Action Humanitaire des Armées Françaises au profit des réfugiés Kosovars

Report
from Government of France
Published on 05 Jun 2000


1. Préambule :

L'échec des négociations de Rambouillet et les exactions commises par le régime de Belgrade au Kosovo ont amené les pays de l'Alliance à mettre à exécution les menaces de frappes aériennes. Depuis le 24 mars, les moyens aériens mis sous le commandement opérationnel de l'OTAN ont effectué des frappes contre les structures de commandement, de contrôle et de défense, des forces armées et de police yougoslaves.

Ces actions ont été directement suivies par une amplification importante des exactions vis à vis de la population albanophone et des expulsions du Kosovo. Ces flux de réfugiés se sont dirigés vers l'Albanie, la Macédoine, le Monténégro et la Bosnie. Ils ont nécessité de mettre en place dans l'urgence des moyens de subsistance et d'accueil jusqu'à l'adoption de la résolution prévoyant le retour des réfugiés au Kosovo. Les moyens français installés en Albanie ont alors entamés leur désengagement à partir du 9 août 1999.

Les armées françaises ont été parmi les premières à mettre en oeuvre: structures, personnel, matériels afin d'apporter une aide humanitaire aux réfugiés kosovars grâce à la mise en place de ponts aériens et maritime à destination de la Macédoine et de l'Albanie. Cette réactivité a permis de réduire l'ampleur de cette tragédie humanitaire, et d'offrir dans l'urgence à l'UNHCR, aux ONG et à la Sécurité civile des soutiens et une organisation pour secourir les réfugiés.

Le dispositif des armées françaises mis en place et piloté depuis Paris par le Centre Opérationnel InterArmées (COIA) a permis de distribuer plus de 1 000 000 de repas du 1er au 30 avril et de construire des emplacements permettant d'abriter plus de 4000 réfugiés.

2.PARTICIPATION DE LA FRANCE AUX ACTIONS HUMANITAIRES DE L'OTAN PENDANT LA CRISE

2.1 Orientations: diminuer la densité de population dans les camps pour améliorer la vie des réfugiés et essayer de leur rendre leurs repères.

Commencées dans l'urgence, les actions de nature humanitaire ont eu pour objectif dans un premier temps de favoriser l'établissement de conditions de vie supportables pour les réfugiés en installant très rapidement des camps et en acheminant et distribuant l'aide humanitaire.

Dans un deuxième temps, il a été necessaire :

  • De diminuer le nombre de réfugiés arrivés au nord de l'Albanie et en Macédoine de rechercher, puis d'implanter de nouveaux sites répartis notamment sur tout le territoire albanais et de leur proposer de s'y installer.
  • L'originalité des forces armées françaises en charge de la construction de nouveaux camps de réfugiés fut de tenir compte des habitudes de vie des réfugiés Kosovar en les rassemblant par alvéoles familiales et en recréant une ambiance de village (cheminement, places, points de rencontre, parking pour les tracteurs qui restent les seuls biens matériels des réfugiés...) de manière à rendre leur environnement plus humain. L'architecture de ces camps contribueait ainsi à leur permettre de retrouver leurs repères.

En Albanie, dans le cadre de l'opération "Abri Allié" la France a pris en charge la Task Force Sud (zone sud de l'Albanie) où elle implantait de nouveaux camps (ELBASAN, KORCË, FIER, GRAMSH...).

Des initiatives de partenariat entre l'Albanie et la France se sont développées sous la forme de coopération de type économique dans la zone de responsabilité française.

2.2 La Task Force South

Suite à l'approbation par l'Alliance du plan d'opération humanitaire en Albanie, il a été décidé de mettre en place une force dénommée AFOR (Albanian Forces) dont la mission était de porter assistance aux réfugiés, de sécuriser la zone et d'améliorer les principaux axes routiers.

A l'issue des conférences de génération de force, les nations se sont entendues pour la répartition des responsabilités. La France s'est vue confiée celle de la zone sud et prend donc le commandement de la Task Force South, tâche pour laquelle elle a eté renforcée par des détachements danois, grecs et émiriens.

