration avec le PAM, d'un Centre Nutritionnel de Supplémentation fixe et deux mobiles (soins curatifs, vaccinations, apport nutritionnel);
  • l'appui aux structures de soins de santé primaires de la Municipalité (gestion du personnel, approvisionnement en médicaments, vaccins et consommables). L'ensemble des responsabilités de ce volet a été transféré au Ministère de la Santé.

Dans la municipalité de Bailundo, la mission est axée sur :
  • l'appui au CNS fixe du Ministère de la Santé de Baïlundo ;
  • la formation des personnels ;
  • soins curatifs ;
  • la gestion des stocks.

Perspectives

Transfert des structures spécifiques de renutrition au Ministère de la Santé en les intégrant aux structures de santé existantes. La situation nutritionnelle devrait s'améliorer en 2005 et faciliter ainsi ces transferts progressifs. Evaluation mensuelle des activités poursuivies sur les structures de santé de Mungo par l'intervention des infirmières de PMI du programme de santé materno-infantile de la province de Huambo.

Santé materno-infantile - Nord Province de Huambo Municipalité de Bailundo & Mungo

Réalisation d'un programme intégré de Santé Materno-Infantile (SMI) en partenariat avec le réseau local des sages-femmes traditionnelles au niveau communautaire, des infirmières PMI dans les structures de santé périphériques du nord de la province et sur l'Hôpital de référence de Baïlundo :

  • suivi du réseau d'infirmières PMI qui supervise l'ensemble des sages femmes-traditionnelles ;
  • supervision des consultations pédiatriques et du programme de vaccination ;
  • formation à la prévention et au traitement des principales IST ;
  • planning familial ;
  • appui structurel et recyclage du personnel de la Maternité à l'hôpital de référence de Bailundo ;
  • réhabilitation d'un bloc opératoire, formation d'une équipe médicale de bloc, formation de médecins aux techniques de chirurgie d'urgence.

Perspectives

Poursuite du projet en cours avec comme objectif principal de renforcer graduellement la qualité des actions en périphérie et d'assurer à terme leur pérennité. Une attention particulière est portée à la formation et au compagnonnage avec les soignants angolais, notre collaboration avec ces intervenants devant évoluer rapidement vers une autonomie efficace.

Soins médicaux, psycho-sociaux à destination des enfants des rues Municipalité de Lobito – Province de Benguela

Ouverte en juillet 2004, la mission auprès des enfants des rues s'articule autour de :

  • la construction, l'équipement et l'approvisionnement en médicaments d'un poste de santé en collaboration avec les autorités locales ;
  • des accords avec les hôpitaux locaux ont été passés pour la prise en charge des pathologies plus lourdes, l'objectif étant de permettre aux EdR d'accéder par eux-mêmes au système de santé angolais ;
  • 6 éducateurs des rues sont en charge de répertoriés l'ensemble des EdR, de lier des liens sur leurs lieux de vie et de réaliser une enquête au début du 2ème semestre permettant de planifier des activités communes avec les partenaires oeuvrant plus spécifiquement dans les domaines de l'éducation et de la formation professionnel des EdR . La possibilité d'envisager un processus de réintégration familial est à réévaluer avec chaque enfant.

Perspectives

Autonomie complète du poste de santé, prise en charge optimum de tous les soins pour les enfants des rues au poste de santé ou dans les hôpitaux. Proposer un programme social avec différents volets : réinsertion dans les familles, dans le système scolaire, proposer des formations techniques en fonction des recommandations et conclusions de l'enquête.

Mission Birmanie

Contexte

La Birmanie souffre d'une importante crise socio-économique. Les dépenses de santé (0.4% du PIB) sont réduites au minimum. Le pays doit faire face à l'une des plus sévères épidémies de HIV dans toute l'Asie. 687 000 personnes sont infectées par le virus et les conduites à risque demeurent répandues (usage de drogues injectables, prostitution). La criminalisation des consommateurs de drogues et des prostituées rend difficile l'action de MdM, alors même que le taux de prévalence du VIH atteint 43 % chez les prostituées et jusqu'à 90 % chez les usagers de drogue.

