Bulletin quotidien d'information No. 1020 pour la région des Grands Lacs

Report
from IRIN
Published on 27 Sep 2000
NATIONS UNIES
Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires - IRIN
Pour l'Afrique Centrale et de l'Est
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OUGANDA: "Entente" avec le Rwanda sur la RDC

Une délégation militaire angolaise conduite par le chef d'état-major, le général Joao Baptista de Matos, s'est rendue cette semaine en Ouganda et a tenu des pourparlers avec le président Yoweri Museveni et des officiers militaires supérieurs. Une source ougandaise a confié à IRIN que ces consultations avaient pour but de rétablir la confiance entre les deux pays soutenant des bords opposés dans le conflit qui secoue la RDC. "Nous avons assuré la délégation angolaise dirigée par le chef de l'état-major militaire que nous ne collaborons pas avec leurs ennemis," a indiqué un haut responsable ougandais proche des négociations. "Nos explications les ont totalement convaincus." Il a ajouté que des projets étaient en cours pour développer une entente entre les trois pays " concernés par la sécurité en RDC", à savoir l'Angola, le Rwanda et l'Ouganda. "Ce concept de trois nations contribuera très favorablement à la mise en oeuvre de l'accord de Lusaka," a-t-il commenté. Par le passé, le Rwanda, l'Ouganda et l'Angola ont conjointement soutenu la guerre livrée contre l'ancien président zaïrois Mobutu Sese Seko.

Parallèlement, Jean-Pierre Bemba, chef de file du Mouvement de libération du Congo (MLC), soutenu par l'Ouganda, a rencontré, la semaine dernière dans la capitale française, Paris, une délégation de hauts responsables angolais dirigée par le ministre des affaires étrangères. "Le président [du MLC] s'est rendu en Europe la semaine dernière et il donnera un compte-rendu de sa visite la semaine prochaine," a confirmé mercredi à IRIN le secrétaire général du MLC, Olivier Kamitatu. Un autre haut responsable du MLC a signalé à IRIN que M. Bemba avait rencontré la délégation angolaise "pour expliquer notre position sur l'accord de Lusaka". "Il a aussi pris le temps de rassurer nos frères angolais en leur confirmant que nous ne travaillons pas avec leurs ennemis comme l'avait prétendu [le président de RDC, Laurent-Désiré] Kabila," a-t-il expliqué.

L'état-major ougandais a déclaré à IRIN que l'Angola soupçonnait Bemba d'entretenir des liens avec d'anciens généraux de Mobutu. "Les Angolais veulent être certains que le MLC n'est pas une couverture pour les généraux de Mobutu qui ont soutenu [le mouvement rebelle angolais] l'UNITA lorsqu'ils étaient au gouvernement et nous pensons que Bemba détendra l'atmosphère en apportant des éclaircissements," a indiqué un responsable.

OUGANDA: Intensification de l'activité rebelle à Bundibugyo

L'activité rebelle à Bundibugyo semble s'être intensifiée. Près d'une dizaine d'attaques ont été lancées sur plusieurs camps de déplacés le mois dernier, apprenait-on dans un rapport de situation humanitaire émanant du Bureau pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de Kampala. "Les conditions de sécurité se sont considérablement aggravées à Hoima et Kibaale [à l'ouest de l'Ouganda]," lisait-on. Hoima a été le théâtre, à la mi-août, du meurtre "épouvantable" d'un certain nombre de civils et a été victime d'au moins deux autres attaques depuis lors. L'armée ougandaise a tendu une embuscade aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) dans le district de Mubende, ajoutait le rapport. Néanmoins, quelques rebelles des ADF ont achevé leur entraînement dans le camp de réhabilitation/réinstallation, "Donnez-moi une chance" de Kasese. Pendant un mois, les anciens rebelles avaient reçu sur ce site une formation, un enseignement politique et une réorientation militaire.

OUGANDA: "Lenteur" du retour des déplacés

Le retour permanent des déplacés (à l'intérieur du pays) dans leur foyer d'origine se déroule "très lentement", a indiqué OCHA. Toutefois, à Nyahuka dans le district de Bundibugyo, à l'ouest de l'Ouganda, on semblait noter une augmentation du mouvement quotidien des déplacés vers leurs champs. Le rapport a indiqué que les semailles avaient lieu et que les pluies avaient été bonnes. Sur les marchés, les denrées alimentaires étaient rares et on avait observé une hausse du prix des haricots, du manioc et des plantains, précisait le rapport.