La Task Force South s'est implantée dans la région d'Elbasan, au sud de Tirana. Placée aux ordres d'un colonel, elle comprend 900 militaires français, environ 167 grecs, 100 danois, 48 émiriens.

Depuis le 9 août 1999 cette force s'est désengagée. L'adoption de la résolution permettant le retour des réfugiés au Kosovo, a en effet mis fin à la mission de la Task Force South.

Les missions de cette force

Elles consistaient à préparer des emplacements de campements, apporter un soutien logistique dans le domaine de l'eau et de l'électricité, à veiller à la sécurité et à la protection des réfugiés et à améliorer les axes de circulation. Elle a mis en place des camps à Elbasan, Korce et GRAMSH.

Composition du bataillon français:

Pour mener ces actions le bataillon français s'articulait autour d'un escadron d'éclairage, d'une compagnie d'aide au déploiement, d'une compagnie de travaux du génie et d'une unité de coordination logistique et d'éléments de soutien disposant de 3 hélicoptères Puma.

Ce bataillon était composé du 6ème RG, 1er RHP de Tarbes, 5ème RG de Versailles, 2ème RG de Metz et d'une vingtaine de gendarmes.

Moyens mis en oeuvre:

Les matériels projetés étaient pour l'essentiel, des VBL (véhicules blindés légers), des VAB (véhicules de l'avant blindés) des engins de terrassement de type niveleuse et MPG ( moyens polyvalent du génie), des moyens d'assainissement et de traitement des eaux et des groupes électrogènes.

L'action du Service de Santé des armées en Albanie:

Dans le cadre de l'opération Trident humanitaire à Kukës et sur demande de la cellule d'urgence du Ministère des affaires étrangères le Service de Santé des armées a placé une cellule Bioforce armée d'un médecin, de cinq infirmiers du SSA. En un mois ils ont pu pratiquer près de 10 000 vaccinations.

Par ailleurs, dès le début de l'opération humanitaire, le service de santé des armées a effectué des évacuations sanitaires et apporté les premiers soins à des réfugiés. Plusieurs postes de secours ont aussi été mis en place en Macédoine.

2.3 La Brigade Française en Macédoine

A l'instar de l'Albanie, les forces françaises prépositionnées en Macédoine avaient mis en place du personnel à l'aéroport de Skopje afin de réceptionner l'aide humanitaire. Cette action se poursuivait directement dans les camps de réfugiés de la région de Stenkovac dont la France avait la charge. Cette mission a impliqué les militaires de la brigade française (FFB) qui a pris le nom de Brigade Multinationale Nord quand elle est entrée au Kosovo.

Elle a notamment procédé au montage de plus de 250 tentes au sein d'un dispositif capable d'héberger près de 10000 personnes et de leur distribuer des repas.

L'action de la Brigade française dans les camps de réfugiés

En raison d'un afflux considérable de réfugiés venant du Kosovo et de l'absence des ONG, une partie du personnel militaire s'est consacré dans l'urgence, à l'accueil des réfugiés, la gestion de camps et l'amélioration des conditions de vie. Ces actions se sont concrétisées dans la région de Stenkovac où les militaires français (2 sections du 8e RPIMa renforcées par une compagnie de marche) ont assuré l'installation de tentes, la création de conditions sanitaires acceptables et la distribution de vivres et d'eau. Ils ont aussi sécurisé la zone et apporté un soutien médical.

La sécurité civile et l'ONG Care ont pris le relais de ces actions le 15 avril, mais il a été nécessaire de laisser sur place une équipe du Génie pour poursuivre les travaux d'infrastructure et participer à la sécurisation des installations.

L'action du Service de Santé des armées en Macédoine

3 postes de secours montés par le Service de Santé des armées comprenant 3 médecins, 4 infirmiers et 12 brancardiers secouristes du SSA ont effectué près de 2 000 consultations dans les camps de STENKOVAC et de BRAZDA du 1er au 30 avril.