Prévenir la transmission du VIH - Myitkyina (Kachin) et Yangoon

Depuis 1995, MdM a mis en place un programme de prévention de la transmission du VIH et des IST à Myitkyina et Yangon afin de :

  • réduire la transmission du vih/sida et des IST auprès de la population et des personnes à risque en particulier les prostituées et les usagers de drogue par voie intra-veineuse ;
  • offrir un accès aux soins de santé et au traitement des maladies opportunistes.

Les activités se sont concentrées auprès des prostitués femmes et hommes et des toxicomanes. Les prostituées ont bénéficié de sessions de prévention vih/sida, de soins gratuits des IST et des IO, d'ateliers dans les drop-in centers et de la distribution de préservatifs. Auprès des toxicomanes sont organisées la promotion des méthodes de réduction des risques dans les « shooting galleries », la distribution de seringues et des sessions de prévention/éducation dans les Drop In Centers.

MdM poursuit ses actions de support social et d'éducation/prévention SIDA dans les prisons où sont souvent ces communautés illégales dans un pays aux lois et aux pratiques les plus répressives du monde.

Perspectives

Resserrer les liens avec les groupes vulnérables et continuer à recueillir des témoignages. Démarrer l'administration des ARV pour les travailleuses du sexe.

Mission Bolivie

Contexte

Si le succès du référendum sur la politique des hydrocarbures a donné au président Carlos Mesa la légitimité électorale qui lui manquait, la tension avec les multinationales du gaz (principale ressource du pays) est croissante. La marge de manœuvre du président se réduit de plus en plus. Dans ce pays, l'un des plus pauvres d'Amérique latine, le travail des enfants est très répandu. MdM prend aussi en compte les enfants qui effectuent un travail domestique, moins visible mais au volume horaire conséquent.

Protéger la santé des enfants travailleurs - Potosi, quartier de San Cristobal

MdM intervient depuis 2002 à Potosi, ville minière de la cordillère des Andes, pour assurer l'accès aux soins et la prévention des risques liés au travail chez les enfants. Plusieurs actions sont menées :

  • organisation d'ateliers d'éducation à la santé ;
  • aide matérielle aux structures et formation de leur personnel à la médecine traditionnelle, très présente dans le quartier ;
  • limiter les facteurs conduisant à la dépression, très répandue chez les adolescents ;
  • action de sensibilisation des institutions et de la population menée pour limiter le travail infantile précoce (entre 6 et 8 ans).

Enfin, MdM soutient la création d'un réseau d'accompagnement des groupes de jeunes dans la réalisation de leurs projets. L'objectif est de leur proposer des activités récréatives, alternatives au travail infantile.

Perspectives

Les ateliers d'éducation à la santé s'étendront à trois écoles nocturnes. Parallèlement, pour protéger la santé des adolescents travaillant dans la mine, MdM leur proposera une formation aux gestes vitaux et à la prise en charge des accidentés.

Sur le plan social, un centre d'écoute et d'orientation pour adolescents en difficulté ouvrira en 2005. Enfin, après l'achèvement du diagnostic, l'accompagnement des groupes de jeunes dans leur projet récréatif commencera en cours d'année.

Mission Haïti

Contexte

2004, année du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti, a été marquée par le départ de Jean-Bertrand Aristide dans le chaos et la violence. Ajoutées à la crise politique, les inondations causées par des pluies diluviennes ont fait de nombreux morts et provoqué des dégâts matériels considérables. La ville des Gonaïves a été dévastée. Haïti est aujourd'hui un pays en ruine, souffrant d'une extrême pauvreté et fragilisé par des questions sanitaires comme l'accès à l'eau potable.

Assister les victimes des violences - Port-au-prince

MdM lutte contre les souffrances psychosociales des victimes de violences (politique, sociale et intrafamiliale) par la formation du personnel des structures de santé de Port-au-Prince, par une prise en charge pluridisciplinaire des victimes de violence, la sensibilisation des futurs professionnels de santé et d'acteurs communautaires. Par ailleurs, MdM soutient URAMEL, ONG haïtienne, dans sa formation d'acteurs juridiques et médicaux à la médecine légale.

Perspectives :

Le projet se poursuit sur 2005 et malgré les troubles politiques survenus en 2004, le bilan à la fin de la première année est très satisfaisant. La violence est reconnue comme problème de santé publique et nos actions de formations et de sensibilisation dans les quartiers sont très recherchées.

