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Bulletin trimestriel de liaison du Réseau Caritas-Développement Congo numéro 012 : juillet - septembre 2008

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EDITORIAL

S'attaquer aux vraies causes!

Il est de ces crises qui perdurent. C'est le cas de ce drame humanitaire qui sévit à l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC) ou encore de ces vagues d'expulsions des Congolais de l'Angola, à l'Ouest.

Après une nième fuite, Richard Dunia- Mateso- un quadragénaire déplacé du site de Mugunga I près de Goma déclare, la mort dans l'âme, : « Depuis mon mariage en 2002, je n'ai jamais fêté la Saint Sylvestre en famille avec Claudine FURAHA , mon épouse et mes trois enfants.»Au Nord Kivu, plusieurs milliers des personnes vivent le calvaire de Richard et Claudine depuis plus d'une décennie . En effet, en plus d'un million des personnes déplacées enregistrées d' Août à novembre 2007 au Nord-Kivu, les récents affrontements entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les troupes du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) ont sorti de chez elles plus de 100.000 personnes dont beaucoup venait regagner à peine leurs villages après des mois de séjour dans les camps de déplacés.

Du côté de l'Angola, les expulsions de congolais sont devenues quasi-cycliques. Seul motif officiel évoqué à chaque fois par le Gouvernement angolais : le contrôle de sa population. Si certains observateurs jugent nonchalante la réponse politique congolaise à cette crise, d'autres n'hésitent pas à qualifier de trop musclée la réaction des autorités angolaises vis à vis des enfants d'un voisin avec qui l'Angola a toujours vécu en bonne intelligence depuis la fin de la guerre froide.

Mais on devait aussi se pencher sur le soubassement de ce désir irrésistible des Congolais de retourner sans cesse en Angola, malgré les mauvais traitements qu'ils subissent au cours de leur expulsion. On dit que certains rentrent le soir même de leur expulsion... . Que vont-ils chercher en Angola ? Pourquoi les Angolais ne viennent -ils pas au Congo comme les Congolais vont chez eux ? Qu'offre l'Angola aux Congolais que le Congo ne peut offrir à ses fils ? Telles sont les questions que tous, Gouvernement congolais, acteurs humanitaires, communauté internationale, médias, devaient se poser pour résoudre durablement cette crise humiliante.

Le caractère pendulaire des mouvements des Congolais embarrasse certains humanitaires qui estiment qu'aider ces expulsés chroniques serait gaspiller une aide qui aurait pu servir plutôt à soulager les innocents que jettent sur les routes les guerres récurrentes dans le Nord-Kivu. Quelle que soit la réponse des uns et des autres à ces questions cruciales , un programme de réinsertion socioéconomique durable pour ces candidats invétérés à l'émigration au pays de Dos Santos reste incontournable. Car, en effet, il faut que le Congolais arrive à se plaire chez lui, c'est -à -dire avoir dans son pays des perspectives d'un avenir heureux lequel passe par l'accès garanti aux soins médicaux, à l'éducation, à l'eau potable, à l'électricité, le respect de ses droits, un partage équitable du revenu national; bref, vivre la bonne gouvernance.

A l'Est, on est tenté de croire que les Instances nationales et internationales habilitées à résoudre les crises à répétition ne se seraient pas encore attaquées également aux vraies causes de celles -ci. Et pourtant, il faut sortir de l'impasse! Depuis le génocide rwandais et le déferlement des Interahamwe en RDC, des pans entiers du territoire national sont devenus des zones de non droit où des compatriotes vivent dans des conditions infra humaines. Au- delà de thèses trop facilement servies à la consommation publique, n'y a-t-il pas de nondits dans cette crise ? Pourquoi seulement le Kivu et l'Ituri doivent -ils demeurer des foyers de tension ? Nous en veut-on à cause de nos richesses ? Seulement ? Pourquoi d'autres pays d'Afrique, aussi riches que nous, ne connaissent-ils pas le même sort ? Pourquoi la variété ethnique et raciale qui constitue en réalité une richessedont les bienfaits apparaissent notamment lors de grandes compétitions sportives- devient -elle une malédiction, une occasion de haine en RDC ?

Certes, les capitaines se changent aux commandes, mais le navire Congo continue à voguer sur le flot agité de son histoire caractérisé par l'insécurité persistante, des foules des déplacés affamés et malades entassés dans des camps de fortune aux conditions hygiéniques lamentables à l'Est, des jeunes qu'on expulse de l'Angola le matin qui y rentrent le soir pour subir une autre expulsion le lendemain comme si cela ne leur faisait aucun mal... Face à tous ces drames, peu d'actions pour en sortir durablement !

