Pour le PAM, "la lassitude des donateurs n'est pas une option"

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from Agence France-Presse
Published on 16 Oct 2013

10/16/2013 04:46 GMT

Par Anne CHAON

ROME, 16 octobre 2013 (AFP) - La multiplication des crises militaires et des besoins alimentaires interdit tout découragement de la part des donateurs malgré les difficultés financières dans de nombreux pays, prévient la patronne du programme alimentaire mondial (PAM) Ertharin Cousin.

"La lassitude n'est pas une option", même face aux conflits qui s'éternisent comme en République démocratique du Congo ou en Somalie, estime la directrice générale dans une interview à l'AFP à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation mercredi.

"La communauté internationale comprend que les crises alimentaires n'affectent pas seulement les pays qu'elles touchent: aucun pays n'est à l'abri, c'est un défi mondial" insiste-t-elle, alors que débarquent régulièrement sur les côtes italiennes des migrants épuisés, embarqués en Afrique pour fuir la misère.

Le PAM fournit une assistance alimentaire à plus de 97 millions de personnes dans 80 pays, en premier lieu la vingtaine de nations enlisées dans des crises humanitaires sans fin, du Soudan à Haïti ou l'Afghanistan. Disposant d'une budget de 5 milliards de dollars, l'organisation a consacré en 2012 1,2 milliard aux achats de nourriture d'urgence.

"Nous sommes régulièrement en déficit: d'une année sur l'autre il nous manque environ un milliard de dollars et ce sera certainement pire cette année", redoute Ertharin Cousin, ex-ambassadrice des Etats-Unis à Rome auprès des agences de l'ONU consacrées à l'alimentation et à l'agriculture (FAO, PAM), à la tête du Programme depuis 2012.

Evidemment, relève-t-elle, la pénurie ne frappe pas indistinctement. En 15 mois à peine depuis son arrivée, l'aide à la Syrie qui ciblait initialement 150.000 personnes atteint aujourd'hui plus de 4 millions de déplacés intérieurs et deux millions de réfugiés dans les pays voisins.

"Les opérations en Syrie nécessitent 31 millions de dollars par semaine. Mais nous sommes aussi très préoccupés par des pays comme la RDC, ou la Centrafrique", insiste-t-elle.

En revanche, "sans contribution significative supplémentaire, nous serons forcés de suspendre notre aide à la Corée du Nord fin janvier", assure Mme Cousin - les donateurs choisissant les destinataires de leur générosité.

Le PAM a demandé 47 millions de dollars pour les Coréens et n'a reçu à ce stade que 43% des fonds requis.

"Pour nous, le défi principal est qu'aucun conflit, même sans attention médiatique, ne soit oublié".

"Je me suis rendue au Yémen récemment, où 5 millions de personnes ont faim. La moitié des enfants du pays y sont chroniquement mal nourris. Nos opérations sur place sont financées jusqu'à la fin de l'année, mais avec la Syrie, il est facile d'oublier le Yémen", s'inquiète l'Américaine.

"En RDC aussi nous avons besoin de soutien parce que cette crise ne fait pas la Une". Mme Cousin s'est rendue récemment dans l'Est du pays pour attirer l'attention et "donner de la visibilité" aux 6,4 millions de Congolais en insécurité alimentaire.

Pour Ertharin Cousin, le drame récent de Lampedusa, dans le sud de l'Italie (près de 400 morts), doit permettre de rappeler justement que les victimes du naufrage avaient pris tous les risques pour quitter l'Afrique.

"On ne peut pas s'occuper de Lampedusa sans prendre en compte les défis posés par les pays d'origine, la faim et la pauvreté qui poussent les gens hors de chez eux", comme en Somalie ou en Erythrée. Le PAM, présent dans la première, négocie toujours avec les autorités de pouvoir accéder à la deuxième.

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