Redynamiser le système de santé - Département de Grande Anse

Réhabiliter et redynamiser 6 structures de santé (5 dispensaires et 1 poste de santé) afin d'améliorer l'accessibilité et la qualité des soins et la gestion des structures :

- formation du personnel soignant ;

- dotation en médicaments et matériel médical ;

- amélioration du système d'information sanitaire ;

- réhabilitation des structures de santé ;

- appui aux autorités sanitaires.

Perspectives :

Le projet correspond à des besoins précis de remise à jour et à niveau de centres de santé qui fonctionnent de façon disparate. Le demande en formation est pressante et il faudra sûrement penser à élargir cette action sur le reste des autres centres de santé de la zone dans un futur projet.

Promouvoir la santé par l'hygiène - Département de Grande Anse

L'objectif général est de réduire les taux de mortalité et de morbidité dus aux maladies liées au péril fécal sur la zone de Bonbon et des Abricots et d'avoir 72% de couverture de latrines. Divers objectifs et actions sont menés par MdM : mobilisation et sensibilisation communautaire, formation des familles bénéficiaires aux techniques d'utilisation et d'entretien, des équipes de construction et des comités de santé, puis construction de latrines.

Perspectives :

L'action de MdM et son impact sur les communautés ayant porté ses fruits, un projet sur d'autres zones a été mis en place et a démarré dès août 2004. L'importante participation communautaire permet une bonne pérennité du projet. Au bout de 3 ans, le constat est que 99% des latrines sont utilisées et entretenues.

Former le personnel soignant - Pilate

Ce programme annuel de développement des compétences médicales n'a pu se dérouler en 2004 en raison des intempéries.

Perspectives :

Reprise du programme en 2005 et projet d'extension au Cap.

Urgence innondations - Mapou et Gonaïves

Suite aux inondations dues à des pluies diluviennes, MdM a apporté son aide aux zones sinistrées. Après des évaluations, le travail s'est d'abord concentré sur la zone sinistrée de Mapou : mise en place avec le CICR d'un petit hôpital de campagne, soutien au dispensaire local, secours aux victimes des inondations. MdM est aussi intervenu à Fonds Verettes où la communauté a reçu un soutien psychologique.

Après le passage de la tempête Jeanne, la région des Gonaïves a été sévèrement touchée : soutien à trois dispensaires, consultations, dotation en médicaments et matériel médical, veille épidémiologique, petite réhabilitation des structures sanitaires.

Perspectives :

MdM a répondu à l'urgence et aux besoins exprimés localement dans ces deux régions. Des problèmes persistent aux Gonaïves, mais ceux-ci rentrent dans le cadre d'une reconstruction à plus long terme de la ville, et de programmes de développement qui ne correspondent pas aux priorités de MdM dans la région.

Mission Libéria

Contexte

Le programme de désarmement, démobilisation, réhabilitation et réintégration (DDRR) initié par l'ONU doit conduire au désarmement de 90 000 personnes. La réintégration des anciennes forces combattantes dans la société civile, le retour des déplacés et des réfugiés semblent être un enjeu majeur pour la stabilisation du pays.

Soutien aux cliniques - Monrovia

Le projet de soutien à 5 cliniques situées dans le centre de Monrovia et dans sa proche périphérie a été lancé au lendemain de la guerre civile. Il s'agissait de rétablir l'accès aux soins d'une population déplacée affectée par les combats qui ont eu lieu pendant l'été 2003 dans la ville même de Monrovia. Par la suite, Médecins du Monde a mené un partenariat avec l'ONG locale MERCI qui a repris le soutien direct à ces structures.

Perspectives :

Ce partenariat a pris fin le 31 mars 2004. Médecins du Monde a étendu ses activités dans le comté du Bong, au delà de la zone urbaine de Monrovia par le soutien à 9 cliniques.

Soins de santé primaire et soins d'urgence - Gbarnga

Dans le conté du Bong, Médecins du monde mène auprès de 9 centres de santé, les activités suivantes :

- consultations en SSP et en santé reproductive incluant la prévention des maladies transmissibles ;

- une surveillance épidémiologique (paludisme, choléra) ;

- vaccinations ;

- transfert des urgences vers des structures hospitalières référentielles.

Médecins du Monde s'emploie également à développer une action de soutien psychologique auprès des femmes qui ont été associées aux forces combattantes et auprès des femmes victimes de violences sexuelles. L'association intervient dans 2 centres de réhabilitation pour enfants démobilisés.