Le document faisait également observer qu'en raison de la hausse des chiffres de population dans les camps de déplacés, le CICR a suspendu la distribution de produits non alimentaires dans les camps jusqu'à ce que ces chiffres soient révisés, reflétant davantage la réalité. Le PAM a également interrompu pendant un mois ses distributions alimentaires dans tous les camps, à l'exception des plus vulnérables, en raison de la question épineuse concernant la vente des denrées de secours.

RDC: Le HCR envoie une mission d'évaluation en Afrique centrale

Le HCR a annoncé mardi qu'il envoyait une mission dans les deux Congo et en République centrafricaine (RCA) afin d'évaluer les conséquences de l'arrivée de nouveaux réfugiés de RDC qui se sont installés le long des fleuves Congo et Oubangui, au nord de la République du Congo (RC) voisine. Le porte-parole de l'agence à Genève, Kris Janowski, a déclaré à des journalistes que l'équipe se rendrait dans les différents endroits concernés par ce nouvel afflux de réfugiés. Elle réfléchirait aussi aux moyens de venir en aide aux réfugiés bloqués dans des parties inaccessibles du fleuve. Elle envisagera également d'effectuer des ravitaillements transfrontaliers à partir de la République centrafricaine (RCA) o=F9 près de 98,000 réfugiés sont arrivés récemment, fuyant les combats entre l'armée régulière de RDC et les forces du MLC dans la province de l'Equateur. La plus grande partie des réfugiés, a précisé M. Janowski, sont inaccessibles en raison des tensions actuelles le long du fleuve.

Une récente mission du HCR dans la préfecture de Betou, au nord de la République du Congo (RC), a confirmé la présence de quelque 20,000 réfugiés, dont la plupart sont arrivés en juillet. "Ils représentent un important fardeau pour la population locale qui comptait 7 000 habitants avant leur arrivée," a-t-il dit. Il a fait observer que le poisson et le manioc étaient devenus des denrées rares, ajoutant que le prix du manioc avait doublé depuis l'arrivée des réfugiés. "Bien que bon nombre d'entre eux soient logés par des familles locales, ils dorment en plein air et ne disposent pas de produits de première nécessité," a précisé M. Janowski. Le HCR, qui prévoit de fournir du matériel médical, éducatif, agricole ainsi que des denrées alimentaires, négocie avec les autorités pour allouer aux réfugiés des parcelles de terre arable. L'agence prévoit aussi de distribuer des bâches en plastique, des chevrons en bois, des ustensiles de cuisine et des couvertures. Le vaccin contre la rougeole a été administré à quelque 4 000 personnes, y compris les réfugiés et la population locale.

BURUNDI: Les partis hutus en faveur d'Arusha pour les pourparlers

Les délégués des principaux partis hutus en négociations à Arusha, regroupés sous le G7, ont déclaré qu'il est encore trop tôt pour transférer les pourparlers d'Arusha en Tanzanie au Burundi, selon les organes d'information. Selon les propos cités d'un émissaire, la situation au Burundi était encore trop instable. Dans l'intervalle, un haut responsable du bureau de la médiation, le juge Mark Bomani, a signalé que la poursuite de la violence au Burundi pouvait faire hésiter l'ONU à envoyer des casques bleus dans le pays. Selon ses propos diffusés par la radio tanzanienne, M. Bomani aurait déclaré aux délégués burundais réunis en sommet à Arusha que les affrontements allaient inévitablement "susciter des craintes, y compris auprès des Burundais en exil qui rentrent chez eux".

BURUNDI: Un colonel tué aux abords de Bujumbura

De nouveaux incidents de violence ont été signalés au Burundi, notamment aux abords de la capitale, Bujumbura. Selon des sources proches de l'hôpital citées par la radio privée Umwizero, neuf soldats ont été blessés au cours des affrontements opposant l'armée aux rebelles à Itenga, dans la province de Bujumbura Rural. Cinq d'entre eux sont soignés à l'hôpital militaire de Kamenge. Le service en kirundi de la BBC a informé qu'un colonel de l'armée avait été tué lors de cette embuscade rebelle. Il a déclaré que cet officier, le colonel Audace Basuzuguye, était commandant de la garnison de Muha à Bujumbura et l'a décrit comme ayant été "l'un des meilleurs soldats de l'armée burundaise".

