newsletter N°24 // Janvier 2014 - Spéciale Timor-Leste

Report
from Triangle Génération Humanitaire
Published on 15 Jan 2014

Triangle G H au Timor-Leste

Présente au Timor-Leste depuis 2005, Triangle G H gère actuellement deux programmes, dont un nouveau, sur le renforcement de compétences d'ONG nationales travaillant dans le secteur de la lutte contre les violences domestiques.

Le Timor-Leste est un tout petit pays que peu de monde peut se vanter de savoir situer sur une carte du monde. Loin des projecteurs des médias internationaux, loin des grandes déclarations onusiennes et des interventions de la communauté internationale, le Timor-Leste existe pourtant bien, et Triangle G H n'y est pas présente pour rien.

Banafi-raccordement de la ligne de transmissionL'attention s'est portée sur ce pays en septembre 1999, lorsque le référendum d’autodétermination de ce pays a abouti au retrait violent des troupes indonésiennes et au déplacement de centaines de milliers de personnes. Triangle G H a réalisé ses premières évaluations des besoins humanitaires dans le pays début 2005 ; suite au terrible tsunami ayant frappé l’Indonésie voisine. Après avoir réalisé une mission d'étude, Triangle G H décide de focaliser son attention sur les besoins en eau potable et assainissement en zones rurales, initiant plusieurs programmes dans différents districts du pays. Triangle G H travaille aussi en milieu urbain avec les populations de déplacés suite à la crise interne de 2006.

Le programme actuel d’accès à l’eau potable se situe dans l'enclave d'Oecusse, dans la partie occidentale de l'île Timor. Financée principalement par l’Union européenne et l’Agence Française de Développement sur une durée de trois ans, l'action a pour objectif une baisse de la mortalité en zone rurale par l'amélioration de l’accès à l’eau potable, en créant des infrastructures sanitaires et en renforçant les compétences des acteurs locaux (service de l’eau du gouvernement, comités d’eau villageois, ONG locale).

l’Equipe de Triangle G H au Timor Leste« L'enclave d'Oecusse est l'un des endroits du pays où les besoins sont les plus importants. Malheureusement, la situation géographique de cette zone complique notre travail. Située loin de la capitale, Dili, cette enclave est accessible par la route, mais cela nécessite d'obtenir des laissez-passer avec l’Indonésie. La mauvaise qualité des routes, régulièrement dégradées par la saison des pluies, ne nous facilite pas la tâche. L'accès peut aussi se faire par la mer, mais avec un voyage de 12 heures en ferry. Heureusement, on a la chance de pouvoir s'appuyer sur un noyau dur de Timorais très compétents, dont certains travaillent avec nous depuis de nombreuses années » explique Baptiste, chef de mission à Triangle G H au Timor-Leste.

Autre difficulté rencontrée, celle de la livraison des matériaux de construction des réseaux d'eau potable. « Les habitants participent aux travaux, c’est un moyen de leur faire s’approprier les infrastructures, mais nous devons tenir compte du calendrier agricole afin que les Timorais soient disponibles. S’ajoute à cela la saison des pluies et les problèmes de routes coupées par les eaux, ce qui nous oblige le plus souvent à anticiper les livraisons six mois à l'avance » confie Baptiste.

Malgré ces difficultés, sur place, la réputation de Triangle G H n'est plus à faire. Les équipes techniques, présentes quotidiennement sur les sites, opèrent un suivi de construction très rigoureux et assurent un travail de qualité.

Malheureusement, les financements internationaux sont peu importants au Timor et ce programme ne sera pas suivi d’autres actions dans le domaine de l’eau, hygiène et assainissement malgré les énormes besoins, en particulier en zone rurale. Ce programme, qui a débuté en mai 2011, prendra fin en mai prochain. Triangle G H va malheureusement devoir se séparer d’une bonne partie de son équipe.

Un nouveau projet

Au Timor-Leste, trois expatriés travaillent pour Triangle G H, auxquels il faut ajouter 23 employés locaux. Dans cette petite équipe, une nouvelle figure a toutefois fait son apparition : Anne-Fleur, et avec elle une nouvelle mission aussi nécessaire que méconnue, celle de la lutte contre les violences domestiques et les violences basées sur le genre.

« Ici, les chiffres parlent d'eux mêmes. 86% des femmes et 81 % des hommes pensent que battre sa femme est "possible selon les circonstances", 37,6 % des femmes ont déjà eu l'expérience de violences physique ». C'est ainsi qu'Anne-Fleur, fraîchement débarquée dans ce petit pays de l'Asie du Sud-est, résume sa mission.

La violence conjugale, et par ailleurs la violence en général, la jeune chef de projet connaît, puisque c'est la troisième fois qu'elle travaille sur ce type de problématique. Et aujourd'hui encore, le défi n'est pas mince, alors que Triangle G H s'associe comme souvent à des organisations locales pour développer des programmes de sensibilisation, d'accueil et de soutien aux victimes de maltraitances conjugales.

« Le projet est à la fois simple est ambitieux (…) Nous avons pour le moment trois partenaires sur place, comprenant une association qui offre des premiers soins aux femmes victimes de violences, une autre leur proposant un accueil de longue durée - et qui commence à avoir de grandes difficultés à faire face à l'affluence grandissante de demandes - et enfin une troisième qui propose une assistance juridique » explique Anne-Fleur, dont le programme est en plein démarrage.

Elle le sait, la mission est forcément de longue haleine. Depuis 2010 - mieux vaut tard que jamais - le gouvernement condamne les violences domestiques et se montre largement enclin à soutenir les ONG locales et étrangères désireuses de l'aider à juguler ce problème. Toutefois, la route est longue.

Cérémonie de remise d’une Tool Box« C'est un nouveau pays. Et ce serait hypocrite de me prétendre experte de ce coin du monde. Parallèlement aux nombreux contacts rencontrés et aux réunions que j'ai avec les acteurs locaux, je commence tout doucement à rencontrer la culture locale, à essayer de comprendre le fond du problème », parce que derrière la violence, il y a aussi des habitudes sociales qu'il faut saisir pour mieux les combattre.

« Il faut souligner quelque chose d'important. En France, beaucoup de petites violences quotidiennes sont soulignées et condamnées. Ici, tout est à un degré différent. Une femme violentée, c'est une femme qui porte des marques physiques. Qui a une jambe cassée, qui est défigurée... », raconte la jeune femme, pour qui l'objectif désormais n'est clairement pas de créer une nouvelle structure, mais de soutenir et de renforcer les capacités d'organisations existantes. Débuté en octobre dernier, le projet durera trois ans.

La répression ultra violente qu'a connue le pays de 1975 à 1999, lorsqu'il a été envahi par l'Indonésie, laisse encore aujourd'hui des traces dans la société. « Le harcèlement sexuel est très présent. Heureusement, politiquement, le pays est stable aujourd'hui, même si en 2006 il a été secoué par une crise interne. La sécurité est à peu près normale dans ce pays en voie de développement, mais le niveau de vie des habitants reste très bas. Malheureusement, il est difficile de mobiliser des bailleurs de fonds pour y mener de nouveaux projets » confie Baptiste.

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