Perspectives :

En 2005 Médecins du Monde prévoit la poursuite des activités de soins de santé primaire et de soins de santé mentale et un élargissement du programme à des actions de santé communautaire.

Mission Niger

Le Noma, maladie méconnue

Créée en 1989, l'Opération Sourire se donne pour objectif de « rendre un visage à ceux que la maladie, la malnutrition et la guerre ont défigurés ». La mission s'adresse à des enfants souffrant de becs-de-lièvre, brûlures qui les défigurent à vie et les relèguent au ban de la société. L'Opération Sourire de Médecins du Monde intervient sur le Noma au Niger depuis 1997.

Le Noma est une infection gangrenante affectant le visage que l'on trouve principalement en Afrique sub-saharienne, entre le Sénégal et l'Ethiopie, région connue sous le nom de « ceinture du noma ». Elle touche principalement les enfants de moins de six ans, souffrant de pauvreté et de malnutrition extrême. La maladie se déclare par des ulcères buccaux et, en moins de trois semaines, tous les stades peuvent être développés. 80% des patients meurent lors de la phase aiguë dont des centaines de milliers d'enfants chaque année. Les survivants sont défigurés à vie et souvent condamnés à vivre reclus. Soigner la maladie pour ne plus la cacher L'ignorance des familles ainsi que des personnes travaillant dans le milieu médical ne leur permet pas d'identifier cette maladie. Pourtant, détectée de manière précoce, sa progression peut être facilement évitée par un traitement antibiotique, une alimentation équilibrée et une hygiène bucco-dentaire correcte. Depuis 2001, les médecins de l'Opération Sourire peuvent donc soigner à faible coût les enfants victimes de cette maladie au Niger mais se heurtent souvent à la difficulté de convaincre les familles de la nécessité de les soigner et non de les cacher. « La société les rejette » explique le docteur Foussadier; responsable de la mission depuis quinze ans, « les enfants qui veulent malgré tout aller à l'école en sont exclus à cause de leur apparence, les jeunes femmes ne trouvent pas de mari, les hommes sont condamnés à la mendicité». Une campagne d'information est en cours avec le soutien du ministère de la Santé pour sensibiliser la population aux symptômes de la maladie quand le traitement médical est encore possible, mais aussi pour faire savoir à la population que les séquelles sont opérables.

La chirurgie réparatrice,moyen de lutter contre la misère

Ainsi la chirurgie réparatrice et reconstructrice pratiquée par les membres de l'Opération Sourire permet aux enfants de retrouver un visage et donc de reprendre leur place dans la société. Ce sont des opérations délicates qui restent inaccessibles dans la plupart des pays faute de formation du personnel médical et de moyens financiers. Les patients sont sélectionnés avant l'arrivée de la mission grâce à nos correspondants locaux, qui planifient les opérations. La régularité de nos missions, soit deux à trois par an au Niger, nos contacts permanents avec le personnel médical local et l'établissement d'une base de données informatiques permettent d'assurer un suivi. « La prochaine étape sera de former, sur plusieurs années, un ou plusieurs chirurgiens capables de prendre à terme la relève. » prévoit le docteur Foussadier. Fidèle à l'esprit de l'association, cette formation par compagnonnage d'un chirurgien par site mais aussi de médecins et d'infirmiers locaux aux gestes les plus simples de la chirurgie réparatrice, permet à terme de régler 70% des problèmes par des praticiens locaux.

Mission R. D. du Congo

Contexte

Depuis 1996, la population Congolaise a subi de multiples violences : déplacements forcés de population (3 millions de personnes au total), famines et malnutrition (20 millions de congolais sont sous-alimentés), massacres (Kivu, Kisangani, Ituri), enrôlement forcé des enfants comme soldats, utilisation du viol comme arme de guerre, recrudescence des épidémies (rougeole, choléra). Depuis 1998, 3,5 millions de Congolais, en particulier des femmes et des enfants sont morts de maladies.

Programme intégré de lutte contre le VIH - Goma

L'action vise à répondre à l'épidémie de sida dans une région de l'est de la RDC particulièrement affectée la guerre. Les activités sont les suivantes :

- ouverture de 3 services de consultations IST ;

- ouverture d'un centre de dépistage anonyme et gratuit ;

- création d'un service VIH pour prendre en charge les patients séropositifs ;

- réalisation d'une étude de séroprévalence chez les femmes enceintes ;

- renforcement de la coordination avec les acteurs locaux qui luttent contre le VIH (soutien et mise en place d'une « table de concertation) ;

- formation du personnel médical et paramédical local au respect des précautions médicales universelles.