BURUNDI: Les parties "prennent leur temps" à Arusha

L'agence d'information Hirondelle, a rapporté que les 19 parties en négociations à Arusha semblaient "prendre leur temps" sans beaucoup avancer dans ces pourparlers centrés sur l'application de l'accord de paix du 28 août. Mardi soir, les délégués ne s'étaient pas encore mis d'accord sur l'ordre du jour. Ils sont censés discuter du Comité de suivi des négociations, du leadership de la transition et du lieu des prochaines rencontres. Hirondelle a fait savoir que les délégués avaient été priés de signer un document réaffirmant leur adhésion à l'accord de paix. L'agence a rappelé que les partis pro-tutsis, regroupés sous la bannière du G-10, avaient signé l'accord de paix "sous le poids d'une très forte pression internationale et avec des réserves". En outre, des divisions semblent apparaître au sein du groupe hutu, le G7, dont six partis ont accusé le FRODEBU, le principal parti de l'opposition et le septième parti de "tenir des rencontres secrètes avec le gouvernement" et "d'apporter à leur insu d'importantes modifications à cet accord".

RWANDA: Un groupe de pression rejette les tribunaux 'gacaca' au Rwanda

Un groupe de pression en exil, le Rassemblement pour le retour des réfugiés et la démocratie au Rwanda (RDR), a lancé un appel ce mercredi auprès de tous les "gouvernements démocratiques", les organisations des droits de l'homme et les personnes aimant la liberté pour qu'ils dénoncent, condamnent et ne financent pas les 'gacaca', le système judiciaire traditionnel proposé par le gouvernement rwandais. Selon le RDR, les gacaca avaient été suggérés pour apporter une solution au surpeuplement des prisons "dus aux massives arrestations arbitraires et aux détentions illégales prolongées ". De plus, le système des gacaca "viole le principe cinq des principes de base sur l'indépendance du système judiciaire", a indiqué le RDR. Le groupe a ajouté que les juridictions gacaca "violent grossièrement" le droit des accusés à comparaître dans un procès équitable devant un tribunal compétent et indépendant, en vertu de la Déclaration universelle des droits de l'homme et de la Convention internationale sur les droits civils et politiques.

RWANDA: Le procès des médias de la haine prévu le 23 octobre

Le procès des anciens journalistes des 'médias de la haine' doit avoir lieu au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) le 23 octobre, a rapporté l'agence d'information Hirondelle. Le procès regroupe trois accusés - Hassan Ngeze qui était rédacteur en chef du journal extrémiste 'Kangura', Ferdinand Nahimana, ancien directeur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) et Jean-Bosco Barayagwiza, fondateur de RTLM. Ils devaient comparaître le 18 septembre, mais le procès a été ajourné afin que la cour puisse entendre un certain nombre de requêtes déposées par la défense. Mardi, le TPIR a ordonné le transfert temporaire de trois prisonniers incarcérés au Rwanda pour qu'ils puissent témoigner dans le procès collectif des trois journalistes.

GRANDS LACS: l'envoyé américain met en garde les parties au conflit en RDC

L'ambassadeur extraordinaire pour les crimes de guerre en Afrique, l'Américain David Schiffer, a demandé à toutes les parties impliquées dans la guerre en RDC de mettre fin aux massacres civils. Lorsque l'envoyé spécial s'est rendu en RDC le mois dernier, il a obtenu des informations "faisant état de violations du droit humanitaire commises par l'Ouganda, le Rwanda, les ex-FAR, les Mayi-Mayi, les milices burundaises et les forces de Kabila", apprenait-on dans un communiqué de presse cité par le service d'information fédéral. "Ceci ne sera pas toléré," a affirmé M. Schiffer. Il a cité les combats en juin dernier entre forces ougandaises et rwandaises dans la ville de Kisangani. "Ces affrontements sont survenus au mépris des vies humaines et des biens civils, avec le recours à des tactiques militaires défiant les lois de la guerre," lisait-on dans le communiqué. L'envoyé américain a indiqué qu'il exhortait l'Ouganda, le Rwanda et leurs alliés rebelles à mener une enquête approfondie et à juger les auteurs des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Les Etats-Unis intensifieraient leurs efforts pour recueillir leurs propres informations sur les exactions commises en RDC et "réfléchiraient aux meilleurs moyens de parvenir à une justice crédible pour les victimes de cette terreur gratuite".

Nairobi, le 27 septembre 2000

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