Un réajustement des tirs s'impose alors : Au Kivu, la situation a-t-elle été envisagée dans sa globalité et dans sa régionalité? Quelle a été la qualité de la réponse proposée?...Si la réponse n'a pas été appropriée, quelles autres alternatives s'offrent-elles ? Autant d'interrogations envisageables pour la résolution définitive de cette crise. Si dans les Kivus, le Programme Amani, fruit de l'Acte d'engagement des parties protagonistes obtenu le 23 janvier 2008, se veut l'espoir pour la paix, la sécurité et le développement dans cette partie Est , l'on doit reconnaître cependant avec le temps qu'il a sérieusement du plomb dans l' aile. Tout en le soutenant, nos Pères les Evêques ont, dans leur message du 10 juillet 2008, « attiré l'attention qu'il était souvent violé et que les signataires semblaient avoir oublié leur serment ».

En outre, cet « accord » aurait-il tenu compte de vraies causes du conflit ? N'a -t-il pas manqué d'impliquer d'autres acteurs déterminants? Les événements sur le terrain et les déclarations mi figue mi-raisin de certains acteurs pousseraient à répondre par l'affirmative. Car, il saute aux yeux que la crise de l'Est ne saurait se résoudre sans un processus inclusif impliquant tous les acteurs nationaux qu'internationaux. A ce propos , le Professeur Philippe Biyoya, spécialiste des Relations Internationales et des questions de Grands Lacs, semble partager cette vision lorsque il déclare dans une interview à Nouvel Elan, que votre magazine reprend , nous citons « la situation échappe aux enfants du Kivu ».

Par ailleurs, on peut aussi se poser la question de savoir si la Communauté Internationale aura assez des ressources pour prendre à bras le corps cette crise congolaise cyclique, elle qui est aujourd'hui, empêtrée dans une crise financière hors du commun et à laquelle elle essaie de répondre en faisant feu de tout bois à coups de plusieurs centaines des milliards de dollars. Aura-t-elle, assez de sensibilité et de moyens à engloutir dans ce Congo après les coûteuses négociations de Sun City et les élections de 2006 ?

C'est avant tout aux Congolais de donner le ton. « Aide-toi et le Ciel t'aidera », dit-on. Là où il y a la volonté, il y a le moyen, dit-on également. Quelle est la part des Congolais pour sortir de ces crises dont ils sont les premières victimes ? Vivent -ils leur histoire directement ou par procuration en se remettant à la bienveillance de la communauté internationale parce que le Congo est un pays très riche, détenant 40 % de la forêt tropicale humide du Globe, avec 60 millions d'hommes et de femmes que l'humanité ne saurait laisser à l'extermination ? Toutefois, l'actualité récente montre que la communauté internationale n'oublie pas le Tiers Monde et le Congo. C'est le lieu de saluer l'engagement pour les 16 milliards de dollars prêts à être déboursés pour lutter contre la pauvreté dans le monde. Ce qui repose la question de l'efficacité de l'aide, qui a réuni récemment des experts à Accra, parmi lesquels un délégué de la Caritas Congo.

La Caritas- Développement Congo pour sa part n'a jamais baissé les bras. Elle se dépense à secourir les populations congolaises en détresse partout où il lui est possible d'agir. C'est ainsi que grâce, au soutien de la Confédération Caritas Internationalis et de ses autres partenaires, elle poursuit l'assistance aux déplacés dans les Kivus et aux refoulés de l'Angola. En tant que instrument de la pastorale sociale de l'Eglise, elle ne peut s'y dérober car sa mission le lui recommande à la suite des Pères Synodaux qui ont dit : « Les joies et les peines des hommes de ce temps sont aussi les joies et les peines de l'Eglise.»

Afin de mieux traduire cette mission qui est de mettre debout l'homme congolais terrassé par les guerres, les expulsions, les maladies, la pauvreté, le manque de vision de ses dirigeants...., elle baptise son bulletin de liaison qui devient désormais magazine « Lève-toi et marche »,comme le Christ l'a dit au paralytique dans Luc 5,23.

Les activités réalisées par le réseau Caritas -Développement Congo, dont les échos sont reportés dans ce numéro, sont la concrétisation de cette parole du Christ prononcée il y a 2000 ans et que l'Eglise répète inlassablement à travers des actes de bienfaisance et de développement de génération à génération. Caritas-Développement Congo