Perspectives

Poursuite du projet et démarrage des traitements ARV au deuxième semestre 2005.

Accompagner les enfants des rues - Kinshasa

Ce programme vise à réinsérer et resocialiser les enfants des rues à travers :

- un accueil de qualité au sein d'un centre spécialisé ;

- le soin : soutien psychosocial, activités éducatives, réintégration de l'enfant en famille, SSP.

Depuis 2004, orientation du programme auprès des enfants vulnérables face au IST/Sida et en particulier les filles des rues à travers le traitement des IST et de la prévention du VIH. MdM développe un travail en réseau avec toutes les associations de réinsertion de l'enfant oeuvrant également dans la lutte contre le vih/sida. En 2004, le centre PEKABO a entièrement été réhabilité pour offrir un service de qualité aux enfants accueillis.

Perspectives 2005

Poursuite des activités en cours et développement du programme IST/Sida auprès des enfants des rues, autonomisation du centre d'accueil PEKABO . Développement du partenariat avec Africare (dynamisation du réseau, conception d'outil de travail pour une meilleure prise en charge des enfants des rues en RDC dans le soin et la réinsertion).

Améliorer la situation sanitaire - Kongolo

Dans le cadre d'une participation communautaire, le projet vise à fournir un accès aux soins de qualité dans 25 centres de santé et 5 postes de santé avancés dans la zone de Kongolo. 5 volets sont développés :

- mise en place d'un paquet minimum d'activités dans les formations sanitaires répondant aux normes nationales en matière de SSP ;

- dotation en médicaments essentiels consommables et matériels ;

- renforcement des capacités du Bureau Central de la Zone ;

- formation du personnel des centres de santé ;

- surveillance épidémiologique et lutte contre les épidémies dont le Choléra.

Perspectives

Développement des activités en cours à travers un renforcement des acquis et dans un contexte de riposte épidémique renforcée. Il est également programmé l'extension de l'action à 28 centres de santé supplémentaires dans les zones de santé de Kalémie et Niemba couvrant une population de 210 000 personnes.

Mission Soudan-Darfour

Contexte

La province du Darfour au Soudan est divisée en trois Etats - Darfour Nord, Sud et Ouest. La moitié nord saharienne est parcourue par des nomades chameliers. Au centre et au sud, différentes tribus et populations paysannes cohabitent et se déchirent pour l'eau quand la sécheresse fait rage. Dans ce pays dont les ressources sont rares, l'eau et l'espace sont devenus des enjeux fondamentaux, plus particulièrement depuis la grande sécheresse et la famine des années 1980.

Des infrastructures insuffisantes, l'augmentation de la population (la province compte 6 millions d'habitants, deux fois plus qu'il y a 20 ans) n'ont fait qu'exacerber des tensions palpables depuis des décennies. Après une guerre meurtrière en 1985-1988, qui avait opposé les Fours aux tribus arabes du Soudan, et la prise de pouvoir par ces derniers, l'insécurité n'a pas cessé et les tensions entre tribus se sont poursuivies. Le 25 février 2003, un Front de libération du Darfour (FLD) déclenche l'insurrection. Il prend, en mars 2003, l'appellation d'Armée de libération du Soudan (ALS). Il est rapidement rejoint par le Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MEJ).

Les combats et les massacres de civils reprennent en force, menés par les milices Janjawids soutenues officieusement par le gouvernement soudanais. Un cessez-le-feu humanitaire a été signé le 8 avril 2004 entre le gouvernement du Soudan et les deux groupes rebelles. Cet accord requérait "un accès humanitaire rapide et absolu aux populations nécessiteuses de Darfour", et devait être suivi par des négociations en vue d'un "règlement définitif du conflit". Cependant les combats perdurent et un règlement rapide du conflit semble difficilement envisageable. Depuis février 2003, la situation au Darfour est une véritable catastrophe humanitaire avec 300.000 morts, 400.000 réfugiés au Tchad, et 1.85 million de déplacés à l'intérieur du pays (avril 2005).

