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2e anniversaire du Traité d'interdiction des mines antipersonnel: un bilan en demi-teinte

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Deux ans après la signature de la Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, les ONG de la Campagne Internationale pour Interdire les Mines, Prix Nobel de la Paix 1997, se félicitent des progrès effectués en vue de l'éradication totale des mines antipersonnel, et demandent aux cinquante-six Etats non-signataires de respecter l'interdiction.
« L'interdiction des mines s'impose progressivement comme une nouvelle norme internationale » déclare Philippe Chabasse, codirecteur de Handicap International. «Aujourd'hui cent trente-six Etats ont signé la Convention et quatre-vingt sept d'entre eux l'ont ratifié ; grâce à la volonté politique née de ce processus, sous l'impulsion de la Campagne Internationale, la Convention est entrée en vigueur cette année, plus rapidement qu'aucun autre Traité de Droit International Humanitaire » ajoute-t-il.

Le premier rapport de l'Observatoire des Mines, publié en mai 1999, par la Campagne, a permis de tirer un premier bilan des actions entreprises par chacun des pays, signataires ou non. Il établit qu'aucune expédition majeure de mines antipersonnel n'a eu lieu au cours des quatre dernières années. De même, sur les cinquante-quatre pays producteurs de ces armes identifiés au début des années 1990, trente-huit ont cessé la production. Enfin, plus de dix millions de mines antipersonnel ont été détruites cette année et certains pays, dont la France, ont annoncé qu'ils auraient achevé la destruction de leurs stocks avant les quatre ans requis par la Convention.

Mais l'action de la Campagne ne s'arrête pas à ces quelques succès. Du 9 au 14 décembre à Genève, se tiendront les Comités d'experts instaurés par les Etats Parties pour le suivi des technologies de déminage et de la destruction des stocks. « Il s'agit là du suivi pragmatique de l'application de la Convention : identifier les besoins et les ressources, thème par thème, et faciliter la coordination des actions entre les différents acteurs» déclare Susan B. Walker, représentante de Handicap International aux Etats-Unis et responsable des relations avec les gouvernements pour la Campagne Internationale. « Nous sommes présents au sein des Comités pour y apporter l'expertise des ONG de la Campagne».

En dépit de ces avancées concrètes, l'interdiction des mines antipersonnel est loin d'être totalement acquise. Au mépris des principes élémentaires du Droit Humanitaire, certains pays, tels les Etats-Unis, la Russie, la Yougoslavie, l'Inde, le Pakistan, et de nombreux pays du Moyen-Orient et du Caucase, continuent à promouvoir l'emploi de ces armes et à les utiliser.

« Nous ne devons pas oublier qu'en 1992, la majorité des cent trente-six Etats aujourd'hui Parties à la Convention d'Interdiction défendaient âprement la légitimité des mines antipersonnel. Ils ont finalement renoncé à cette arme sous la pression de l'opinion publique et la mobilisation des ONG, et il n'y a aucune raison de relâcher notre pression sur les cinquante-six Etats récalcitrants. Ils y viendront ! » affirme Jean-Baptiste Richardier, codirecteur de Handicap International, « car ils ne peuvent indéfiniment récuser la nouvelle norme sans dommages pour leur image et leurs intérêts ».

L'utilisation avérée des mines antipersonnel en 1999, que ce soit par des forces gouvernementales ou rebelles, en Angola, au Kosovo, en Tchétchénie, en Casamance a été dénoncée à maintes reprises par la Campagne Internationale... mais aussi l'emploi de sous-munitions au Kosovo qui, lorsqu'elles n'ont pas explosé au moment de l'impact, engendrent les mêmes conséquences que les mines sur les populations civiles et les réfugiés de retour chez eux.

Le déminage, l'assistance aux victimes, la mise en place de programmes de sensibilisation doivent rester prioritaires dans les agendas des gouvernements qui sont responsables de la prolifération de ces armes et qui se sont engagés, en signant la Convention, à mettre un terme à la souffrance des populations. Handicap International a récemment demandé aux députés et sénateurs d'interpeller le gouvernement français sur l'insuffisance de ses efforts financiers en faveur du déminage et de l'assistance aux victimes.

Evénements de mobilisation du public, comités d'experts, conférences régionales ou internationales... à chaque occasion, les ONG membres de la Campagne pour Interdire les Mines témoignent et exigent que l'espoir d'une Terre sans mines, né avec la Convention, devienne rapidement une réalité concrète.

Contact presse : Agence Kaléïdoskop Laure Cartillier et Maud Saheb
Tél. : 01 43 14 87 02 ou 06 60 46 58 00