Sûreté et dignité : gérer les déplacements massifs de réfugiés et de migrants - Rapport du Secrétaire général (A/70/59)

Report
from UN General Assembly
Published on 21 Apr 2016 View Original

Résumé

Le présent rapport, qui est publié en application de la décision 70/539 de l’Assemblée générale, contient un exposé général de la situation et des recommandations en vue de la réunion plénière de haut niveau sur la gestion des déplacements massifs de réfugiés et de migrants qui se tiendra le 19 septembre 2016. Il comporte cinq sections et commence par un aperçu général de l’évolution des déplacements massifs de réfugiés et de migrants et une analyse de leurs causes, ainsi que par un examen des besoins particuliers des réfugiés et des migrants pendant leur déplacement et à leur arrivée. Après un bref passage en revue des initiatives prises récemment dans ce domaine, il est demandé que de nouveaux engagements soient pris au niveau mondial concernant les déplacements massifs de réfugiés et de migrants, et des recommandations sont formulées pour que les droits fondamentaux, la sûreté et la dignité des réfugiés et des migrants soient garantis à tout moment, notamment en s’attaquant aux causes de ces déplacements, en protégeant ceux qui sont contraints à entreprendre de tels voyages, et en luttant contre la discrimination et la xénophobie dont ils sont souvent victimes. Il est préconisé d’adopter un pacte mondial sur le partage des responsabilités de manière à faire face aux importants déplacements de réfugiés de manière plus prévisible et plus équitable et les éléments d’un plan d’intervention global pour les réfugiés sont énoncés. Enfin, un appel est lancé en faveur du renforcement de la gouvernance mondiale des migrations par l’élaboration d’un pacte mondial pour des migrations sans danger, régulières et ordonnées, dans le cadre d’un processus qui sera engagé dès à présent et mis en oeuvre dans les années à venir.

I. Introduction

  1. Si les déplacements massifs de réfugiés et de migrants ne sont pas un phénomène nouveau, la conscience mondiale a été ébranlée par les images vues ces dernières années, montrant de frêles embarcations dans lesquelles s’entassent des personnes à la recherche d’un endroit sûr; des femmes, des hommes et des enfants qui se noient en tentant d’échapper à la violence et à la pauvreté; des clôtures qui se dressent le long de frontières autrefois ouvertes; des milliers de filles et de garçons qui disparaissent, beaucoup d’entre eux tombant aux mains de groupes criminels. Ne trouvant pas de moyens de se déplacer en toute sécurité, des individus en quête d’un lieu sûr endurent de multiples souffrances et perdent la vie en traversant le désert du Sahara, la mer d’Andaman, la mer Méditerranée, et des dizaines d’autres endroits dangereux à travers le monde. À leur arrivée, ceux qui ont survécu à ces voyages à haut risque voient souvent leurs droits bafoués. De nombreux demandeurs d’asile et migrants sont placés en détention et reçoivent parfois un accueil loin d’être chaleureux. Les discours xénophobes et racistes semblent non seulement se multiplier, mais aussi devenir plus socialement et politiquement acceptables.

  2. Loin des images terribles et des gros titres de la presse quotidienne, les difficultés ne cessent de s’accumuler sournoisement pour les réfugiés et les migrants, ainsi que pour les pays et les communautés qui les accueillent, parfois pour de nombreuses années. Dans certains cas, une troisième génération d’enfants naît en exil. Dans toutes les régions, les autorités locales peinent à fournir les services de base aux nombreux arrivants, y compris des places dans les écoles. Bien que les annonces de contributions aux interventions humanitaires battent tous les records, les fonds disponibles ne sont pas suffisants pour répondre à des besoins en rapide augmentation. Même dans les situations d’urgence, une planification rapide pour pourvoir aux besoins de développement et une participation accrue des acteurs du développement font cruellement défaut.

  3. Les déplacements massifs de populations se poursuivront, voire s’intensifieront, du fait de conflits violents, de la pauvreté, des inégalités, des changements climatiques, de catastrophes naturelles et de la dégradation de l’environnement. Malgré des efforts louables, les réponses s’avèrent trop souvent inadaptées. L’aide nécessaire pour la survie est fournie, mais la capacité de se préparer à l’éventualité de déplacements de population à plus long terme ou à apporter un appui suffisant aux communautés d’accueil fait défaut. S’il y a un enseignement à tirer de l’expérience de ces dernières années, c’est que les différents pays ne peuvent résoudre individuellement ces problèmes. Il est nécessaire de renforcer la coopération et l’action internationales pour répondre aux mouvements massifs de réfugiés et de migrants. Il faut s’attaquer aux raisons pour lesquelles les populations quittent leur lieu de résidence, leur assurer protection et sûreté lors de leurs déplacements, et répondre aux besoins, aussi bien immédiats que sur le long terme, de ceux qui traversent les frontières pour rejoindre d’autres pays. En résumé, la communauté internationale peut faire beaucoup mieux.