Des soins de santé primaires d'urgence - Kalma

Suite à plusieurs missions exploratoires, et après de longues démarches administratives la mission de Médecins du Monde a démarré ses activités le 17 juillet 2004 dans le camp de Kalma (17 Km de Nyala, dans le sud du Darfour). Un dispensaire (d'abord sous tentes mais qui ont été remplacées en avril 2005 par des structures semi-permanentes plus hygiéniques et plus solides) offre des soins de santé primaire (en avril 2005 300 consultations en moyenne par jour étaient assurées par des médecins expatriés et locaux) la prise en charge des urgences qui peuvent, si besoin est, être gardées jusqu'à 72 heures au sein d'une unité d'hospitalisation de court séjour.

Le très fort taux de mortalité infantile nous a fait porter une attention particulière sur la santé reproductive : consultations pré- et postnatales, ouverture d'une maternité totalement équipée (depuis début 2005, 4 à 5 accouchements en moyenne ont lieu chaque jour dans la clinique), consultations en planning familial. Un poste destiné à la vaccination de routine a également été mis en place dès le démarrage du programme. En dehors du dispensaire, l'équipe a mis en place un centre de dépistage nutritionnel et médical dans la zone où sont accueillis les nouveaux arrivants, ainsi que deux centres de traitement de la diarrhée, qui n'ont pas désempli depuis leur ouverture en mars 2005. Un laboratoire construit et équipé par Médecins du Monde permet quant à lui de procéder à plus de 250 examens par jour dans des délais très rapides.

En janvier 2005 21 agents de santé ont été formés dans le cadre d'un projet de santé communautaire. Ils sont chargés de faire des visites « à domicile » dans le camp et d'organiser des séances d'éducation à la santé au sein de la communauté.

Par ailleurs une clinique dite mobile est ouverte depuis septembre 2004, 3 fois par semaine, dans un autre camp de déplacés de 11 000 personnes, le camp de Dereij situé à la périphérie de Nyala.

Plus de 150.000 personnes déplacées se sont regroupées sur le camp de Kalma fuyant les exactions et la violence des combats et des bombardements. Leur sécurité et leur protection n'y sont cependant pas assurées. Les violences persistent à l'extérieur comme à l'intérieur du camp : pressions, humiliations, vols, viols, meurtres sont rapportés de manière récurrente. Tout concourt à entretenir un climat d'insécurité et d'intimidation envers les déplacés. Affaiblies, les familles sont dans un état de dénuement total, et sont confrontées à des conditions de vie et d'hygiène déplorables ainsi qu'à une urgence nutritionnelle criante. Les besoins alimentaires sont en effet loin d'être satisfaits (rations alimentaires distribuées incomplètes, retards dans les distributions) et la situation reste extrêmement préoccupante. Médecins du Monde intervient sur le volet de la malnutrition par la détection des cas de malnutrition sévère et modérée et leur transfert dans les structures adéquates.

Nos équipes sont également vigilantes sur l'application du Droit International Humanitaire et sur le respect des droits fondamentaux des populations civiles. Notre « Chargé » de la Protection (protection officer) a pour mandat notamment de s'assurer de l'accès des déplacés à l'aide humanitaire.

L'équipe, composée de 18 expatriés, dont 4 médecins, 4 infirmières et 3 sages-femmes travaille en étroite coopération avec une équipe soudanaise de 140 personnes et fait face à des conditions de travail difficiles. Sur le camp, les abris des déplacés faits de branches et de toiles en plastique sont précaires et résistent mal, selon la saison, aux brûlures du soleil, aux tempêtes de sable ou aux fortes pluies. Les risques épidémiques demeurent, en raison d'une situation sanitaire très précaire (nombre insuffisant de latrines, qualité et quantité d'eau potable non satisfaisantes) et la situation est encore plus préoccupante avec l'arrivée de la nouvelle saison des pluies. La surveillance des maladies à potentiel épidemique (diarrhées aqueuses (y compris choléra) et sanglantes, méningite, rougeole, diphtérie, coqueluche) fait en effet partie intégrante du travail de nos équipes sur place ; un centre d'isolement (3 bâtiments en semi-dur) est notamment prêt pour faire face à une éventuelle épidémie.

Un autre programme a également ouvert également depuis janvier 2005 à Malakal situé dans la région du Haut Nil. Ce programme vise à améliorer l'accès à des soins chirurgicaux de qualité par la réhabilitation et l'équipement du bloc chirurgical et l'accompagnement/formation du personnel soudanais.