  4. Pourtant, il y a aussi eu quelques lueurs d’espoir. Ces dernières années, davantage de réfugiés ont pu bénéficier de réinstallations et d’admissions à titre humanitaire que par le passé. De nouvelles initiatives ont été prises pour secourir ceux qui sont en mer. Le financement de l’action humanitaire a augmenté, bien qu’insuffisamment par rapport aux besoins. Certains États Membres, qui ont continué de recevoir de nouveaux arrivants alors qu’ils avaient déjà accueilli, année après année, un grand nombre de réfugiés, font preuve d’une générosité remarquable. La société civile s’est illustrée par un formidable élan de soutien et, dans chaque région, de très nombreuses personnes ont spontanément accueilli les nouveaux arrivants, leur ouvrant littéralement les portes de leur maison.

  5. Ces exemples positifs peuvent servir de base à une action collective renforcée. Les crises des réfugiés et des migrants qui sévissent à travers le monde sont graves, mais elles ne sont pas insurmontables si les États agissent de concert et se répartissent plus équitablement les responsabilités. Les moyens existent pour mieux répondre aux déplacements massifs de populations et leur venir en aide ainsi qu’à celle des communautés d’accueil. Dans le passé, des interventions multilatérales efficaces ont permis de gérer les mouvements massifs de populations. Il est possible de trouver des moyens de renforcer la coopération internationale pour que les déplacements massifs actuels s’effectuent de manière sûre et digne. Le présent rapport propose des moyens d’y parvenir. Avec la volonté politique nécessaire, il est possible d’ancrer les mesures prises face aux déplacements massifs de populations dans les valeurs communes de partage des responsabilités, de non-discrimination et de respect des droits de l’homme, tout en tirant le meilleur parti des opportunités de stimulation du développement et de la croissance économique offertes par les migrations.

  6. La réunion plénière de haut niveau sur la gestion des déplacements massifs de réfugiés et de migrants, qui se tiendra le 19 septembre 2016, représente une occasion unique de renforcer et de mettre en oeuvre les cadres existants et de concevoir des solutions innovantes pour répondre aux déplacements massifs de populations. Les États Membres doivent trouver des moyens de gérer efficacement leurs frontières nationales, tout en préservant les droits fondamentaux de tous les réfugiés et migrants. Il faut s’attaquer aux causes des déplacements et des migrations irrégulières, concevoir des mécanismes pour répondre de manière plus efficace et plus prévisible aux déplacements massifs de populations à l’avenir, et reconnaître et renforcer les contributions des réfugiés et des migrants aux communautés d’accueil.

  7. L’inaction aurait des conséquences considérables. Si cette occasion pour renforcer le respect du droit international, mettre en place de nouvelles façons de procéder et renforcer nos interventions conjointes n’est pas saisie, il faut s’attendre à voir encore plus de personnes perdre la vie et les tensions s’accentuer entre les États Membres et dans les communautés. Un plus grand nombre de réfugiés et de migrants périront pendant leur transit. Les réseaux criminels transnationaux de trafic de migrants et de traite de personnes continueront de prospérer, favorisant l’exploitation de personnes vulnérables. Des millions d’êtres humains verront leurs droits et leur dignité davantage bafoués s’ils continuent à dépérir dans des camps ou aux abords des villes sans accès à des biens et services de base, à des moyens de subsistance et à des activités rémunératrices. Avec des millions d’enfants non scolarisés et des millions d’adultes dépourvus de la possibilité d’obtenir un revenu, la promesse faite il y a un an par l’Assemblée générale de ne laisser personne de côté risque de devenir une formule vide de sens, ce qui serait lourd de conséquences.

  8. La réunion plénière de haut niveau du 19 septembre sera l’aboutissement de plusieurs initiatives internationales prises en réponse aux crises mondiales des réfugiés et des migrants. J’espère que cette réunion au sommet permettra non seulement de mobiliser les contributions annoncées à des manifestations précédentes, mais aussi de prolonger ces engagements pour s’attaquer aux causes profondes des crises et renforcer les réponses que nous apportons collectivement aux déplacements massifs de réfugiés et de migrants. La communauté internationale et les Nations Unies doivent tirer le meilleur parti de ce moment historique.