Mission Tchétchénie

Contexte

La Russie a remplacé les opérations militaires en Tchétchénie par des arrestations ciblées, des exécutions sommaires et des actes de torture, réalisés en toute impunité au nom de la lutte contre le terrorisme. En réponse, des actions éparses de la guérilla tchétchène sont menées contre les militaires russes, les milices et l'administration pro-russes. La prise d'otages de Beslan (Ossétie du Nord) en septembre 2004 a été le prétexte pour une tentative plus marquée de reprise en main directe de la région par Vladimir Poutine. Médecins du Monde est présent dans la région depuis 1995, où elle a apporté une assistance médicale générale aux déplacés en Ingouchie et en Tchétchénie. Ses activités comportaient plusieurs volets : chirurgie, soins de santé primaire et santé mentale auprès des enfants et adolescents.

Nos programmes visent le soutien aux structures sanitaires et l'amélioration de la prise en charge des blessés (sécurité pré-, per- et postopératoire). Il comprend trois volets :

  • approvisionnement de sept structures hospitalières en matériel chirurgical (réanimation et soins postopératoires et consommables chirurgicaux) ;
  • soutien des soins de santé primaire dans trois hôpitaux ruraux ;
  • soutien et approvisionnement de 11 centres de santé et d'obstétrique dans des villages isolés.

Soutien chirurgical - Groznyï, Gudermes, Urus-Martan, Argun, Kurchaloy

Ce programme vise à maintenir des soins chirurgicaux dans sept structures hospitalières : hôpital n°9 et l'Hôpital pédiatrique de la République à Grozny, les hôpitaux centraux d'Argun, Gudermes, Urus-Martan et de Norzhai-lurt, et l'hôpital de la région de Kurchaloy. Ces soins chirurgicaux sont axés sur les blessures corporelles (traumas multiples, blessures à la tête et au cou, blessures à l'abdomen et au thorax, etc.), dues notamment aux accidents et blessures de guerre.

Ce programme comprend l'approvisionnement de ces sept hôpitaux en médicaments, matériel consommables et matériel chirurgical. Les kits médicaux et chirurgicaux sont distribués dans les services de chirurgie (chirurgie orthopédique, soins ambulatoires, neurochirurgie) et sont fournis tous les mois en fonction des besoins évalués par les chirurgiens et anesthésistes tchétchènes et nos équipes.

Perspectives

Chaque hôpital est prévu pour accueillir 1000 patients. 2800 consultations par mois sont prévues dans ces hôptaux.

Soins de santé primaire et secondaire - Région de Nozhay-lurt

La région de Nozhay-lurt se situe au sud-est de la Tchétchénie dans une zone montagneuse. C'est l'une des régions les plus pauvres de Tchétchénie pour plusieur raisons :

- Les conditions climatiques et la pauvreté du sol ;

- L'agriculture, ressource principale de cette région, périclite à cause du danger que constituent les mines et les menaces des bombardements, qui empêchent les paysans de travailler dans les champs ;

- La région connaît fréquemment des affrontements dûs à la guerre, qui ont un impact sur la situation économique de la région.

La région comprend quatre secteurs:

- le secteur de Zandak ;

- le secteur de Benoy ;

- le secteur de Sayasan ;

- le secteur urbain de Norzhay-lurt ;

Activités : Améliorer les soins de santé primaire et secondaire dans la région de Norzhay-lurt par l'approvisionnement de trois structures hospitalières rurales et onze centres de santé et d'obstétrique.

.- Les trois structures hospitalières rurales des villages de Zandak, Benoi et Sayasan sont opérationnelles et ouvertes 24h/24 en cas d'urgence.

- Les onze centres de santé primaire et d'obstétrique concernent les villages de Galaity, Zamay-lurt, Meskety, Balansu, Aiti-Mokhk, Dattakh, Bulgat-Irzu, Simsir, Stertch-Kertch, Benoi-Vedeno et Bars-Gordali. Ils sont approvisionnés avec des médicaments, des consommables sur la base d'une période mensuelle ou bi-mensuelle en fonction de leurs besoins, des évaluations de nos équipes et des possibilités d'accès.

Perspectives

2600 consultations par mois sont prévues dans les onze centres de santé primaire.